‹ Lettres, instructions et mâemoires de Colbert, publiâes d'apráes les ordres de l'empereur, sur la proposition de Son Excellence M. Magne, ministre secrâetaire d'etat des financesChapitre 61 sur 246 · SUR LES TRAVAUX DES PLACES DE PROVENCE · texte numérisé non relu

SUR LES TRAVAUX DES PLACES DE PROVENCE

Versailles, Sodobre 1676.

Je joins h cette instruction les plans de la citadelle de Marseille, fort Saint-Jean, tour de Bouc et chasteau d*lf, dont le sieur Brodart prend soin, et des villes, tours et forts de Toulon, Antibes, Sainte-Margucrite, Saint- Tropez,dontle sieur Arnoul prend soin, ensemble celles de Bregan^on et de Sisteron, dont il fera faire les plans surles lieux \ n'en ayant point trouv^ dans Dies papiers.

Aussytost qu'il sera arrive h Marseille, et dans le temps que les affaires de marine luy permettront, il visitera la citadelle, le fort Saint-Jean et le chasteau d'lf, avec ledit sieur Brodart et le sieur Cayron, officier d'infanterie dans la citadelle de Marseille, verra, examinera et visitera tous les ouvrages qui ont est4 fails pendant les trois derni^res ann^es 167/1, ^^7^ et 1676; verra les marches des prix de tous lesdits ouvrages, et particulierement de la ma^onnerie et des remuemens de terre ; examinera et fera examiner ces prix, et fera faire le calcul exact de ce k quoy reviennent lesdits ouvrages depuis Touverture de la carri^re jusqu'^ ce que la pierre soit en place. A quoy ii faut bcaucoup d'application.

II doit observer qui! faut faire ces examens et ces recherches, en sorte que les intendans et ing^nieurs ne croyent pas que ce soit par d^Gance que Ton ayt de leur fid^lit^, ce qui feroit un tr^s-mauvais effet, estant certain qu^il vaudroit beaucoup mieux les oster que de leur faire connoistre que Ton se d^fie de leur fiddlit^. Mais il faut faire ces recherches et ces calculs sous pr^texte de leur apprendre de quelle mani^re ils doivent entrer en connoissance du prix et de ia valeur de tous les mat^riaux et de tous les ouvrages, pour connoistre par eux-mesmes leur veritable prix, afin de faire servir le rdy avec plus d'^conomie et de solidity, s'il est possible, que par lepass^.

En visitant le fort Saint-Jean de Marseille , il verra Fesplanade de ce fort, combien de maisons ont est^ abattues pour la former; s(aurasi le dernier ordre pour abattre encore le nombre de vingt maisons ou environ, qui a est^ envoy^ depuis un ou deux mois, a est^ ex^cut^ ou non. En cas qu'il ne Tayt pas est^ , il le fera ex^cuter incessamment , et , Ji regard de I'^l^vation du prix de cesmaisons^ il observera ce que je luy ay expliqu^ de vive voix.

' Voir pike n* 60 , page 1 78. — * Voir, k cc sujel. Marine, pike n" 69, page 1 aa.

En cas qu'aucun des ouvrages qui a est^ fait les ann^es derni^res n'ayt pas esi^ re(u, il en fera faire la reception devant iuy; et pour cela il verra exactement les devis et les marches desdits ouvrages; fera examiner en sa presence si les fondations ont est^ mises sur un bon fond, si elles sont faites de T^paisseur et profondeur port^es par les devis et marches; si les pierres soni de bonne quality, si elles ne sont point sujettes h la gel^e; et enGn si le mortier a est^ bien compost, si Ton y a mis assez de chaux, et s'il a fait corps.

11 examinera avec grand soin dans ces deux places, et dans toules les aatres, la forme de tous les ouvrages qui servent k leur defense, leurs figures, leurs noms, leurs effets. Entendra les ing^nieurs, les gouverneurs et les officiers commandans dans les places, sur tous 1^ travaux qu'ils estimeroient ^ propos d'ajouter a ceux qui sont desjk faits pour la meilleure defense de leurs places. En les entendant raisonner sur les ouvrages faits et sur ceux qui sont a faire, il taschera de se former une connoissance certaine de Futility de tous les ouvrages pour la defense d'une place.

Ge qui est dit cy-dessus pour la place de Marseille doit estre observe pour toutes les autres places de Provence.

J'^cris aujourd'huy au chevalier de Clerville qu'il parte d'Oleron pour aller au cap de Cette, et je luy fais sf avoir en mesme temps que, s'il fait ce voyage assez promptement pour trouver encore mon fils en Provence , il pousse jusque-1^ pour visiter avec luy toutes les places et luy donner ses avis, ce qui sera assez avanlageux a mon fils.

(D^pAt des fortifications, Mss. 9o5, 1676, fol. 90&.)

(Minate autographe.)

Toulon, 18 et 19 octobre 1676.

Je partis bier de Marseille, apr^s avoir expMi^ les lettres que je vous ay envoy^es par un courrier expr^s, et je vins coucber icy; j y arrivay k dix beures du soir et y fus refu par M. TEvesque, qui m'attendoit bors la vilie avec son carrosse.

J*ay commence ce matin le travail que je dois faire icy par visiter les magasins des munitionnaires et me faire rendre compte de Festat auquel sont les vivres qui doivent partir avec le premier convoy. Les ordres

^ On trouvera aux Annex9s, pi^ XI, le mettre en route, sur tout ce qu^il devait faire m^moire que Seignday prdpara, avant de se dans son voyage de Toulon.

(jue j'avois doniK^s de Marseille, et les lettres que j'avois 4crites au «ieur Arnoul avoient fort avanc(^ la pr<^paration desdits vivres, et tout estoitpresque en eslat d'estre embarqu^ sur le pied de quatre mois ^ i5 vaisseaux, qui avoient est^ r^gl^ pour la moili^ juste des Equipages des vaisseaux dont est k present compos^e Tarm^e navale; mais, comme M. de Vivonne ^crit qu'il retiendra les gros vaisseaux , cela a augment^ consid^rablement la fourniture qui doit estre faite, et au lieu de 5,300 rations, sur lesquelles on avoit compt^ par jour, il faut h pr^ent en embarquer sur le pied de 6,000'.

De plus, le chevalier de GhAteau-Renault estant icy sans vivres, et les mesures qu il est n^essaire de prendre pour la seuret^ du passage de ce convoy m'ayant oblig^ de luy dire de se preparer k I'escorter jusqu'^ Messine\ il faudra luy fournir pour quatre mois de vivres, et les munitionnaires me demandoient tout le reste de cette semaine pour ieur preparation ; mais j'ay envoy^ ordre a Marseille pour faire passer icy, avec les vivres des galores, les chairs salves, vins et poissons qu'on y pourra amener. II sera facile de trouver icy de la farine pour envoyer k Messine en la place du biscuit qu'il sera n^cessaire de donner au chevalier de Ghlteau-Renault, en sorte que je puis r^pondre que tons les vivres seront |>rests jeudy prochain , et que tout le convoy pourra partir vendredy ou samedy au plus tard, si le temps demeure aussy beau qu'il est a pr^nt. II sera compost des bastimens de charge, au nombre de 18, qui portent les vivres aux galores, de 6 qui portent les vivres aux vaisseaux, d'une fluste de Ponant qui sera charg^e des agr^s, apparaux et rechanges k envoyer aux vaisseaux; et pour escorte, le chevalier de Ch&teau-Renault, qui commandera les vaisseaux le Bon, I'Hercule, le Bizarre et VAventurier. J'ay cm ne pouvoir me dispenser de faire preparer les vaisseaux du chevalier de Chateau-Renault pour cette escorte, parce que Cabaret n'est point venu k ia coste d'ltalie suivant les ordres qui luy avoient est^ donnas, et que ('auroit est^ commettre un aussy grand convoy que de I'envoyer k Messine avec les vaisseaux que le sieur de Vaudricourt* devoit commander', joint que ledit sieur de Chateau-Renault ayant ordre de ne point entrer dans Messine , mais seulement d'escorter jusque vers les isles de Lipari les vaisseaux charges de vivres et de detacher de 1^ les vaisseaux du chevalier de R^ls et de Vaudricourt pour I'escorte du convoy jusqu'a Messine , il ne retardera que d'un mois au plus son retour en Ponant, et ^vitera par ce moyen d'estre retenu k Messine, ou on retient tout ce qui y est envoy^.

* De Vaudricourt de L^Aulnay, lieulcnaBt Mort, en Ameriquc, commandant le VaiUant, de vaisscau en 1668, capitaine en 1678. le 8 juin 1699.

Vous Irouverez cy-joint Teslat de tous les vivres qu*fl faudra embarquer pour ce convoy ; I'estat des marchandlses el munilions qui seront envoy^es eD mesme temps et qui seront prestcs dans deux jours. On n*en envoye pas beaucoup, parce que M. de Vivonne doit renvoyer i5 vaisseaux dans Ic mois prochain, que toute Tarm^e navale a est^ abondamment pourvue de ce qui estoit n^cessaire pour son radoub et car^ne, et que ies 1 5 vaisseaux qui resteront se pourvoiront abondamment de tout ce qui sera n^cessaire sur les 1 5 vaisseaux qui seront renvoy^s.

Apr^s avoir visits les magasins des munitionnaires , j'ay est^ faire la visite de tous les vaisseaux de charge; la difficult^ qu'il y a de trouver icy des ouvriers et des matelots faisoit que le chargement de ces vais^ seaux estoit fort retard^. J'y ay pourvu"*, en faisant detacher i qo hommes des bords des vaisseaux de guerre, qui ont est^ distribu^s sur toules les flustes, en sorte que rien ne retardera de ce cost4. J'ay pareillement estably sur chaque vaisseau un oflicier et un ^crivain pour faire faire diligence dans I'embarquement et me venir rendre compte tous les soirs de ce qui aura est^ fait pendant la journ^c. La difficult^ qu'il y aura de trouver un assez grand nombre de matelots pour naviguer tous ces bastimens de charge, et le peu de service qu*on retireroit k pr&ent des vaisseaux commandos par Ghabcrt, qui est icy, et par le sieur de Cohornes, qui y doit revenir incessamment, obligera de les faire dOsarmer*; ce sera par ce moyen une dOpense espargnOe el une facilit<^ grande apportOe h la diligence du depart du convoy.

Apr^s avoir examine et donnO ordre a tout ce qui regarde la principale affaire de ce port, qui est le depart des vaisseaux, j ay fait la visite de Tarsenal, et j'ay commence par le magasin gOnOral. Je me suis fait reprOsenter les livres que tient le garde-magasin de toutes les entries et sorties des marchandiscs. L'ordre que le sieur Amoul a estably est fort bon et fort exact; comme il consiste dans un grand detail, et que j'ay estO bien ayse que vous en fussiez inform^, vous en trouverez cy-joint un mOmoire'^, dans lequel j'ay marquO mes sentimens sur la tenue des livres du garde-magasin ct de ceux que tiennent les Ocrivains de la construction, de la masture, de la corderie, des forges, de la fonderie, des barillats, et gOnOralement de tous les ateliers , qui sont tous relatifs et conformes h celuy du gardemagasin gOnOral.

J'ay ricoU I'inventaire de toutes les marchandises contenues dans ledit magasin gOnOral et dans les particuliers de chaque vaisseau ; vous trouverez cy-joint ledit inventaire.

Je n'ay pas trouve que les magasins particuliers fusscnt bicn ranges;

j'ay donnd ordre qu'on s^parasi les marchandises esp^ce par esp^e, et ccia sera fait demain matin.

J'ay visits ensuite tous les ateliers de construction, et vous trouverez cy-joint un m^moire de I'estat auquei sont les vaisseaux qui sont sur les chantiers, et ce qu'il y aura k faire pour les achever; les ateliers de masture, de menuiserie, de sculpture, de serrurerie, les forges, la fonderie et le reste des bastimens des magasins ont esl^ visit^s ensuite; et j'ay este persuade par cette visite de la n^cessit^ qu'il y a de commencer a bastir quelque chose suivant les dessins de Tarsenal^ apr^s qu'ils auront est6 r^gl^s, n y ayanl rien de plus important pour la diligence des armemens que le Roy ordonne que de donner les commodit^s n^cessaires pour Tex^cution des ordres de Sa Majesty, et estant, ce semble, n^cessaire qu'un port qui est le seul de la M^diterran^e ou Sa Majesty ayt des vaisseaux, et d'oi^ sortent les armemens qui Tont rendu maistre de ces mers, ayt un arsenal qui marque en quelque mani^re la grandeur du maistre.

Les munitionnaires n'ont rien icy de ce qui leur est n^cessaire pour la diligence, et c'est la premiere chose h laquelle il faudra penser. J'ay examine avec soin sur le lieu le plan proposed de I'arsenal**, et vous le trouverez cy-joint avec un m^moire apostill^ sur ledit plan , que j'ay fait apr^s avoir entendu les architectes el les ing^nieurs qui sont icy.

II est arriv^ icy un inconvenient tr^s-fascheux. La Vigerie', qui estoit party de Messine avec cinq flustes et deux autres bastimens de Ponant a este force par le mauvais temps, apres cinquante jours de navigation, h relascher icy*; une de ses flustes a couie has, et tout ce qu'il a pu faire a este d'en sauver I'equipage, les agr^s et les canons; deux autres flustes se sont ecartees de luy par un coup de vent J, et il luy faudra fournir des vivres pour retourner en Ponant avec les bastimens qui luy restent, et quatre flustes qui ont este conduiles par le chevalier de Chateau-Renault dans ces rades, et qui doivent pareillement retourner en Ponant. Je ne feray travailler a luy fournir ce qui luy sera necessaire qu'apr^s le depart du convoy.

] 9 oclobre.

J'ay examine aujourd'huy tous les vaisseaux du port I'un apr^s I'autre, et j'ay dresse ensuite un memoire que vous trouverez cy-joint de leurs bonnes ou mauvaises qualites, suivant lequel on pourra se regler a I'avenir, lorsqu'il faudra proposer au Roy I'armemenl de ses vaisseaux, suivant les differens services qu'ils devront rendre*'.

^ De La Vigerie-Trciilebois , lieutenant dc vai&seau en 1666, capilaine en 1671. R^voqiu* le 1 3 A^vrier 1681, il fut r^tabli dans son |[radc en mai 1686. Mori le 98 juillet 1702.

Le vaisseau tAvenlurier eslant a present sans capitaine, par Textr^mil^ de ia maladic du chevalier de R^als, il n*y en a point icy de plus propre pour le commandement de ce vaisseau que le sieur Estienne-Jean, qui a une grande connoissance de ces mers, et qui a est^ plusieurs fois k Messine. J ay expM^ aujourd'buy Tordre du roy pour Testablir sur ce vaisseau.

Le sieur de La Vigerie a amen^ sur son bord un prisonnier envoy^ par M. de Vivonne, nomm^ Joseph Marchese, qui estoit autrefois provost de Messine et qui a est^ accus^ de trahison en mesme temps que les Lipari. 11 devoit le d^barquer h la Rochelle, et M. de Vivonne avoit charg^ de La Vigerie d'une seule leltre h M. Demuin, pour luy dire de le faire metlre en seuret^ jusqu'a ce qu'il eust refu les ordres du roy. C'est un homme centre qui il n'y a point eu de preuves , mais qu'appareniment M. de Vivonne n'a pas voulu garder k Messine ; je Fay fait recevoir dans les tours en attendant les ordres du roy; je crois qu'il sera mieux \k qu'en aucun lieu '.

M. de Gb&teau-Renault a anient soixante et douze soldats prisonniers, pris dans le village aupr^s d'Agosta nomm^ Melliti, et quelques ofBciers dont je ne s^ais pas encore les noms, et dont je vous enverray un m^moire que je luy ay demands ; comme il faut d^barquer a terre lesdits prisonniers , et que je ne s^ais pas les intentions du Roy, je feray la mesme chpse qui a est^ faite cy-devant en pareilles occasions, c'est-^-dire que je les enverray a 011ioules^ ou ils attendront ce que le Roy ordonnera "". .

Je passe une partie de toutes les apr^s-disn^es h visiter tons les ateliers et hi presser les embarquemens". Le sieur Arnoui fait tout son possible pour les avancer, mais je n'ay pas trouv4 qu'on fust assez accoustum^ k faire la diligence telle qu'il conviendroit au service du roy, et j'ay trouv^ dans la visite que j'ay faite cette apris-disn^e de tons les vaisseaux qui chargenl, des magasins des munitionnaires, et des ateliers oik Ton travaille aux fustailles, que cela n alloit pas assez diligenunent. J'ay fait faire en ma presence I'embarquement dun grand nombre de boutes, qui estoit ce qui manquoit davantage aux vaisseaux qui doivent charger le vin""; et, sur ce qu'un ^crivain qui avoit est^ estably pour prendre soin de Tembarquement des vivres avoit quitt^ le lieu oi^ il avoit est6 post^ et n'avoit pu me rendre compte de ce qui s'estoit embarqu^, n'y ayant point est^ de toute la journ^e, je I'ay chass^ de I'arsenal, en ay fait mettre un autre k sa place P,et j'esp^re que cet exemple rendra les aulres sages h I'avenir.

J'ay fait sortir du port les vaisseaux k Neptune et le Saint-Nazaire y qui ne

* Aujourd*hiii chef-lieu de canton dans rarrondissement de Toulon.

pouvoient obarger quapr^s en estre sortis; on travaille nuit el jour au chargement de ces vaisseaux. 11 y en a deux qui sont de^ k la Seyne; le chevalier de Gb4teaiHRenault a tous ses vivres embarqu^s; le chevalier de Fiacourt sera prest demain so ; les bastimens de Marseille doivent estre icy le 91, el j'esp^re que le 99 une grande partie de tout le convoy ira aux isles d'Hy^res si le temps ne nous contrarie pas. Je crois en ce cas que c'est la plus grande diligence qui puisse jamais se faire, et je feray mon possible afin que cela serve d'exemple pour Tavenir dans les armemens qui seront ordonn^s par le Roy.

J'ay visitd les machines du sieur de Saint-F^lix et les ay fait travailler devant moy; il est certain que celle du cabestan, ainsy que celle dont il se sert pour tirer les masts et autres fardeaux pesans par le moyen de sa vis sans fin , est fort bonne et fort utile ^, et quelle pent estre d'un grand usage sur les vaisseaux et dans Tarsenal, et espargner un grand nombre d'hommes qui estoient auparavant n^cessaires tant pour lever les ancres que pour tirer lesdits fardeaux de Teau ; j'en ay fait une ^preuve devant moy et jay fait tirer deux gros masts de I'eau avec six hommes.

J'ay fait lever une ancre de q,ooo avec douze hommes, dans le mesme temps et avec plus de facility que trente-cinq hommes n'en ont lev^ une du mesme poids qui estoit sur un autre bastiment , en sorte qu'on peutr^pondre de la bont4 de sa machine.

Pour celle des pilotis, je ne la crois d'aucun usage'; je I'ay fait essayer devant moy, ct j'ay trouv^ que la force que faisoient les hommes qui ^1^ vent les masses n'est pas considerable, et, de plus, que les eschelles auxquelles sont attaches les poids estoient trop foibles et ne pouvoient pas estre assez fortes pour les soutenir, en sorte qu'il se rompt souvent des escbelons et que la machine est presque toujours disloqu^e.

Son martinet pour la forge est une chose fort ordinaire , et il n'a rien ajoute a ceux dont on se sert que la roue dans laquelle il met des hommes qui font travailler ledit martinet.

Je n'ay pu encore essayer celle pour le curement du port; je le feray incessamment.

Je fis faire bier en ma presence T^preuve de 45 pieces de canon de Bourgogne de diflKrens calibres, dont il ne creva que 3. Vous verrez par le proces-verbal cy-joint Testat auquel se sont Irouv^es les pieces qui ont r^sist^.

Si les autres ^preuves avoient eu un succ^s aussy heureux, les canons de celle manufacture seroient plus estim^s qu'ils le sont. J'en feray faire encore une autre ^preuve a tirer plusieurs coups a charge ordinaire ,

et je tascberay de bicn m^^ciairer sur la bonne ou mauvaisc quality des canons*.

Jay vu et examine avec le sieur Arnoul, el apris avoir visits tons les vaisseaux du port avec les ofliciers^ le projet des armemens de I'ann^e prochaine; je Tay corrig^ conjointement avec lesdits officiers, et je vous renvoye le projet que j'avois fait, avec la copie que j'ay fait mettre au net, a(in que vous la puissiez voir plus clairement^

Comme je n*ay pas refu r^ponse du sieur Gompans sur ce que je luy avois ecrit de faire naistre TenvieaM. de Centurion de venir icy, je luy ay envoye un courrier expr^s pour luy donner avis que je seray dimancbe prochain a Antibes, afin que, sans affectation, il trouve moyen de le dire k M. de Centurion et de luy donner par 1^ quelque envie de s'y trouver. S'il y vient je tascberay d'^couter et de rendre ses propositions avantageuses au service du Roy, a6n d'en rendre comple h Sa Majesty k mon relour °.

J*ay examine aujourd'buy avec soin la d^pense qui se fait pour les nolis, afin de tascber d'en diminuer le prix; mais je n'ay pu faire la mesme cbose icy que j'ay faite k Marseille, tant parce qu'il n'y a pas dans ce port un aussy grand nombre de bastimens dont on puisse disposer, que parce que le biscuit estant en galette est bien plus l^ger que celuy en grignon, tient plus de place, et par consequent le vaisseau est charg^ d'un moindre .poids et les capitaines y gagnent moins, en sorte que le nolis est demeur^ au mesme prix, s^avoir : 3o sols pour le quintal de biscuit et la millerolle de vin; i3 sols pour la viande et autres denr^es, du quintal; 3 sols pour cbaque barii de sardines \

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