‹ Lettres, instructions et mâemoires de Colbert, publiâes d'apráes les ordres de l'empereur, sur la proposition de Son Excellence M. Magne, ministre secrâetaire d'etat des financesChapitre 62 sur 246 · A TOULON · texte numérisé non relu

A TOULON

( Lettre antograpbe. )

VereaiUes,9& octobre 1676.

Mon fils, vous voyez qu'apr^s avoir d^pesch^ un courrier avec la grande et ample ddpesche qu'il vous a port^e, je ne n^^ige pas de vous ^crlre, et vous jugerez assez facilement par 1^, si vous n'en aviez point un million d'autres preuves , combien vostre intruction et vostre avancement m'est cher et important. J'esp^re qu'avec Tapplication que vous y donnez k present et celle que j'y donneray toujours, cela ira mieux k Tavenir, et que vous prendrez peut-estre quelque plaisir k me soulager et k vous avancer en mesme temps en vous attachant et vous appliquant continuellement k bien executor ce que je vous dis en tant de mani^res diff^rentes.

Je ne s^aurois assez vous recommander la r^gularit^ et Texactitude aux cfaoses que vous n^gligez parce que vous ne les croyez pas de consequence, quoyqu'elles le soyent en effet et que toute la suite des grandes affaires en d^pende , c'est-i-dire de mettre plus de temps k vostre Venture. Je vous en ay dit les raisons, qui sont fortes et qui ne peuvent estre contredites. Quand vous ^crivez vite, vostre esprit na pas le temps de faire reflexion, et c'est vostre main qui le conduit et non pas luy qui conduit vostre main. Groyezmoy, mon fils, il n'y a rien pour vous de plus grande consequence.

Vous ne devez jamais n^gliger vostre signature dans toutes les expeditions, et c*est ce qui vous arrive presque toujours, en sorte que c'estplutost le seing d'un notaire de village ou d'un procureur que celuy d'un secretaire d'Estat^

Vous devez encore prendre garde k bien conserver vos papiers, particuli^rement les importans, que vous devez garder sous vostre clef, comme tons les traites et les memoires que j'ay fait faire et que je fais faire encore tous les jours pour vous, que je trouve k present roules dans un bureau et estant dans la derni^re salete quoyque ce soit la quintescence de Tesprit des plus habiles gens du royaume ;

Vos portefeuilles^;

Les arrests, par cotes et par dates;

' Voir pi^ 6hy page 190. -de travailler a tenir toujoure voa porteTeuiUes

* Colbert lui avail d^k fait k ce sujet la re- dans Fordre que Ton y a mis et d'y ajouter con-

commandation suivanle : tinuellemenl tous les memoires que je vous en*

n]\ n\ a rien qui vous soit si ni^essairo que voye et qui vous vicnnent d*ailleurs concernanl

Tous les trait^s, les livi*es, ies instructions et tout ce qui concerne les fondemens et les maximes des prises, que vous devez s^avoir parfaitement.

Prendre soin que fous.vos m^moires et lettres soyent bien cot^s.

Qu il n'y en ayt aucun qui s*^chappe que vous ne voyiez, que vous n'examiniez, et que vous ne donniez vos ordres sur ce qu'il contient. Pour cela, examinez bien tout ce que j'ay fait sur tout ce qui est contenu dans la d^pesche que je vous ay envoy^e, et vous verrez qu'aucun ne s'est ^cfaapp^ que ne Taye vu, examine et donn^ mes ordres et ne les aye fait ex^cuter.

Qu'il ne passe jamais aucun papier par vos mains, ni aucune iettre, sans les voir, les examiner et donner vostre resolution , et sans demander ce que vous ne sfaurez pas parfaitement.

Je vous prie de croire, mon fils, que ce que je vous ^cris est de la derni^re consequence pour vous, et que vous devez vous^appliquer & I'executer ponctuellement par preference h toutes choses.

Je fais mon compliment k M. et M'°* d'Opp^de, par les lettres cy-jointes, sur la naissance de ieur 61s. Envoy ez-leur ma lettre, et, en passant h Aix, tenez-4e au baptesme, en mon nom, avec la dame qu'elle nommera pour marraine.

Pendant le temps que vous estes en Provence, Tesprit de curiosite et de vouloir apprendre vous devroit porter h s^avoir parfaitement la forme du gouvernement de cette province : les Estats , I'assembiee des communautes, les officiers qui les composent, le nombre et la qualite des officiers royaux, Ieur conduite, les intrigues et les factions de la province, tout ce qui concerne les impositions et generalement tout ce qui concerne le dedans de cette province; et peut-estre qu'une journee de plus ne seroit pas mal employee h vous informer de toutes ces cboses.

(ftib). Imp. Mm. S. F. 3,oi3, Colbert et SeignOa^^Y}, coie 9 i,ft\^ a.)

( Minute et r^nse autographes. ) Toulon , 9 3 octobre 1 67 6. Paris , q 8 octobre.

Je vous fais reponse aujourd'huy J'ay re^u vostre paquet venu par

k la lettre que je re(us bier de Tordinaire, en date du 19, et ce vous, du i3 de ce mois, quoyque matin, h mon lever, par le laquais

les memnes mati^es, voyant clairemeDl par le vous ay envoyes que vous n'avez pas lus on le m^moire que vous avez fait, encore qu'il soit TaisantT) bon , qu'il y a beaucoup de mc^moir^ que jcf

{'ordinaire ne parte pas , parce que je pars ce matin pour aller aux isles d'Hy^res, Bregan^on, Saint- Tropez, Antibes et aux isles de Sainte-Marguerite. Je vous ay desjii inform^ 9 par ma pr^c^ente tettre, de ce voyage, qui, estant long et par des chemins fort fascbeux, retardera un peu mon retour. le le feray avec plus de diligence que personne, et j'ay pris mes mesures pour cela.

Si j'avois eu plus de temps k de- BMiuer a IbrKule et icy, j auras encore trouv^ de quoy m'employer utilement, mais la n^cessit^ qu'il y a de me rendre h Paris dans les premiers jours du mois prochain ^ ne me permet pas de retarder mon retour.

que vous m'avez envoy^ , vostre paquet du nS.

J*ay travaill^ trois heures ce matin k voir tout et examiner tous les estats et m^moires qui composoient ces ileux d^pesches, et k apostiller le tout k mon ordinaire.

Ce que je puis vous dire, en g^ n^ral, c*est qu'il y a beaucoup de travail qui fait voir une bonne ap^ plication; mais vous manquez au principe, qui est de vous donner plus de temps pour bienpenser a vos d^pesciwa, les retire, les corriger, et enfin de faire en cda ee que tout homme de bon sens, et qui a I'avantage d'approcber et de servir son roy et son maistre, fait k quelque Age qu'il soit, c'est-^-dire, polir ses discours quand il doit par^ ler, et ses d^pesches quand il doit ^rire, et les meltre dans la plus grande perfection qu'il est possible pour que ses discours et ses d^pesches servent k luy concilier I'estime et les bonnes grii ces de son maistre^. C'est \k, mon fils, la fin, I'objet que vous devez toujours avoir, et, en un mot , la somme de tout.

II faut que vous s^achiez quebien faire etbien rendre compte de tout, c'est la perfection; mal faire et mal rendre compte , c'est I'abisme. Mais , d un homme qui feroit bien et qui ne rendroit pas bon compte ou d'un autre qui feroit mal et qui rendroit bon compte, celuy-cy se sauve-

» Pour les couches de la ronrquise de Seignelay. — * Voir pieces n'* 97 el 35.

J ay tasch^ de satisfaire h tout ce qui estoitport^ parmon instruction , et je puis vous dire qu'ii ne sQsi pas pass^ un seul jour depuis que je suis en Provence que je ne me sois lev^ a cinq heures du matin , et que je n'ay pas employ^ un quart d'heure k autre chose qua travailier, a donner les ordres n^cessaires et satisfaire k tout ce que je devois faire icy. Je souhaite avec passion que vous en soyez satisfait et que vous jugiez que j'ay bieq employ^ mon temps et que mon voyage a est^ utile.

Je n'ay de ma vie tant travaill^, et je me suis fait une application principale d'approfondir toutes choses et de me corriger en cela du d^faut dont vous m'avez si sou vent averty.

Je I'aurois fait encore davantage et je vous aurois encore plus satisfait si le temps me Tavoit permis; mais

roit plutost que Tautre; en sorte, mon fils, qu'il n'y a rien qui reus importe davantage que cette application h vos d^pesches que je vous demande.

Et pour commencer, je vous prie de demeurer plutost un jour tout entier dans une ville ou un village de vostre route pour (aire un m^ moire exact de tout ce que vous aurez fait, le bien ranger selon les mati^res et dans I'ordre naturel que les choses se font, le relire, le corriger et le rendre tel qu'il vous satisfasse premi^rement et puis qu il satisfasse le Roy.

Je vois bien le travail que vous avez fait, et j'en suis tr^s-satisfait.

Vous auriez pu demeurer encore sept ou huit jours en Provence. Ge voyage vous aura est^ d'une tr^ grande utility , et j'esp^re qu'il servira beaucoup h vous rendre maistre de vostre travail et h m*en soulager.

Tout cecy est tr^s-bon.

11 faut travailler beaucoup pour se rendre le travail facile , et , quand vous vous appliquerez h bien faire ce que vous avez h faire, vous verrez que vous vous jouerez de vostre travail.

Je vois clairement que vous avez bien plus approfondy les mati^res

j'ay trouv^ a Marseille ei icy beaucoup plus de choses a faire que je ne croyois, et il a fallu exp^dier le tout avec une diligence qui ne m'a pourtant pas empesch^ d'entrer dans tons les details.

Sur ce que vous m'^crivez de la lettre que je vous ^crivis de Lyon, par laquelle je ne vous mandois point le detail de T^preuve des canons de fonle, je vous diray que j'arrivay a Lyon h neuf heures du matin, que je fus sur le lieu d'^preuve jusqah trois heures, etque,comnie la visite de toutes les pieces est fort longue, qu'il faut longtemps pour les charger, et que j'estimois n^cessaire de partir ce jour mesme de Lyon pour avancer mon voyage, je ne pus voir le dernier coup et je laissay le commissaire Duclos pour en dresser le proc^s-verbal. Ainsy je ne pus vous rendre un compte aussy particulier, n'ayant pas eu dailleurs chez M. TArchevesque de Lyon le temps ni la commodity de vous ^crire une grande lettre.

que vous n'aviez accoustume de le faire.

Je m'^tonne que des yiniis lelles que celles que je vous dis ne vous persuadent pas, et que vous alliez rechercher dans voslre esprit des raisons contre ce que je voiTs ay dit. Groyez-moy, mon fils, une fois :

appliquez-vous toujours h bien entendre ce que je vous dis, et a Tex^cuter ponctuellement et promptement; vous vous en trouverez bien. Et, quand je vous avertis de n'avoir pas fait une chose, appliquez-vous seulement h bien com'prendre la raison pour laquelle je vous en avertis, et h en profiter dans une autre occasion.

Vous estes party de Versailles le 6 , et je n'ay reju que le 2 1 voslre lettre du 1 3 , except^ le billet que vous m'avez ^crit de Lyon. Gependant le Roy, qui est exact au point que vous s^avez, n'a jamais manqu^ un seul jour h me demander si j'avois re^u de vos nouvelles.

Croyez-vous, de bonne foy, que cela soit bon? 11 falloit traiter comme de la chose capitale de vostre voyage comme en effiet elle Test, demeurer h Lyon trois ou quatre jours davantage, rendre compte de la lecture des ordinaires, de vos instructions et de tout ce que vous aviez fait pour IVprouvp.

Depuis cela,j'ay tasch^ devous persuader que je me suis un peu corrig^ du d^faul, dont vous me parlez encore, de prendre les choses par la superficie. Je souhaite d'y avoir r^ussy.

Je suis bien fasch^ que vous vous persuadiez si promptemenl que je n'auray fait aucune reflexion a ce qui est port^ par mon instruction.

Je n'ay pas oubli^ un seui article; et la premiere chose que je fais quand je me mets le matin au travail, est de la lire, de marquer k cost^ ce que j ay ex^cut^ le jour pr^c^dent et de voir ce qui me reste h faire.

J ay lu les lettres de marine que vous avez ecrites dans les ports. Pay vu et examine les lettres de Marseille et de Toulon que vous m'avez renvoy^es , et j'ay trouv^ que j'avois satisfait par avance a tous les points qui y estoient contenus.

Comme il est aujourd'huy le 28 , que la poste ne partira d'Aix qu*apr^s-demain, aS, et qu'elle est huit jours entiers a aller d'Aix a Paris, j'ay estim^ a propos de vous

II falloit aussy ^crire d'Avignon , et y demeurer pour cela un jour

Vous me pouviez espargner tout ce discours, et vous I'auriez fait en me disant que vous Tobserverez une autre fois; mais c'est ma destin^e d'avoir plus h combattre le revestement que la substance de vos lettres.

Ce style n^est pas bon.

Celuy-cy encore moins.

II ne suffit pas de la lire; il falloit faire voir par des d^pesches de Lyon et d'Avignon que vous le faisiez.

Bon.

envoy er un courrierexpr^s,afin que

vous eussiez ma d^pesche avant le

depart du Roy pour VlUers-Cotte-

rets, et que vous puissiez rendre

compte k Sa Majest^ de Testat au- Je vous ay icni que le Roy n'al-

quel sont les affaires de ce port. loit pas h Villers-Cotterets.

(Bibl. Imp. Mss. S. F. 3oi9, Colbert et Sngtulay, VI, cote ai, pi^ lo. )

(Lettre autographe. )

Marseille, 97 octobre 1676.

La n^cessit^ oil le voyage du Roy k Villers-Colterets me mettoit d'estre h Paris le 9 ou le 3 du mois prochain , et I'envie que j'avois d'achever avant mon depart de cette province tout ce que j'avois h y faire pour le service du roy, tant pour la marine que pour les fortifications, m*ont fait faire une diligence extraordinaire dans le voyage d'Antibes et des isles, duquel je suis de retour de cette nuit *.

Je partis de Toulon , suivant ce que je vous manday vendredy dernier 98 , Ji trois heures du soir, apr^s avoir mis ordre a tout ce qui regardoit les affaires de ce port, et j'allay aux isles d'Hy^res le soir; je les visitay le lendemain matin, suivant le m^moire que vous en trouverez cy-joint; et de 1^ je fus visiter Rreganfon; je fus ensuite h Saint-Tropez, d'oA je passay aux isles de Sainte-Marguerite et i Antibes. J'ay fort exactement visits ces places, et vous trouverez cy-joint le m^moire de Testat auquel elles sont \ present *", de ce qui reste k faire pour Tentiire perfection de celles auxquelles on travaille , de ce qu'il faut faire pour remettre en bon estat celles qui sont achev^es, et des d^penses qui y ont est^ faites les trois dernitres ann^es.

Je partis d' Antibes avant-hier au soir la nuit, et, nonobstant les mauvais chemins et les rivieres d^bord^es qui m'ont fait attendre longtemps , je suis arriv^ icy a deux heures apr^s minuit; je crois que c*est la plus grande diligence qu on puisse faire \

Comme je ne m'estois point couch^ depuis mon depart de Toulon , ayant toujours march^ jour et nuif^, je me suis repos^ ce matin; je recommence i present mon travail, afin que vous receviez d'icy encore une lettre qui vous fasse connoistre comme je me suis appliqu^ en cette pro-

vince a tout ce que j ay cru n^cessaire au service du roy et a tout ce que vous m'avez recoQ)mand(^ \

Je refushier soir, en chemin, par les courriers que vous m'avez envoy ^s , vos lettres des 17, 19 et 29 de ce mois; je les ay toutes lues avec attention, et je les relis encore a present pour faire une r^ponse exacte h tous les articles qui y sont contenus', et premi^rement :

Lettre du 17. — II estoit difficile que vous refussiez de mes lettres avant celles que je vous ay ^crites d'icy, n'ayant fait que passer k Lyon , ou je ne pus pas voir achever I'^preuve des canons de M. Emery, ainsy que je vous Tay cy-devant ^crit ; et pour Avignon, j'y arrivay k une heure apris minuit, et en partis k cinq heures du matin , parce que je croyois que ce que je pouvois faire de mieux estoit de me rendre icy ou je devois travailler, et que ce que je pouvois vous ^crire d'Avignon ne valoit pas la peine de m'y arrester*.

J'esp^re que toutes les d^pesches et m^moires que vous aurez k present re(us vous auront persuade que j*ay souvent relu ce qui estoit contenu dans mon instruction, et que j'ay tasch^ de n'oublier aucun des points \

Puisque le voyage de Villers-Cotterets est rompu , je demeureray quelques jours davantage dans cette province **, et je travailleray jusqu^apr^sdemain k vous faire une bonne d^pesche que je vous enverray par un courrier expr^s.

Le plan de raon retour est de m'en aller samedy visiter la Tour-de-Bouc \ pour avoir achev^ la visite de toutes les places de Provence, et d'aller coucher k Aix, d'ou je partiray pour aller coucher le i" jour de novembre k Mont^limar; de Mont^limar j'iray coucher k Vienne, ou je verray et examineray tout ce qui regarde les manufactures du Dauphin^; de Ik je m'en iray k Roanne avec toute la diligence possible, oii je m'embarqueray jusqu'Ji Nevers, d'oii j'iray visiter toutes les manufactures de Nivernois, et, ensuite, je me rendray oh sera le Roy, en sorte que, suivant mon compte', je seray a Paris le 5 du mois prochain ou le 7 au plus tard**.

J'esp^re que vous trouverez, par les m^moires cy-joints sur les affaires des bois de Bourgogne , qu'il n'estoit pas n^cessaire que je fusse sur les lieux pour connoistre et s^avoir bien exactement tout ce qui regarde cette affaire. J'ay travailld avec le sieur Daliiez et le commissaire Saint-Georges, et comme les fourneaux de Drambon^ ne sont point en feu, qu'il n'y a presque point de canons audit lieu, et que j'ay donn^ ordre au sieur Besche d'estre

* Fort construit en 1666, dans Tile de ce * Aujourd^hui canton de Pontailler, arron-

noni, sur les cAtes de la M^dilerranee, pour dissement de Dijon (C6li?-d'0r). df^fendre le mouillage des Martifjnes.

h Lyon h mon passage, il n'estoit pas necessaire que je fusse k Draoibon. Vous verrez par iesdits m^moires cy-joints tous les diff^rens marches qui ont est^ fails pour les achats de bois, les quantit^s de pieces de bois qui ont esl^ voitur^es a Toulon , ce qui en reste sur les lieux et ce qui reste d'arbres a exploiter dans les forests; les marches qui ont est^ fails pour 1'^quarrissage e( la voiture desdils bois, et les ordres qui sont h donner h present sur ce sujet*.

J'ay refu aujourd'huy le billet que vous m'avez ^crit par le sieur Le Gras ; je Tay remis k demain pour Iravailler avec luy, el je vous rendray comple de ce que j'auray fail J.

J'ay lu et examind avec application le m^moire qui estoit joint h vostre lettre, portent pour litre : DesseinsquenumJiU doit toujours avoir dansTe^prit pour le service du roy dans la Miditerranie^ . 11 n'y a assur^menl rien de si beau ni de si utile que ce qui est contenu dans ce m^moire^, et je me feray une application conlinuelle pour le faire r^ussir. Je feray Iranscrire ce m^moire dans mes registres et j'en feray un pareil pour le Ponant k mon retour, ainsy que vous me I'ordonnez, n'ayant pas k present le temps de faire ce m^moire ^

Sur ce sujet, je vous envoye la r^ponse que j'ay refue du sieur Cornpans, k qui j'avois envoy^ un courrier expr^s pour donner avis a M. de Centurion de mon voyage d'Anlibes. Vous verrez, par ladile lettre, les raisons qui ont empesch^ ledil sieur Centurion d'y venir, et je recevray k mon relour les ordres du roy pour ce qui regarde cetle affaire ".

Vous verrez aussy, par les lellres du sieur Compans , que les Hollandois sont partis de Naples; il est arriv^ aujourd'huy un patron icy qui assure les avoir rencontres au large de la Corse, faisant route pour le Ponant, au nombre de quatorze vaisseaux de guerre, et qu'ils esloient suivis de plusieurs autres bastimens.

LeUre duig. — Vous me reprochez par cetle lettre de ne pas vous avoir ^crit; je n'ay assur^ment perdu aucune occasion de le faire, et je vous ay fait r^ponse sur cet article au commencement de cetle lettre ''.

J'ay lu le m^moire qui vous a est(^ adress^ sur les abus qui se commettenl k Toulon. II vient d'un secretaire que le sieur Arnoul a chass^ et dont j'ay reconnu I'ecriture^; mais, quoyque cetle part soil suspecte, il ne faut pas laisser de p^n^trer si ce qui est port^ par ce m^moire est veritable, et mesme, si je I'estime necessaire ainsy, je relourneray pour cela faire un tour k Toulon et ne me conlenleray pas de Iravailler icy avec le sieur Ar-

* Nous n'avons pas trouv6 ce m^moire. — ^ II est a la Biblioth^que Iinperiale ; Mss. S. F. 3,0 1 2 , Colbert et Seignelay, VI , cole a i , pi^e 1 8.

noul, a qui j'ay donn^ Tordre de venir avec plusieurs papiers que je dois examiner avec luy avant mon depart, et dont je vous rendray comple.

J'avois desja est^ d'avis,dans mon mdmoire que je vous ay envoy^ sur ce qui regarde les officiers du port de Toulon , de changer le garde-magasin et le contrdleur. J'ay aussy retranch^ dans Teslat que je vous ay envoy^ plusieurs (5crivains provenfaux. II faudra pen a peu se d^faire du teste , estant Ir^s-certain qu'il en pent arriver des abus considerables.

Sur ce qui regarde le sieur Arnoul, par tout ce que j'ay vu et les informations que j'ay faites, je le crois fidMe, et il m'a paru fort appliqud; mais il est vrai que j'ay cst^ fort surpris de trouver la dame de Ru chez luy, et que comme je sfavois par le bruit du monde que cette femnie est fort dangereuse , cela m'a oblig^dem'informerparticuli^rement de son histoire, et de ce qui I'avoit men^e h Toulon, Je crois qu'il n'est pas hors de propos que je vous rende compte en deux mots de ce que j'en ay appris.

La dame de Ru, ayant connu le sieur Arnoul p^re aux bains de Digne, vint loger chez luy i Marseille, et s'y trouva establie a sa mort, avec uu empire si absolu sur I'esprit de la dame Arnoul qu'elle y demeura depuis comme la maistressede la maison. Le sieur Arnoul vint ensuite a Marseille, et elle joignit h ses artifices ordinaires pour le gagner des services ou apparens ou v^ritables.

La veuve Arnoul vouloit ^pouser h toute force le chevalier de La Rretesche , qui faisoit I'amoureux d'elle depuis longtemps; la dame de Ru, confidente de cette belle passion, en avertit le sieur Arnoul, le fait cacher dans la chambre de sa m^re , et luy fait entendre les mesures qu'elle prenoit avec ledit sieur de La Rretesche pour luy donner tout son bien avant le manage. Cette affaire ^clata fort et Ton prit pour la rompre des mesures qui r^ussirent et qui donn^rent lieu k la dame de Ru de faire entendre au sieur Arnoul que, puisque sa m^re vouloit absolument se marier, le meilleur party qu'il y eust a prendre estoit de faire en sorte qu'en se mariant elle luy donnast tout son bien et ne se r^servast qu'une pension. Elle propose pour cela son fils, jeune homme de vingt-sept ans, qui commenfoit desji k plaire a la vieille Arnoul. Arnoul donne dans le panneau; le mariage se fait aux conditions propos^es par la dame de Ru, et, pour affermir cette belle alliance, elle trouve moyen d'engager le sieur Arnoul par reconnoissance k luy donner sa soeur pour son second fils. Le contrat de ce second mariage est signed , et Ton n'attend que I'&ge de la petite, qui n'a que dix ans, pour I'acheverenti^rement. Cependant la dame Arnoul, malcontente de son mary, s'est retiree dans un convent a Lyon et a laiss^ madame de Ru a Toulon, sous le pr^lexte d'avoir soin de sa fille.

Voili la ridicule histoire de la dame de Ru, sur laquelle je parleray fortement au sieur Arnoul, et luy expliqueray en deux mots qu'il est impossible qu'il puisse demeurer dans son employ, qu il ne se d^fasse de celte femme. II seroil fascheux que cela le mist hors d'estat de servir ; il ma fort content^ dans le voyage que j'ay fait h Toulon, et se rendra assur^ment capable de bien servir le Roy h lavenir".

J'ay parl^ de ce qui est ^crit cy-dessus au sieur Arnoul aussy fortement que je devois sur une mati^re aussy importante. II m'a fait voir les engagemens qu'il a avec cette femme, dont le detail seroit trop long; mais en un mot il est vray qu'elle s'est rendue maistresse d'une partie des affaires de sa famille, et pour cela ii demande le temps de s'en d^faire de sorte qu'elle ne puisse luy faire de mal. Je luy ay dit d'y travailler promptement, et il m'a promis qu'il le feroit^.

Je vous envoye la r^ponse au ra^moire d'avis qui vous a est^ donn^ sur ce qui se passe h Toulon^; je crois que le changement du garde-magasin , du contr6leur, et des Proven^aux qui servent dans le magasin , coupera la racine de lous ces abus^i.

Je n'ay pas encore interdit le contr6leur Leroy, et je me trouve assez embarrass^. II faut mettre quelqu'un h sa place, et son confrere La Reynarde est pent estre moins fripon que luy, mais n'est gu^re plus capable de servir. Je voudrois fort avoir quelqu'un pour y commettre , et je ne vois personne k qui confier cet employ. Gependant, je donneray ordre h La Reynarde , qui entre en fonclions I'ann^e prochaine , de servir h la place dudit Leroy.

II n'y a rien de plus important au service du roy que de mettre quelqu'un k la place de ces deux hommes. Je n'ay encore pu s^avoir combien ils ont finance pour leurs charges, parce qu'ils le cachent avec soin : il sera bien ays^ de Irouver k Paris leurs quittances de finances et d'ordonner par arrest qu'ils les rapporteront au cas que le Roy ayt pris la resolution de rembourser ces officiers.

Je ne manqueray pas, suivant ce que vous m'^crivez par vostre letlre, de

^ Le leDdemaio , Seigneiay ^ivait encore h Colbert k ce sujet :

«ray fait s^avoir k mon p^re d'ou vient ce m^moire, et je luy ay desj4 r^pondu sur une partie de ce qu^il contient; il trouvera encore cy-joint le mesme m^moire aposlille de ma main. J^ay parie fortement au sieur Arnoul. Je luy ay bien fait connoistre combien il devoit oslre en garde contre luy -mesme sur loules

les choses auxquelles il manque ordinairement et sur la fid^t^. Apr^ luy avoir bien assur^ que je n^avois aucun soup^n contre luy, je iuy ay fait tomber dans la conversation une partie de ce qui estoit contenu dans le mtooire qui m*a estd envoy^; je luy ay fait une le^on sur ce sujet; il a de bonnes intentions, et je crois qu'il profitera bien de ce que je luy ay dit.»

faire, avant mon retour h Paris, une ample relation de tout oion voyage ^ et pour cela je transcriray mon instruction sur la moiti^ du papier et mettray k cost^ ce que j'ay fait en execution; comme les m^moires amples que je vous ay envoy^s d'icy et de Toulon r^pondent h une partie de ce qui y est contenu, je m'attends, dans le compte que je rendray au Roy, de ranger lesdits m^moires en ordre et de faire voir succinctement h Sa Majest^ que j'ay amplement satisfait h tous les articles de ladite instruction^.

Letlre du as. — Par cette lettre, vous me faites s^avoir que le Roy et vous avez este satisfaits des d^pesches que je vous ay envoy^es; vous pouvez ays^ment juger quelle joye cela ma donn^e, et combien cela m'excitera h mieux faire encore k ravenir**.

Vous m'excitez, par vostre exemple et par la diligence avec laquelie vous avez fait r^ponse aux lettres de M. de Vivonne et h toutes celles qui avoient est^ envoy^es de Messine, h faire la mesme chose k Tavenir et k terminer aussy promptement les affaires que j'auray. Je suivray ce module autant qu'il me sera possible, et profiteray de vos excitations et des avis que vous me donnez encore mieux que je n'ay fait par le pass^'.

Sur ce que vous m'^crivez au sujet de mes d^pesches que vous avez trouv^es confuses, et oA j'ay mesl^ les matieres, je m'appliqueray premi^rement encore davantage a bien ^crire k I'avenir; mais permettez-moy de vous dire que je commence toujours par bien ^crire, mais que quand j'^cris longtemps ma main est lasse, et que j'ay peine kbien former mes lettres; j'y prendray garde de plus pr^s k I'avenir.

Pour la confusion, il est vray que j'avois mesl^ les matieres, mais j'avois cru bien faire et vous rendre un compte plus exact en venant ^crire jour par jour dans mon cabinet ce que j'avois fait pendant lajourn^e. Je changeray cet ordre k I'avenir, et diviseray les matieres ainsy que je I'observe dans les m^moires que je vous envoye par le present courrier.

J'ay fait un m^moire de tout ce qui estoit contenu dans toutes vos d^pesches que j'ay a executor; vous trouverez cy-jointledit m^moire apostill^^, avec la r^ponse a tous les articles; c'est I'ordre que vous m'avez ordonn^ d'observer dans vostre lettre.

Riponse aux aposiilles mises sur mes lettres des la et i5 octobre.

Toutes les apostilles par lesquelles vous me donnez quelques ordres sont contenues dans le m^moire cy-joint , et je ne fais riponse icy quk celles sur lesquelles il n'y a point d'^claircissemens k prendre.

' Nous pubiions aux Annexes , pi^ce XII , !a * Gem^moirese trouve en effetdansle Suppl.

relation complete de ce voyage. Fran^. 3,o i a , VI , cote a i , pi^ce 1 5.

Je conviens qu'il faut retrancher les officiers des arsenaux qui ne sont pas absolument n^cessaires; mais je ne crois pas qu'ii y en ayt d'inutiles dans Tarsenal des galores, et, pour ceiuy des vaisseaux h Toulon, vous aurez vu, par les m^moires que je vous ay envoy^s, que j'en ay relranch^ beaucoup qui estoient inutiles; j'ay encore, depuis, retranch^ ceux de Thospital de Saint^Mandrier.

Je rassembleray tous les m^moires des fortifications pour en rendre compte au Roy, k mon retour.

Vous me demandez par qui j'ay fait examiner le prix des ouvrages de ma^onnerie qui se font a Marseille : c'est par Lambert \ que j avois men^ avec moy et qui s en est assez bien acquitt^; j'esp^re qu'il se rendra capable de Temploy auquel vous le destinez.

Je dois m'informer encore plus particuli^rement aujourd'huy de ce qui regarde les maisons abattues aupr^sdu fort Saint-Jean; on continue ^les abattre, et toutes celles marquees sur le plan le seront incessamment.

Je vous ay rendu compte par mes lettres de Toulon des ^preuves de canons de Rourgogne , que j'ay fait faire en ma presence, et vous aurez vu le succ^s des ^preuves par les proc^s-verbaux que je vous ay envoy ^s.

Je fn'informeray aujourd'huy de celuy a qui ont est^ remises les 3 00,0 00 livres de fonds pour I'extraordinaire qui doivent passer a Messine; je n'avois pas encore appris que ce fonds eust est^ ordonn^; j'auray soin de le faire embarquer sur le bord du chevalier de Chateau- Renault.

J'ay fait venir, depuis cette lettre ^crite, un nomm^ Pr^pant, a qui sont ordinairement adress^s les ordres pour la remise des fonds de I'extraordinaire de la guerre qui sont envoy^s h Messine; il m*a assur^ n'avoir point refu d'ordres. J'ay aussy envoy^ au commissaire Lenfant pour sfavoir s'ils ne luy ont pas est^ adress6s, et si ce fonds est prest k estre embarqu^.

Sur ce que vous me recommandez de me tenir en garde contre les flatteries des Provenjaux, permettez-moy de vous dire que mon travail assidu m'empesche d'avoir aucun autre commerce avec eux que celuy de les voir un moment le matin, lorsque je vais disner, et que, d'ailleurs, je ne puis estre susceptible d'autre chose que de rendre mon voyage bien utile au service du roy, et par li de vous satisfaire ; c'est IJi mon solide bien , et le reste ne m^rite ajicune reflexion.

Je rapporteray avec moy les plans exacts des arsenaux de Marseille et de Toulon, avec des m^moires de ce qu'il y aura a faire I'ann^e prochaine,

* Voir pike n" 58 , page 1 69.

eu ^gard h la n^cessit^ du service, afin que vous r^gliez la d^pense quil y aura h faire pour cela.

J'ay ex^cut^ vos ordres pour I'adjudication des marchandises au rabais, pour ce qui regarde Toulon, et j'aurois fait la mesme chose pour les galores, mais il n'y avoil que vingt-cinq jours que Brodarl avoit achev^ les publications, et je crus qu'il ne falloit pas recommencer cela si souvent; c'est ce qui m'a oblig^ de tenir la conduite que j'ay observ^e pour diminuer le prix des marchandises qui se fournissent aux galores.

Je feray, une autre fois, mon profit de ce que vous m'^crivez au sujet du sieur de Bonrepos que j'ay men^ dans mon carrosse, et je ne retomberay plus, h I'avenir, dans une faute pareille.

J'ay parl^ fortement aux munitionnaires sur toutes les remarques qui ont esl^ faites par M. d'Opp^de, tant au sujet des vivres que pour les vins de Languedoc, fromages de Sardaigne, chairs salves et autres denr^es, et cela sera exactement observ6 a I'avenir; j'ay fait entendre la mesme chose aux intendans, afin qu'ils tiennent la main h ce que pareille chose n'arrive plus.

NOTBS MABOIHALIS DB LA MAIN DB COLBBBT.

* Bon. — Mais il est important dans ces voyages de vous donner tout le temps u^cessaire pour bien reconnoistre et contr61er toutes choses.

** Bon. — Je feray voir au Boy ce m^moire.

' II n*y a pas de doute, et elle est mesme un peu trop grande.

* G'est trop de fatigue.

* Bon.

' Toutes mes d^pesches sont importantes.

' Sur tout cecy, il ne faut que dire que vous profiterez une autre fois de Tavis que je vous ay donn^. Tant de raisons ne produisent rien de bon. ^ Bon.

* n faut achever cette affaire des bois de Bourgogne.

^ Bon. — Vous n*avez pas assez vite commence ce travail , qui est tr^-important. ^ Vous en devriez bien profiter.

' U faut vous mettre fortement dans Tesprit de faire r^ussir tout ce qui est dans ce m^moire.

" Je vous entretiendray h vostre retour de cette affaire. - Bon.

* Cette situation n'est pas bonne ; en un mot, la dame de Ru ne peut pas demeurer dans cette conOance avec le sieur Arnoul et demeurer avec luy, ou il faut qu'il quitte I'employ.

^ 0 faut rompre tous ces liens.

' Bon.

(Bibl. Imp. Mss. S. F. 3,oi9 , Colbert el Scignclmj, VI, cole si , piice i/i.)

(Lettre antographe.)

Marseille, agoctobre 1676.

J'ay employ^ tout le temps qu'il y a que je suis icy k travailler k ¥ex6cution des ordres que vous m*avez donnas par vos lettres et h achever ce que j'avois i faire suivant les m^moires que vous trouverez cy-joints.

Pay entretenu le sieur Le Gras sur ce qui regarde les ordonnances de la marine, et j'ay fait venir les ^chevins de la ville dc Marseille, auxquels j'ay expliqu^ que Tintention du Roy estoit qu'ils nommassent six des bourgeois de la ville n^gocians, six des maistres et capitaines de navire les plus experiment's et six des meilleurs pescheurs, pour conf'rer avec ledit sieur Le Gras sur tout ce qui regarde le commerce et la pesche. Je leur ay expliqu' k quelle intention le Roy vouloit faire cet establissement, et ils ex'cuteront ce que je leur ay fait entendre de la part de Sa Majesty sur ce sujet ^

J'ay 'crit la mesme chose aux consuls et officiers de I'amiraut' des villes maritimes de cette province, et, si j'avois eu plusde temps, j'aurois entretenu ledit sieur Le Gras et travaill' avec luy sur toutes les ordonnances de marine; mais j'ay eu tant d'autres cboses a faire depuis mon retour, qu'i peine ay-je eu le temps de les achever ^.

Les gens qui m'ont fait la proposition pour la voiture par le Rh6ne, m'ont offert deux sols par pied cube de diminution sur la voiture des bois du roy; ils doivent me faire voir demain leurs machines, et je vous en rendray compte h mon retour.

J'ay travailie fort exactement depuis mon retour k tout ce qui regarde les arsenaux de Marseille et de Toulon ; j'ay fait dresser des plans et des . m'moires sur ce sujet, que j'ay examines avec les intendans, et j'ay apporte toute I'application n'cessaire pour vous en rendre un bon compte a mon retour, et pour en rendre aussy compte au Roy; comme je ne puis vous envoyer les plans par la poste et que cette mali^re s'expliquera mieux de voix que par 'crit, j'ay retenu tons les m'moires qui la concernent.

J'ay encore travaill' depuis que je suis icy h ce qui regarde les maisons du fort Saint-Jean ; j'ay rassembl' tons les m'moires que j'ay pu recouvrer

^ En marge Colbert a ^crit : « Ce travail est de rester un jour en tier pour ce travail , et fort important. 7) le bien employer, r

* En marge : « II auroit esle tr^ h propos

el j'emporteray tout avec moy k Paris, n'ayant eu garde de rien decider sur cela que je n'eusse re^u vos ordres.

J'ay ^crit h mon fr^re par un vaisseau qui partira dans trois jours pour Maltc, et je Texcite fort pour ce qui regarde Tachal des Turcs; je luy parle aussy de ce qui regarde sa conduite de la mani^re dont vous le pouvez souhaiter ; je prendray la liberty de vous entretenir a mon retour sur ce sujet de choses que j'ay apprises et qu'il est bon que vous s^achiez.

Je n'ay pas eu le temps de bien examiner les premiers cahiers du r^glement g^n^ral fait par le sieur Brodart, que je vous envoye; il y aura beaucoup de choses k corriger, ce r^glement estant tr^s-diffus et ne rangeant pas assez bien les mati^res; il ne laissera pas de le continuer, et, h mon retour, je recevray vos ordres et m'appliqueray k rendre ce r^glement parfait.

Gomme je vous fais une ample r^ponse d'ailleurs a tout ce que vous m'avez ^crit, je ne vous ^criray rien da vantage k pr^ent, si ce n'est que je travailleray encore demain matin 3o icy, que j'en partiray pour aller coucher k la Tour-de-Bouc; que, de Ik, j'iray coucher k Aix, d'oA je partiray le 1* novembre pour m'en retourner aupr^s de vous. J'ay pris mes mesures pour faire en chemin tout ce que je dois faire au sujet des manufactures de Dauphin^ et de Nivemois.

J'ay re(u ce soir nouvelles de Toulon que tous les vaisseaux ont mis k la voile pour se rendre aux isles d'Hy^res, d'oA ils doivent appareiller d^s ce soir, le chevalier de Gh&teau-Renault m'en ayant assur^, et rien ne pouvant retarder son depart.

J'avois fait faire un m^moire de ce k quoy revient la construction d'une galore, mais j'ay trouv^ dans I'examen qu'il montoit trop haut; je I'ay voulu plus particuli^rement examiner, et c'est par celte raison que je ne vous I'envoye pas aujourd'huy,

Je vous envoye un mdmoire sur le pouvoir et iiutorit^ du g^n^ral des galores, par lequel vous verrez a la fin une commission de M. de Gondy k un commandeur de Forbin, pour commander les galores en son absence; ce recueil est bon k garder.

Je ne vous envoye pas aujourd'huy un tarif des rabais faits depuis la derni^re publication, que j'ay fait faire pour les merchandises k fournir k Toulon, parce qu'il n'a pu estre mis au net; je I'emporteray avec moy.. .

(Bibl. Imp. Mss. S. F. Z,oi a, CoibertetSeignelay, VI, cote ai, pike ik.)

(Lettre antographe.)

Versailles, Si oclobre 1G7G.

Mon fils, je Yous envoye, par un courrier cxpr^s, )a r(5ponse que j'ay faite h toules vos lettres des 18, 19, 3 9 et 28 de ce mois. Vous verrez que je ne suis pas paresseux h voir, i examiner et dire mes sentiraens sur ce que vous m'envoyez. H me semble, mon fils, que je vous trouve chang^ de ce voyage, el je commence a esp^rer qu'enfin je trouveray le soulagement et le repos d'esprit que je souhaite il y a si longtemps, et pour lequel j ay tant travaill^.

Au nom de Dieu, mon fils, ne trompez pas cette esp^rance, continuez la mesme application, augmentez-la, s'il est possible, et vous trouverez qu avec un peu de temps tout vous deviendra facile et agr^able. Je ne vous demande pour ceia que de vous appliquer ^ bien entendre ce que je voUs dis, k Tex^cuter ponctuellement et diligemment.

Exp^diez encore avec plus de diligence lout ce que le Roy vous ordonne, el lout ce que le Roy accorde; et, h regard de ce que vous faites, y bien penser, le bien diviser, le relire plus d'une fois el le polir. Je suis garant que, si vous voulez observer trois mois durant ces quatre points, vous acquerrez une facility qui changera enti^rement Testat auquel vous vous trouvez a present.

J'ay r^solu de vous envoyer cette d^pesche par un courrier expres, qui vous trouvera k Lyon, comme j'esp^re, afin que vous vissiez tout et que vous eussiez temps pour faire la relation de vostre voyage. Je vous conjure pour cela de demeurer une demy-journ^e ou une journ^e entitire mesme en tel lieu que vous choisirez, afin que vous Tayez toute preste lorque vous arriverez.

(Bibl. Imp. Mss. S. F. 3«oi 9 Colbert et Seignekaf, VI , cote 91 , pi^ce 17.)

(Lettre aatograpbe.)

A Arbresie, entre Tarare et Lyon, 3 novembre 1676.

J'ay refu aujourd'huy en chemin, par le courrier que vous m'avez envoy^, vostre d^pesche du dernier du mois d'octobre, avec tons les papiers el mc^moires qui y esloienl joints. El, pour commencer h vous rendre complo

de ce que j'ay fait depuis ma derni^re lettre , dat^e de Marseille , que vous devez avoir refue a present, je vous diray que je partis de Marseille le vendredy 3o octobre k cinq heures du soir, apr^s avoir employ^ tout le matin a travailler k ce qui me restoit k faire et principalement k examiner les plans et devis des arsenaux de Marseille et de Toulon que j'emporte avec moy pour vous en rendre compte a mon retour. J'allay coucher sur le bord de I'estang de Berre, dans un lieu appel6 Marignane, et je visitay le lendemain la Tour-de-Bouc , apr^s quoy j'allay coucher k Aix , ou j'arrivay assez tard.

Je vous rendray compte, k mon retour, de tout ce qui regarde la Tourdc-Bouc et je joindray le m^moire de Testat de cette place aux autres qui regardent les fortifications.

Je devois partir d'Aix le lendemain k quatre beures du matin , mais ayant re9u vostre lettre du 2/1 , par laquelle vous m'ordonnez de tenir sur les fonts de baptesme, en vostre nom, le fils de M. d'Oppede\ cette c^r^monie me retint jusqu apr^ midy et je ne partis qu'^ une heure d'Aix.

J'ay fait toute la diligence que les mauvais chemins et les accidens du voyage m'ont pu permettre et j'ay est^ aujourd'huy assez longtemps a Vienne pour visiter toutes les manufactures. J'ay commence par celles des ancres : je les ay trouv^es de deux sortes; les unes plus grandes, de trois k quatre milliers; les autres plus petites, de un k deux milliers. Les premieres sont beaucoup mieux proportionn^es, plus belles et mieux faites que les derni^res, dont les verges sont trop faibles et les bras ne sont pas assez soud^s et sont trop ouverts. J'ay fait remarquer ces d^fauts au sieur Dalliez et aux ouvriers, et leur ay recommand^ de se corriger k I'avenir.

J'ay visits ensuite les forges et les fers qui s'y font de tous les ^chantillons; j'en ay fait rompre devant moy, et assur^ment le fer dont on se sert est fort bon, fort doux et pliant, ayant eu mesme de la peine k le casser; mais le fer carr^ n'est pas si battu ni si travaill^ que le fer rond, et , quoyque ce soit du mesme fer, le grain en paroist plus s^par^, plus argent^ et plus aigre; le fer en feuillard est trop long et trop foible, et il arrive presque toujours qu'il faut le rogner dians les ports et que, pour cette raison, une partie devient inutile; j'ay fait remarquer tous ces d^fauts aux ouvriers.

J'ay visits ensuite les manufactures des toiles noyales et mesl^es, et, quoyque cette marchandise soit assur^ment fort belle, il y a des pikes qui sont moinsbien serr^es et moinsbien travaill(^es que les autres, ce qui vient

' Voir pi^ce n" 59 , page 1 78.

de ce que, les metiers estant disperses chez tous les tisserands de la ville et des faubourgs, le commis ne peut y estre present pour les bien faire travailler a serrer lesdites toiles. J'en ay fait remarquer rinconv^nient au sieur Dalliez,qui est convenu avec moy que, pour y rem^dier, il falloit establir dans un seul lieu fixe les metiers, et il in'a promis qu'avant six semaines il y auroit quarante ou trente metiers dans un lieu propre pour cela. Je tiendray la main k ce qu il execute la promesse qu'il m'a faite, estant bien certain qu'on sera de cette mani^re beaucoup plus assur^ de Touvrage et du travail des ouvriers.

Je suis venu coucher icy pour ^viter les c^r^monies de Lyon; je seray demain assez matin k Roanne, oil je m'embarqueray jusqu'^ Nevers; je visiteray 1^ et a Gosne toutes les manufactures, qui est le seul point de roon instruction qui me reste h ex^cuter.

Je suis un peu fatigu^ du chemin et il est plus de minuit. Je ne laisseray pas de vous r^pondre en deux mots sur tout ce qui est contenu en vos d^pesches; et, premiirement, je ne manqueray pas de faire, ainsy que vous me r^crivez, une relation tr^s-exacte de ce que j'ay fait dans mon voyage en execution de mon instruction , et je n*arriveray pas k Paris sans Tavoir adiev^e.

J'observeray avec soin h Tavenir tout ce que vous me prescrivez par vostre lettre du 9 4 sur mon Venture et ma signature, sur la conservation et Tarrangement des papiers et des portefeuilles*, et g^n^ralement tout ce qui est de la r^gularit^ et du bon ordre , que je connois estre absolument nicessaire dans les grandes affaires. J'ay peur d'avoir manqu^ par cette lettre k ce qui regarde I'^criture, mais excusez, s'il vous plaist, la fatigue et Tenvie de dormir, ce qu il y a deux jours que je n'ay fait.

J'ay vu et examine toutes les apostilles que vous avez mises aux m^moires et lettres que je vous avois envoy^s et je suis fort ayse de les avoir, parce que cela me servira k composer plus juste la relation de mon voyage.

La satisfaction que vous me tesmoignez de ce que j'ay fait depuis que je suis party de Paris va redoubler mon application et mon soin pour vous soulager, et j'esp^re que vous serez k I'avenir content de la mani^re dont je travailleray.

Je remets le reste k mon retour et je rassembleray tous les m^moires. estats et papiers, que je mettray en ordre pour en rendre compte au Roy et k vous.

( Arcb. de la Mar. Mss. originaux, Colbert et Seignelay, pi^e 77.) * Voir pi^co n° Bg.

(Lettre et i^ponse S^ianne, 19 fi^vrier 1678.

Je vous envoye les lettres que j'ay exp^di^es hier et aujourd'huy et le m^moire que j'ay fait sur ce qui est h faire h pr&ent pour la marine ^ J'ex^cuteray h prfeent plus ponctuellement et plus diligemment tout ce qui sera h faire , et je vous enverray les m^moires que vous me demandez, avec la r^gularit^ que vous me prescrivez.

J'ay reju vostre lettre dat^e d'hier avec le m^moire qui y estoit joint; je vais rendre au Roy la lettre qui y estoit contenue pour Sa Majesty, et j'attendray k demain h faire r^ponse au reste de vostre m^moire, ne le pouvant ce soir.

J'eus hier une attaque considerable de vapeurs , et , outre cela , j'ay une insomnie si extraordinaire et si continuelle, qu'i peine puis-je dormir une heure de suite la nuit. Gela m'a extr^mement ^chauff^, et, si cela continue, je crois que les m^decins me feront saigner. J'ay une chaleur si excessive h la teste qu'elle brusle continuellement, et j'ay le d^plaisir de voir que, nonobstant mon regime et I'exactitude que j'ay pour le manger, mon estomac est

autographes.)

Paris, iG fevrier.

Je voudrois bien, mon fils, non pas vous voir travailler beaucoup, mais au moins penser k tout ou h une bonne partie de tout ce que vous avez k faire, et donner tons les jours, en arrivant, en vous levant, deux ou trois choses diff(6rentes h chacun de vos comrais ; tenir la main qu'il les execute et me les envoyer bien ou mal faites, je m'en soucie peu, parce que je les corrigeray. Au moins cela me feroit connoistre que vous pensez h vos affaires, et que vous y pensez avec la diligence qui est n^cessaire, et sans laquelle il faut que tout p^risse, perce qu'un jour, deux jours, font ou r^ussir ou p^rir enti^rement les affaires les plus importantes.

Pensez k vostre sant^ sur toates choses; un peu d'exercice mod^r^, une grande sobri^t^, manger doucement, quand vous mangez, et prendre I'air; et vous purger doucement quand vous avez deux jours de s^jour.

Je vous envoye bien des d^pesches. Renvoyez-moy tout ce que vous ne pouvez pas faire ou faire faire. Mesme si vous d^sirez que je me charge de tout ce d^partement, je le feray. Ainsy voyez tout ce qui

^ Ce memoire, qui roule en entier sur des questions de detail, se trouve aux Archives de la Marine, dans le ni^me nianuscrit, sous le nutnero 78. II est datd du 1 1 fevrier.

en beaucoup plus mauvais estat qu'il n'esloit lorsque je suis party de Paris. Get estat m'est plus insdpportable ,' parce qu'il ne me permet pas de travailler comme je voudrois , que par aucune autre raison.

Nous partons demain pour aller k La F^re Ghampenoise. On ne dit point encore de nouvelles icy de ce qui regarde I'Anglelerre; j'en parieray ce soir au Roy.

Depuis cette lettre ^crile, j'ay rendu au Roy celle que m'aviez adress^e.

Sa Majesty m'a dit que le roy d'Anglelerre a refus^ toutes les propositions qui luy ont est^ faites, et a propose h sou parlement de d^ clarer la guerre et de lever &o,ooo hommes, et mettre 90 vaisseaux en mer^ Le parlement n'a pas encore r^pondu, et Sa Majesty estime qu'il faut diff^rer jusqu'^ sa r^ponse pour donner ordre pour la fermeture des ports et pour les autres ordres qui doivent suivre la declaration de la guerre d'Angleterre.

Sa Majesty m'a ordonn^ de vous ^crire qu en cas que le nommci Laurent, valet de pied deM.de Vermandois, h qui Sa Majesty a donn^ grftce, fust, nonobstant sa grftce, condamn^ a estre pendu, elle veut bien luy accorder une commutation de cette peine en celle d'un bannisscment de trois ans de la cour et de la pr^voste et vicomt^ de Paris.

Afin qu'il vous plaise en ce cas dc la

* Voir Marine, pike n* /i88, note 3.

pent contribuer h vostre soulagement et k vostre sant^ et faites-lemoy s^avoir. Je le feray bien volontiers.

Renvoyez-moy les ordres que je vous ay envoy^s, pour les faire signer au Roy.

Soyez exact et ponctuel autant que vostre sant^ vous le pourra permettre.

Si le roy d'Angleterre se declare et que vous vouliez bien vous appliquer, si Testat de vostre sant^ vous le permet, vous pourrez rendre au Roy des services considerables ; mais il faut de Tapplication , de la diligence et du feu. Pourvu que vous le vouliez et que vous y pensiez, je suppl^eray a tout, le temps que vostre indisposition ne vous permettra pas de vous y employer.

Bon. J'en prendray soin.

faire exp^dier, Tadresse de ces lettres de grftce est faite au provost de rhostel, et il doit estre jug^ avec le Grand Gonseil.

Je serois bien ayse de sf avoir les ordres que vous avez donnas sur tout ce qui concerne les fortifications des provinces de Normandie, Bretagne et mesme jusqu'^ Bayonne, comme aussy pour le Languedoc et Provence.

La declaration d'Angleterre augmente beaucoup la n^cessit^ de prendre garde k toutes ces provinces, et je ne sjais que r^pondre ni que dire, parce que je n'en suis pas inform^.

(Arch, de la Mar. Mas. originaux, Colbert et Seiffnelay,pi^cc 3o.)

( Leitre et i^ponae antographes. )

Bar, 17 fi^vrier 1678.

J'ay vu depuis que je suis party de Sermaize , oil nous avons couch^ , la lettre que vous m'avez ^crite le 1 3 de ce mois, et j'ay rendu compte au Roy de ce qui y estoit contenu touchant le chevalier de GhAteau- Renault et des avis de Hollande du 10, par lesquels il paroist que I'escadre de Hollande n'estoit pas encore partie pour passer en M^diterran^e.

Sa Majesty m'a ordonn^ de vous 6crire encore qu'elle se remettoit h vous ou de retenir ledil chevalier

Paris, 99 f^vrier.

Je n'ay rien re(u de vous depuis cette lettre du ty.

Je ne puis m empescher de vous dire que, si vous ne voulez pa& faire reflexion a tout ce qui regarde la marine , vous verrez assur^ment que tout menace une mine prochaine par une suite d'^v^nemens fascheux et malheureux qui arriveront immanquablement coup sur coup pour estre amasses et accumui^s de longue main , et tout cela parce que vous ne voulez point faire ce que je vous ay desjJi ^crit cinq ou six

en vertu des ordres que je vous ay envoy^s de Suzanne, suivant les avis que vous recevrez de HoUande du depart de la flotle deslin^e pour M^diterranie, ou dele lakser parlir en cas qu'il eusl est^ relenu assez longtemps pour eslre encore a Brest, lorsque vous luy enverrez lesdiles iettres.

J'ay rendu comple au Roy de ce qui regarde le meurlre de Bonnard, dont le lieutenant criminel m'avoit ^crit. Je fais aussy r^ponse h sa lettre et le prie de me faire s(avoir tout ce qui se passera dans Paris, afin d'en informer le Roy.

J'avance le travail de I'agenda de marine, et je vous I'enverray au premier s^jour, comme aussy le travail de Tagenda des fonds.

II n'y a point encore de uouveaux ordres h donner sur Taffaire d'Angleterre. Je feray souvenir Sa Majest^ de me dire ce qui regardera cette affaire, lorsque je s^auray que quelque courrier sera arriv^.

J ay lu les Iettres que vous avez Rentes dans les ports et dont vous m'avez envoy^ des copies. Je vous enverray incessamment rdponse k celles que j'ay refues aujourd'huy.

Je me suis mieux porl^ aujourd'huy que je n'ay fait depuis Paris, mais j'ay toujours de grands maux d'estomac et un grand mal de teste qui mc tient depuis plus de buit jours avec^ une douleur considerable. Les maux d'estomac sont causes par le d^rdglement de mes

fois, et ce que je vous ay dit peuttre cinq cents.

II n'est point question de travail , mais seulement de penser aux principales cboses que vous avez a faire lorsque vous arrivez, en carrosse mesme, en vous levant, en vous habillant et en toutes occasions. Donnez un ordre verbal h vos commis d'^crire dans un tel port sur une telle mali^re , dans un autre port sur une autre, et avisez du reste.

Je demeure d'accord que peutestre ces ordres ne seront pas si bien que si vous les faisiez vousmesme, mais au moins verra-t^on dans les ports que vous pensez h ce que vous avez k faire.

Faites reflexion qu'il y a quinze jours que vous estes party, et que je n'ay encore refu de vous qu'un soul paquet de Iettres pour les ports.

Je vous prie de faire reflexion comment il est possible qu'une machine d'aussy grande consequence en ce temps icy puisse agir comme elle doit.

Je ne sfais si je me trompe, mais je suis persuade que ce que je vous demande se pent faire par I'homme le plus incommode, et, quelque indisposition que j'aye eue, j'en ay toujours fait beaucoup davantage.

Mais encore, pour derni^re extremite et si vous ne le pouvez pas faire, faites-le-moy s^avoir, renvoyez-moy les Iettres afin que j'y puisse donner ordre.

repas et par le mouvenient que me donne le carrosse imm^iatement aprts avoir mang^; mais c'est un mal ou il n'y a pas de remade dans ce voyage. J'esp^re que ma sanl^ se restablira quand nous serons en lieu de repos et je m'en serviray pour travailler avec soin et application et pour rcmplir autant qu'il me sera possible tous mes devoirs.

Si vous failes un peu de r^ flexion, vous trouverez quk Dunkerque un petit capitaine de frigate l^g^re n'ob^it point et que vous re- ^ustes souvent des plaintes, mesme du Roy, sur ces escorles;

Que les garde-costes n'ex^cutent pas leurs instructions et que les marchands se plaignent de la prise de leurs bastimens lorsque les vaisseaux du roy sont dans les ports et dans les rades. — Voyez la lettre de Berger.

Je vous avoue que TaflFaire de Sicile me pise extraordinairement ^ M. de La Feuillade a un besoin absolument n^cessaire de vaisscaux et de bleds et de vivres. Pour avoir fait armer en deux ports diff^rens une escadre de six vaisseaux seulement, et pour n'avoir pas pris de longue main les mesures n^cessaires pour avoir de bons masts, les six • vaisseaux n'ontpu se joindre et n'ont pupartir. Pour d'autres raisons, les huit vaisseaux de Levant ne sont point encore partis et je ne s^ais mesme quand ils partiront, en sorte que, en ostant un ou deux vaisseaux qui rapporteront M. le due de Vivonne, il restera 1^ avec dix vaisseaux. Vous sfavez ce qu'il faut qu'il charge dessus.

Je souhaiterois fort que vous eussiez la dixiime partie de I'inqui^tude que tout cela me donne. Peutestre ne rem^dieriez-vous pas aux

' L'^vacuadon de Mossine par les troupes Francises. (Voir Mmiiie, pike n" 679 et notes.)

mauvais ^v^nemens que cela peut causer, mais au moins aurois-je cette satisfaction que je verrois vostre esprit dispose pour les pr^voir et les ^viter h Tavenir.

Je s^ais bien que vous me direz que ce n'est pas vostre faute si ies vents ont est^ contraires a Gbftteau- Renault et autres. Je vous r^pondray que les rois sont capables d'excuser une ou deux fautes; mais s'il en arrive beaucoup , ou si ieur service ne va pas comme ils le d^sireroient, malheur h celuy qui s'en mesle! — 11 seroit inutile de faire partir a present Ghftteau-Renault, parce qu'il faut six seroaines pour se rendre h Messine.

Je fais tout ce que je puis en Testat present des chosespour faire partir les huit vaisseaux de Toulon ; je no sfais si j'en pourray venir h bout.

Pensez h vostre sant^ ; tout ce que je vous dis n'empescbe ni le soin , ni Tapplication que vous y devez avoir.

Cela est le principe de toutes choses.

Dans le mesme temps que vous m'^crivez que vous penserez aux masts et le resle , vous pourriez en mesme temps donner ordre h un commis d'^crire dans les ports sur cette mati^re et donner ordre h un autre de mettre k part et d'examiner tons les m^moires que j'ay fait venir de toutes parts sur les mesmes sujets.

II faut toujours demandcr auRoy ce qui est h faire au sujel de FAngleterre.

A SEIGNEIAY. t97

II faudroit (oujours m'envoyer par extrail ce que vous <Scrivez sur le sujet des fortifications.

Vous verrez, par les lettres de Cherbourg et par tout le reste, que vous n'avez guire ex^cut^ le m^moire que le Roy avoit approuv^ sur tout ce qu'il y avoit h faire pour in guerre d'Angleterre.

(Arcb. do la Mar. Mss. originaux, Colbert et Seignelay, pidce 3i.)

(Minato aatographe.)

Paris, 18 fevrier 1678.

Mon fils, je vous envoye ies d^pesches de M. le comte d'Estr^es, Blenac , et toutes les autres des Isles que je viens de recevoir par un courrier expr^s que Ton a d^pesch^ de Brest.

Vous verrez que Tescadre du roy a pris, ruin^ et ras6 les deux forts de I'isle de Gor^e^ sur les costes de Guin^e, fait prisonniers de guerre les officiers et soldats de la garnison, et pill^ tout ce qu'il y avoit dans les forts appartenant aux HoUandois*.

Vous verrez ensuite la fortune continuelle de la prosp^rit^ des armes du roy par la prise de Tabago; le rasement et pillage du fort, 900 prisonniers,

Binken^ mort, k repris et le vaisseau de Binken et quelques

autres entre les mains du Roy *».

Vous verrez aussy que le comte d'Estr^es s'en alloit tenter Curasao. S'il pouvoil r^ussir, il auroit chass^ les Hollandois de tous les establissemens de TAm^rique.

En rendant compte au Roy de tout (ce que vous devez faire promptement et exactement), vous direz a Sa Majesty que j'aurois eu Thonneur de luy tesmoigner ma joie si ce succ^s avoit est^ plus grand et plus considerable.

Vous observerez ce qui est dit du chagrin du comte de Blenac et ce qu'il en dit luy-mesme par sa lettre, car il est difficile de rem^dier^ tous les petits inconv^niens qui arrivent en un pays si ^loign^*. II faut s*attacher

' Voir dans la section suivante, Co^ont^ajes ' Yice-aminil hoUandais, gouveraeur du

lettres Writes le 1 1 mars 1678 ^ MM. d'Es- fort de Tabago. tr^s et de Blenac.

h establir fortement Tob^issance, parce qu'il vaut inieux que le particulier souffre quelque chose que de faire aucun prejudice au service.

Vous ne devez lire au Roy la leltre de Blenac que par extrait, et bien examiner les termes des autres avant que de les lire.

II faut faire r^ponse promptement h toutes ces lettres pour Tenvoyer par la frigate qui est preste h partir ; si vous ne pouvez faire riponse , envoyez-moy seulement un mimoire contenant les instructions du Roy sur les principaux points, et je feray riponse k tout.

Quand mesme vous ferez riponse ^ M. le comte d'Estries et au sieur Patoulet, il faut que vous me renvoyiez les lettres qui ne parlent que des Isles, c'est-Ji-dire celles de Blenac.

Taschez de faire valoir au Roy, autant que vous le pourrez, ces succ^s.

En <5crivant cecy, je ref ois vostre lettre du 1 8 , de Vitry, avec tons les paquets qui y estoient joints; je vais les voir et examiner pour les envoyer ensuite.

Je m'itonne que vous ne me parliez point de Tarrivie du sieur dc Mirebcau **.

Pour ce qui est de vostre santi, je suis bien faschi qu'elle continue d'estre aussy mauvaise qu'elle est; faites-en le capital, conmie cela Test en effet, et observez avec soin ce que je vous ay dit et les conseils des mddeciiis •.

Pour vous dire mes sentimens sur tons les ordres et paquets que j'ay re(us de vous , comme vostre santi ne vous permet pas de travailler et d'approfondir assez cette mati^re, il vaudroit mieux que vous m'envoyassiez les dipesches pour y faire riponse, pour iviter de tomber en des contrariety qui puissent nuire au service ^

Par exemple , vous parlez k Brodart de deux galores envoyies k Messine. Je ne s^ais pas ce que cela veut dire , mais je crois bien s^avoir qu'il n'a point esti envoyi deux galores k Messine.

Vous luy dites qu'il doit envoyer, avec les huit vaisseaux , les vivres et munitions pour les vingt et une galores. Je ne crois pas qu'il soit du service de rien envoyer k present a Messine, avec les huit vaisseaux, que le biscuit qui se trouvera fail*.

Glairambault et Lagarde ont seulement copi<^ Tinstruction du 9 avril 1676, qui a esti faite pour les vaisseaux et non pour les galores; et, comme il y a beaucoup d'articles a Tigard des vaisseaux qui n'ont rien de commun et qu'il faut observer tout d'une autre faf on avec les galores , j'aurois fait une instruction toute diffirente pour les galores **.

Vous icrivez a Arnoul et k Hubert, pour la guerre des Anglois, dans

les mesmes tennes. La difference est si grande de la M^diterran^e k TOccJan , qu'il n'y a rien qui y puisse convenir, et vous s^avez que nous en avons parle ensemble en ce sens.

Vous dites k Arnoul que le Roy s'attend que les six vaisseaux seront eu mer h la fin de ce mois. C'est le raoyen de ne les avoir qu'i la fin de mars, et par consequent eslre inutiles ou vous s^avez qu'il a toujours est^ ^crit qu'ils devoient estre d^s les premiers jours de ce mois \

Vous dites h Hubert d*exciter les armemens en cours par toule la Picardie. Vous s^avez qu'il n'y pent pas venir, et qu'il vaudroit mieux en ^crire ^ M. de Breteuii, k MM. les dues d'Aumont et de Gharost.

II y a beaucoup d'autres observations de marine de consequence qui viennent, ou du defaut de travail, a cause de vostre indisposition, ou du defaut d'application.

Jo vous envoye des plans de Tarsenal de Toulon, que M. le due

de m'a donnas ; vous verrez s'ils peuvent vous servir de quelque

chose J.

R^PORSE DR SEIGRBLAT BR MARGB.

a3 ttvrier.

• J*ay lu au Roy les d^pesches, et j*ay relevd, aulant que j'ay pu, ^ Sa Majestd, le merite de cette action, qui est belle et grande, et dont Sa Majesty a parie depuis avec plaisir.

* J'en ay rendu compte au Roy. Le Roy m*a para persuade de la grandeur de cette action et da bonheor avec lequel elle a este execatee.

** Le Roy a donne en tout le tort an corate de Blenac. Mais, comme les mesmes occasions ne se rencontreront plus, il ne faut pas rdever tout ce qu*il ecrit et luy donner seulement les ordres pour le detail qui regarde les Isles.

' Je ne s^vois qui estoit cet homme lorsque j*ay re^u cette lettre de vous; mais enfin il arriva le lendemain k Toul, et je le presentay au Roy, sans que qui que ce soit Tayt vu que le Roy, madame de Montespan et le due d'Ayen ; il parla fort sagement devant le Roy, et Sa Majeste &i parat satisfaite. II ne me parat pas que le due d'Ayen devinoit rien de la raison pour laquelle cette affaire avoit passe par vous.

' Mes vapeurs m'ont donne quelques Jem's de relasche. Elles me prirent fort violemment avant-hier, et c'est la cause do retardement de vostre courrier. Je me purgeray demain , si je puis.

' Tavoae que, poor cette fois, il y avoit piusieurs choses que j'ay connues estre mal depuis, mais les vapeurs me prirent fort violentes en travail. Je continuay parce que la paste pressoit , et franchement je n*avois pas toute la presence d'esprit qu'il faut pour travailler.

' II est vray. Pay tasche de faire plus exactement les lettres que je vous envoye aujonrd'huy.

^ Si vous ne Tavez pas envoyee, j'en feray une noovelle qui sera mieux.

200 INSTRUCTIOWS

' Oui , mais ma lettre estoit du 1 5 et ne devok arriver que les derniers jours du mois k Toulon.

^ Je ne crois pas que ces plans puissent estre utiles.

(Arch, de la Mar. Mas. originaiix, Colbert et SeigneUnf, pi^ 3«.)

(Lettre originale.)

Ptris^ 90 fevrier 1678.

Mod fils, je ne vous c^cris point de ma main, parce j'ay pris m^decine. Je vous envoye les d^pesches de marine entre lesquelles vous verrez celle du chevalier de GbAteau-Renault, qui m'est venue par le courrier que j'avois envoy^ h Brest. Vous deyez la faire voir au Roy tout entiire, en retrancbant seulement quelques termes dont il se sert toujours dans ses lettres fort ridiculement.

II est important que le Roy connoisse, par cette lettre, Thorrible contrariety des vents qui Ta empesch^ jusqu'^ present de partir.

Mercredy dernier, je luy envoyay Tordre que vous m'avez adress^ pour demeurer, et, comme cette horrible contrariety des vents dure encore icy. Ton doit croire qu'il ne sera pas party; et ainsy il faut prendre les ordres du Roy sur ce que Sa Majesty desire qu'il devienne. Mon avis seroit de le d^sarmer aussytost que la guerre d'Angleterre sera d^clar^e , et ce pendant le faire croiser jusqu'au cap de Finist^re, pourvu toutefois qu'il n*y eust pas d'apparence d'une declaration si prompte, crainte qu'il ne pust retoumer dans les ports de son d^sarmement, et qu'il courust risque d'estre attaqu^ par les Anglois.

Lors de son d^sarmement, mon avis seroit de retenir les Equipages de ses vaisseaux pour armer tons les petits bastimens propres pour la guerre contre les Anglois, ainsy que je vous I'ay expliqu^ cy-devant.

Dans les lettres que je vous envoye, vous en trouverez une de I'isle de Cayenne qui contient la prise d'un fortd'Orange^; en sorte que si le bonheur des armes du roy accompagne la derniire entreprise de M. le comte d'Estr^es sur Curasao, Sa Majeste recevra I'avantage d'avoir chass^ les Hollandois de tous leurs postes de la lerre ferrae et des isles de rAmerique; et, si cette derni^re entreprise r^ussit, ils seront priv^s d'un commerce qui leur rapporte 6 ou 8 millions de livres tous les ans, parce que vous

* Le fort d'Orange avail ^t^ pris, an mois Voir HUtoire maritime de France ^ par M. L4on dc juillet pr^c^ent . par Le F^vre de L6ty. — Gu^rin , III , 3 1 'j .

S(ave2 qu'ils portent h Curasao tous les n^gres qu'ils acb^ent sur les costes de Guin^e, et qu'ils font en cette isle-l^ un entrepost de toutes les marchandises de fEurope, quils introduisent ensuite dans les Indes, par le moyen de ces n^gres et des accommodemens qu'ils font avec les gouverneurs espagnols.

Je voudrois bien que vous fissiez une s^rieuse reflexion, et que vous examinassies en vous-mesme les causes des e6fets avantageux que vous voyez dans ia marine, qui, quoyquils ne soyent pas comparables, h beaucoup pr^s, h ceux que la terre remporte, ne laissent pas de faire parler d'elle tous les ans dans son estendue, et que cela ne provient que d'une tr^grande diligence h exp^dier le courant, et , par le moyen de cette diligence , de se donner le temps de bien penser et faire reflexion h temps et de bonne hcure h tout ce qui se pent faire pour la gloire et les avantages des armes du Roy; et apr^. que Ton a bien pensci et propose au Roy, et pris les ordres de Sa Majesty , d'exp^dier avec la mesme diligence. Mais surtout il faut continuellement travailler h tenir les magasins de marine bien fournis, et prendre bien garde que toutes les munitions et marchandises augmentent tous les ans en bont^.

L'accident du chevalier Ghftteau-Renault doit vous faire connoistrc qu'il ne faut jamais armer en diff^rens ports une escadre d'un si petit nombre de vaisseaux que de six, mesme de huit et de dix ^

Vous devez faire observer au Roy que I'escadre de HoUande n'est point partie , nonobstant ce qui en avoit est^ dit.

Je vous avoue que je crains fort que M. le mareschal de fja Feuillade n'ayt point assez de vaisseaux pour ce que vous s^avez^. G'est pourquoy j'^cris continuellement de faire partir les huit de Toulon; et mettez-vous bien fortement dans Tesprit que, quoyque Jes Mnemens ne dependent pas de nous, ils retombent toujours sur nous, particuli^rement si le nombre des malheureux est k peu pr^s 4gal aux heureux.

J'ay trouv^ vos lettres pour les fortifications fort s^ches; et, comme c'est une mati^re de la derni^re consequence, vous devez enlrer dans le detail plus que vous ne faites. Vous ne m'^crivez mesme rien des fonds, et cependant voicy le temps ou il faut faire assortment la plus grande d^pense.

Faites-moy sjavoir bien particuli^rement Testat auquel le Roy aura trouv^ les travaux de Melz, Verdun et Stenay'.

(Arch, de la Mar. Mss. originanx, Colbert et Seignelay, pidce 33.) ' Voir Marine, pi^ce n" 679 et notes. — * Voir pi^e n" 66. — ' Voir pike n° 70, note.

( Minute autographe. )

Paris, 97 ftvrier 1678.

Je vous envoye par ce courrier expr^ un paquet concernant les fortifications, dans lequel vous verrez des choses fort iinportantes et auxqueiles il est n^cessaire de donner promptement ordreV

Je vois par les lettres de Deshoulli^res qu'il a reju les ordres et instructions pour la visite des costes; je ne s(ais si vous les avez corrig^, mais vous s(avez que je vous dis qu'il y avoit beaucoup de choses h changer dans ces instructions ^. Dieu veuille que ces reconnoissances et visites se fassent utilement !

Vous verrez par les d^pesches de marine que le chevalier de Chftteau- Renault a re(u les ordres et qu'il ne partira point sans de nouveaux ordres. li faut y pourvoir promptement *.

Si on le d^sarme et que Ton n'ordonne pas un autre armement sur-lechamp, de mesme que les vaisseaux destines pour cet autre armement, il n'y a rien qui puisse dispenser les Equipages de se dissiper.

En sorte que, ou il faut donner promptement les ordres pour un autre armement, ou courre risque de voir dissiper ces Equipages, ou laisser cette escadre dans le port, ou luy donner quelque employ.

La declaration d'Angleterre n'estant pas faite, il est difficile de destiner d'autres vaisseaux ^

De tons les autres partis, il n'y a que celuy de faire naviguer ces vaisseaux jusquau cap de Finist^re qui puisse conserver les Equipages, d'autant plus que, n'y ayant encore aucune declaration d'Angleterre, ces vaisseaux ne peuvent courre risque et qu'on pent facilement leur donner ordre de prendre langue souvenl dans les ports du royaume.

Peut-estre que si ces raisons avoient est^ dites au Roy, Sa Majesty n'auroit pas trouv^ mati^ro a une r^ponse aussy dure, qu'elle n'a pas accoustume de faire, moins h moy qu'^ qui que ce soil*'.

M'estant mis en peine de sjavoir si Ton faisoit marcher les condamn^s aux galeres, j'apprends a present que le nomm^ Marion n'est party que

^ Getle declaration de guerre de l^Angleleire et , aussytost que Sa Majest<$ le dira , il faudroit

etaitalors la grande preoccupation de Colbert, me d^pescher un courrier pour m*en donner

qui ^crivait quelques jours apr^ 4 Seignelay : avis afin de donner parlout les ordres , qui se-

« Le plus important consiste a demander sou- ront en ce c as tris-press^s. '^ voni au Roy si TAnglelcrre a rompu ou non ;

depuis deux jours, c'est-^dire aussytost qu'il a s(u que je m*en faisois informer*. Jugez, si vous estes oWy comme cela par un coquin comme celuy-lJi , qui est sous vostre main et qui a ref u ou deu recevoir les ordres de vostre main, comme vous le serez en pays plus ^loign^. Faites-moy s(avoir ce qui est h faire pour les autres chaisnes, afin que j'y donne ordre.

11 y a six mois que le retardement de la cbaisne donna lieu aux condamn^s de se sauver au nombre de cinquante.

Le mesme retardement a donn^ lieu, cette nuil, aux condamn^s de tenter de se sauver, mais ils n'en ont pu venir h bout.

Ges sortes de cboses et un million d'autres ne donnent de peine qu'^ y penser.

11 y a beaucoup de points importans dans ces d^pescbes de marine.

Surtout il faudroit s'appliquer particulierement h ce qui regarde les masts ; voir tons les papiers et m^moires et tout ce qui a est^ fait et dit sur cette matiere, et sur toutes les autres manufactures n^cessaires pour la marine ^ estant n^cessaire de s'attendre que Ton n'en pourra faire venir du Nord d^s lors que la declaration d'Angleterre sera faite , a laquelle il faut s'attendre sous pen de jours *.

Si vous voulez que je travaille aux masts et h Tartillerie , il faut ou m'envoyer ou me faire s^avoir oi sont tons les papiers, trait^s et m^moires que j'ay amasses depuis longtemps pour cela**.

Vostre Equipage coucbe aujourd'buy it la F^re , deraain a Saint-Quentin el apr^s-demain h Gambrai , oi\ il atlendra vos ordres'.

niPOHSB BE SEIGIIBLAY, EN MARGE.

CharlevUlc, I'^mars.

' Je les ay revues et j'y feray r^ponse incessamment.

*• Je voas en envoye des copies , et vous verrez que j'ay corrig^ ce que vous avez desapprouv^.

* J'ay ^crit qu on mist ces Equipages sur deux ou trois vaisseaux dans la rade , jusqu'^ ce qu on ordonnast un nouvel arraemenL

* A r^ard de la navigation vers Finist^re , je vous envoye la leitre par laquelle vous ne la proposiez qu'^ condition que la declaration d'Angleterre ne fust pas proche. Je la proposay de mesme au Roy, qui meditqu'il Tattendoit de jour en jour, et qu'ainsy il ny avoit pas d'apparence de faire sorlir ces vaisseaux. Pour les termes dont je me snis servy pour vous I'^crire , je peux avoir tort , mais je n ay pas cru n^cessaire d'y prendre garde de si pr^s.

* Les ordres luy estoient donnas lorsque je partis. Lagarde a re^u une lettre de luy par laquelle il disoit qu'il partoit, et j'attendois de ses lettres de Dijou ou de quelque autre Hen de la route; mais avant ce temps il falloit qu'il allast en Picardie et Norman-

SOA

die, et qu*il en amenast les coDdauin^ h Paris ; et, s'il Ta faitdepuis mon depart etqu'H soil party le 99 fi^vrier, il n'a pas beaacoap perdu de temps. C'est ce que je v^rifieray.

' J'en feray un travail particulier.

^ Le Roy m^a dit que cela pouvoit encore durer huit ou dix jours.

^ II faut que j'aye rejoint pour cela mon Equipage.

' Je vous rends tr^humbles graces de la bont^ que vous avez eue de vous en souvenir.

( Arch, de la Mar. Mss. originaui, Colbert 9t SrigtuUty, pi^ 35. )

(Minutii autographe.)

Paris, 9 mars 1678.

Vous n'avez accus^ la rciception d'aucune de mes leitres depuis vostre depart. Je vois bien clairement que vous ne les ex^cutez point. Cela ui'est fort ordinaire, mais au moins faites-moy s^avoir si vous les recevez ou non.

Je vous r^pete encore, pour la septi^me ou buiti^me fois, que si vous n'exp^diez tons les jours quelque chose , pour quoy il ne vous coustera que de donner un ou deux ordres h un commis, ei que je ne voye arriver tous les ordinaires quelques d^pesches, sur ces ordres particuli^rement qui pres-

' Gette pi^ est en mai^e d^une lettre de Seigneiay, datee de Verdun, le a6 fi^vrier, dans laquelle il n*est question que des fortifications de Metz et de Verdun , et qui se termine ainsi :

((Je vous envoye les lettres que j^ay faites pour la marine , et je vous avoue que je suis tellement accabl^ de la fatigue du voyage, des chemins, de ce que j*ay fait aujourd^huy et de la m^ecine que je pris avant-hier que je ne puis presque pas vons ^rire et qu^4 peine puis-je m'empescher de m'endormir. Je vous demande done pardon de la mauvaise Venture, et je tascheray de r^parer cela par le premier ordinaire.

«Je tascheray de profiterde ce que vous me marquez par vostre lettre du 99 f^vrier et je vous feray exactement r^ponse a tous les points qu^elle contientn

Le 93 f^vrier, Seigneiay avait d^j4 ecrit de Melx a son p^re pour lui rendre comple de la visile faite par Louis XIV aux places de Toul et de Melz; trois jours apr^, Colbert lui r^pondait :

ff Je suis bien ayse que le Roy ayt esl^ salisfait des travaux de Toul et de Feslat auquel Sa Majesty a trouv^ Metz. Je seray bien ayse de s^avoir aussy Testat auquel Sa Majesty aura trouv^ les places de Verdun et de Stenay et toutes les autres que vous visiterez.

(tSurtout donnez-vous le temps n^cessaire, non-seulement pour les bien visiter, mais mesme pour approfondir tout ce qui couceme la bont^ de ces ouvrages, le fort et la place, la conduite de tous ceux qui y sont employes, la valeur et le prix des mat^riaux et en un mot tout ce qui peut vous rendre aussy habile qu^il est necesaire pour bien servir et vous rendre agr^ble 4 un maistre aussy ^lair^ que le nostre et qui merite autant d^estre bien servy.

((Je ne crois pas qu'il vous fust inutile de relire Pinstruclion que je vous donnay sur le sujet des fortifications, allant en Provence, et de Tex^ter, comme aussy de relire la leUre que je vous ^rivis h vostre dernier voyage ct que vous me remistcs h vostre relour. w ( Colbert et Seigneiay, pi^cc Ra.)

sent le plus, il vous sera toujours impossible de vous donner le temps n^cessaire de raisonner et de bien penser k tout ce que vous avez h faire pour donner le mouvement n^cessaire h la marine, et luy faire entreprendre et ex^cuter des choses qui vous soyent avantageuses et glorieuses aux armes du roy.

Je vous envoye les lettres de Messine, et si vous voulez bien ies examiner, ensemble toutes celles qui viennent des ports, vous y verrez une infinite ou d'omissions ou d'obscurit^s dans les ordres , ou d'autres d^fauts qui tendent tons au bouleversement de la marine, si vous n'y rem^diez une bonne fois.

Pour tout ce qui est des fortifications, je ne puis rien vous dire, sinon que vous allez vite en la d^pense, et que, selon moy, je commencerois a bien prendre mes mesures et toutes les precautions n^cessaires pour bien establir les d^penses des fonds faits auparavant que d'en r^soudre de nouveaux.

Ces cboses dependent de faits que vous ne me faites pas connoistre; et ainsy je n'en puis rien dire.

( Areb. de la Mai*. Mas. originanx, Colbert et Seignelay, pi^ 56. )

71 —AC MfeME.

(Lettre aato^phe.)

Paris, 3 mars 1678.

Je vous envoye, mon fils, toutes les lettres de marine que j'ay refues, et mesme des lettres de Messine qui m'ont este apport^es par un courrier expris envoye par le sieur Arnoul'.

Je crois avoir oublie hier de les meltre dans mon paquet.

Vous voyez que je m'accuse nettement de mon oubly, afin que cela vous serve d'exemple et serve aussy h vous precautionner contre I'oubly, qui ne vous est que trop ordinaire**.

Les nouvelles viennent d'arriver que Gand est assi^g^ et que le Roy y vole. Sans comparaison, nous devons tirer exemple de la gloire et des avantages que son application et sa prodigieuse vertu luy donnent pour nous exciter h I'imiter de loin. Je ne puis rien vous dire qui soit plus fort selon moy.

II y a quelquefois dans mes lettres et mes m^moire's de certains endroits comme celuy-cy, desquels, si vous tourniez avec esprit et adresse le compte des affaires que vous rendez au Roy, en sorte que , sans affectation et natu-

rellement, vous en puis^ez faire la lecture au Roy, vous feriez bien vostre cour aupr^ de Sa Majesty et pour vous et pour moy ^

11 y a beaucoup d'apparence que ce si^ge et sa suite feront declarer rAngleterre% et cela vous doit obliger h penser avec un tr^s-grand soin et avec une tr^s-grande application h tout ce qui est commis h vos soins''.

Pensez de quelle importance sera en ce cas-l& le port de Dunkerque, et quels eflForts il faudroit faire pour rendre ce port capable de recevoir des vaisseaux de 3 , 4, 5, 6oo et jusqu'Ji i,ooo tonneaux , s'il estoit possible. Donnez tout le mouvement et toute Tapplication a ce travail; et,^r<^gard de la fosse de Mardick, il faudroit tenter les mesures o6fertes pour pouvoir tenir en seuret^ les bastimens qui s'y retireront*.

Pensez bien que les fortifications de toutes les places, depuis Bayonne jusqu'a Calais, sont de vos soins, et qu'il n'y a point de jours ni de momens qu'il ne faille y penser ^

La marine n'est pas moins importante , surtout la conservation , manutention et augmentation de toutes les manufactures establies pour tout ce qui regarde la marine.

Pensez aux masts, aux canons, aux armes, aux bois et g^n^ralement h tout, parce que vous ne devez plus faire estat de pouvoir rien tirerdu Nord. Enfin , je me r^jouis avec vous que tout ce qui est commis h vos soins devient plus considerable par cette guerre ; mais prenez bien garde d'augmenter vostre application, et de faire en sorte que, servant le Roy a son gr^, vous fassiez quelque progr^s dans son estime et dans ses bonnes grAces, et que cela serve h vous avancer et h faire quelque chose de vostre chef, et pour vous et pour lesenfans que Dieu vous a dcsji donnas ^ etvous donnera, s'il luy plaist.

B^PORSB DB 8BIGIIBLAT, EN MARGE.

* J'ay fait r^ponse k toutes vos lettres, mais je ne puis vous les envoyer que demain.

^ J'estois en peine de ces letti*es. Je me tiendray en garde centre ronbly. "" Le Roy a envoy^ encore M. de Ruvigny en Angleterre pour une noavelle n^ciation.

' Je tiendray les lettres et ordres tout prests lors de la d^laralion.

• J'ay ^rit et j'^riray encore forteraent sur ce qui regarde le travail da port de Dan-

' Cette phrase a et^ ajout^e en marge. Sevign4 ^rivait 4 ce sujet, ie 19 mars 1678,

^ Seignelayavait^pous^, le8 fevrier 1675, i Bussy-Rabutin : nParioDS de madame d

Marie-Marguerite d^Ai^gre, qui lui domia une Seignelay, qui mourut avant-hier grosse d*un

(ille au mois de novembre de l^ann^ suivante. gar^on. La fortune a fait un coup bien hardi

Cette enfant mourut le i/i avril 1 680. La m^re d^oser ainsi filcher M. Colbert, n ^tait morte deux nns auparavant. Madame de

kerque. Jc crois qu'il &iulra tenir un vaisseau de 3o pieces de canon h Tentr^e de la fosse, qui, estant cost^ en Iravers, empeschera TeObrt que les Anglois pourroient faire pour brasler les vaisseaux qui seroient en cette fosse *.

' J'^criray par tous les ordinaires sur le sujet de ces places el je tascheray de profiler (le lous les avis que vous me donnez.

( Arch, de la Mar. Mss. originaax, Colbert el Seignelay, pi^ce 36. )

( Lcttre et r^ponse autograpbes. )

Oudenarde, 5 mare 1678.

Je fais r(^poDsc aux lettres que j*ay refues de vous par le courrier que vous m'avez envoy^, auxquelles je n*ay pu saiisfaire plus tost parce que j'en ay est^ empesch^ par ia fatigue des chemins et ies embarras qui me sont survenus, n*eslant arriv^ qu*^ neuf et dix heures du soir, h cause des mauvais chemins , dans les lieux ou j'aurois deu arriver a quatre heures, et oi!l j'aurois pu travailler.

Je vous envoye toutes les lettres que j'ay faites pour les fortifications et pour la marine.

A present que nous allons estre en repos dans un camp, j*esp6re que je vous satisferay par mon travail; mais, jusqu'^ ce jour, les fatigues ct les embarras des chemins et les incommodit^s que j*ay eues m^ont empesch^ de faire mieux.

Je s(ais bien que ceux qui ne s(avent pas de quelle nature sont ces incommodit^s ont de la peine h les

Paris, 8 mare.

Je vous assure, mon fils, que vous auriez bien plus fait pour vostre sant^ , pour vos affaires et pour toutes choses, de demeurer un jour entier dans une ville comme Valenciennes, Tournay ou quelque autre, k vous reposer et travailler k I'exp^dition de toutes vos affaires, et donner lieu en mesme temps k vostre Equipage de s'avancer ou de se reposer un jour. Ce retardement n'estoit pas considerable, et il vous auroit donn^ beaucoup de facility. II auroit est^ mieux assur^ment de me renvoyer mon courrier un jour ou deux apr^s pour nous apporter de vos nouvelles, ou en tout cas nous faire ^crire, par Lagarde ou par quelque autre commis, dans toutes les villes oil vous avez pass^, I'estatauquel vous voub trouviez.

Pour r^ponse k vostre article, toutes mes lettres ne sont pleines que des moyens que vous pouvez

' En marge, Colbert a ajoulcJ : «Croyex-moy, mon GI9, vous aurex le deplaisir de voir enlever ces vaisseaux par les Anglois; il n^y a d^autre evp^ent que celuy de travailler incessamment au port de Dankerque et d*en entreprendre quelque autre aussytost qu'il sera fait, n

comprendre , mais je puis assurer qu'il n'y a rien de plus r^el, et que, depuis que jay quitl^ le Roy h Stenay, j'ay esl^ deux jours eniiers dans une perp^tuelle oppression, et si grande qu'i peine pouvois-je respirer; que j*ay eu des ^tourdissemens tr^s-grands, et que je ne dors presque pas ies nuits.

Je suis fort las, je vous assure, de vous entretenir de ce detail, et je ne le ferois pas si je pouvois faire en sorle que mon travail aille h Tordinaire; mais, quand je suis tourment^ de ces maux , cela m'est enti^rement impossible. L'agitation Ies a augment^s et m'a furieusement ^chauff^. J'esp^re que le repos me remettra , et alors je feray en sorte de bien employer tout mon temps et de vous satisfaire en faisant mon devoir. C est ce que je souhaite le plus.

Je vous rends compte par un m^moire particulier de tout ce qui regarde Ies fortifications ^ Je me rendray aujourd'huy aupr^s du Roy et partiray bientost pour cela.

Je vous avois envoy^ un m^moire de ce qui est k faire pour la marine, suivant Tordre que vous m a vez donn^ de vous envoyer de temps en temps de pareils m^moires, et vous me demandez pourquoy je vous Ies envoye. C'est peut-estre que je ne vous avois pas fait souvenir de Tordre que vous m'aviez donn^ sur ce sujet.

pratiquer pour vous soulager, si vous voulez Ies mettre en effet en pratique. J'esp^re que vous aurez tout le temps d'y penser et de faire tout ce qui sera n^cessaire pour cela. Vo.us devez y travailler par pr^f^rence a toutes choses, mais vous devez en mesme temps donner quelques ordres plus importans a vos commis et me renvoyer tout ce que vous ne pouvez faire.

Bon.

Bon.

Ce m^moire ne portoit point que vous me le renvoyiez pour ex^cuter Ies articles y contenus. Ainsy j'ay cm seulement que vous me Tenvoyiez pour me faire connoistre que vous pensiez k ce qui estoit k faire. Une autre fois expliquez-moy vos intentions et je Ies ex^cuteray promptement.

* La lettre dans laquelle Seignelay rend compte de ce qui regarde ies fortifications de Verdun. Stenay, M^^res ct Mont-Olympe, estaiix Archives de la Marine, dans lem4meniannscnt,pi^83.

J'ay lu ce que vous avcz ^crit a Toulon pour qu'on ne soup^onne rien du retour de M. de La Feuillade.

J'ay iu aussy toutes les lettres que vous avez' ^crites pour ia marine. Je vous soulageray de celte peine k I'avenir.

Apparemment, ies Anglois vont se declarer, et j'exp^dieray les ordres pour I'ex^cution de ce qui a est^ r^solu par le Roy aussytost que je seray au camp.

Bon.

Bon.

II me semble que les Anglois ne vont pas si vite.

Surtout, autant que vostre sant^ vous le pourra permettre, je vous recommande d'erp^dier continuellement, et de ne pas attendre les jours d'ordinaire.

Madame de Montespan veut armer un vaisseau, et le Roy ma ordonn^ d'en prendre soin. Gomme c'estun detail auquel il faut donner ordre, j'ay cru ne pouvoir en charger personne qui s'en acquittast mieux que Bonrepos , h qui j'^cris sur ce sujet pour ce qui regarde les vivres Bon.

et pour les avances k faire pour cet armement, auquel madame de Montespan m*a pri6 de donner ordre ^

J'^cris aussy au sieur de Seuil pour faire passer au Havre i oo des matelots des Equipages lev^s ^ la Rochelle, madame de Montespan Tayant ainsy souhait^ en presence Bon.

du Roy.

J'^cris a Desclouzeaux sur le mesme sujet pour preparer rAdroit ou le Croissant.

Tout ce que je vous ^cris sur ce sujet s'est pass^ en presence du Roy. Bon.

(Arch, de la Mar. Mss. origioaax, Colbert et Seignelay, pi^ce 37.) ' Voir Marine, pi^ n' 687 et notes.

ifi

(Lettre et r^ponse aalogropbes. )

An camp devaat Gand, 7 mars 1678.

Je fais r^ponse aujourdliuy ^ toutes les lettres que je rejus de vous avant-hier au soir h mon arriv^e icy.

Avant de r^pondre au contenu de toutes ces lettres, je vous diray que nous sommes icy dans un estat assez fascheux. J'arrivay avant-hier sans Equipage; mon lit n'arriva qu'^ minuit avec une tente, sous laquelle nous avons pass^ le plus horrible temps qu'il ayt peut-estre fait depuis dix ans. Mon commis et le reste de mon Equipage n'ont pu suivre.

J'avois laiss^ Lagarde h Oudenarde , et m'estois avanc^ icy ; je Tenvoyay qu^rir hier par un courrier expr^s, etil arriva h la nuit. Depuis ce temps , il a travaill^ aux extraits , et moy aux r^ponses de toutes les lettres de marine. Elles sont faites; je ne pourray vous les envoyer que demain , parce que je n*ay pas assez de gens pour les transcrire. Je suis bien ayse de vous dire sur cela que j*ay fait tout ce qui m'a est^ possible, et que si vous voyiez Testat ou tout le monde est icy, et que vous connussiez I'augmentation que la fatigue et le mauvais temps apportent k mes incommodit^s , peut-estre conviendriez-vous que je ne puis faire davantage.

Paris, 10 roars.

Je vous puis assurer, mon fils, que je ne diminue point dans mon esprit les incommodit^s que vous souffrez. Je les s^ais grandes et s^ais fort bien qu'elles ne permettent pas de travailler beaucoup.

Les incommodit^s mesmes que vous avez revues par le d^faut de vostre Equipage sont extraordinaires, mais je vous prie de bien consid^rer, pour en profiter dans une autre occasion , que si vous estiez demeur^ un jour entier, ou h Rocroy, ou en quelque autre ville proche , vous auriez d^pesch^ mon courrier, vous vous seriez repos^, vous auriez exp^di^ ou tout ou la plus grande partie de vos affaires, et vous auriez donn^ le temps a vostre Equipage de s*avancer, et par ce moyen vous auriez gagn^ trois jours que vous avez peut-estre perdus pour vous avancer d*un seul inutilement.

Je sf ais bien qu'il est bon d'estre aupr^s du Roy le plus qu'il est possible, mais il faut que la prudence conduise, laquelle ne permet pas que Ton perde trois jours pour en gagner un.

Le Roy me dil avant-hier qu'il vous avoit ^crit et qu'il s'en remetloit k vous pour ce qui regarde les vaisseaux du chevalier de Chftteau- Renaalt. G'est pourquoy je vous renvoye la lettre de de Seuil qui en parle.

Sa Majesty est tellement occup^e des soins que luy donne le si^ge, qu'elle n'a pu encore me donner une heure, ni pour entendre le rapport de Testat auquel sont les places que j'ay visit^es, ni pour signer les ordonnances et se faire rendre compte de ce qui regarde les affaires de marine; je luy ay seulement parl^ de ce qui regarde l*affaire de Messine et les lettres de M. de La Feuillade.

Pourr^ponse a vos deux lettres; celle du 9 & : Je vous ay ^crit aussy souvent que I'estat 01^ je me suis trouv^ pendant le voyage du Roy et les incommodit^s du voyage me Tout pu permettre.

Je vous ay fait s^avoir ce qui s'est pass^ au sujet du sieur de Mirebeau ; je n'en ay ouy parler depuis^

Je vous suis bien oblig^ des ordres que vous avez donnas k mon Equipage; je Faurois eu icy h point nomm^ sans la difficult^ des cbemins, qui est inconcevable.

Pour celle du 28 : J'ay vu les observations que vous avez faites sur mes lettres et je tascheray de me corriger.

Je vous ay envoy^ copie des lettres que j*^crivis hier sur ce sujet.

En Testat oii est le Roy, il ne faul point presser, mais seulement vous printer k luy.

Travaillez pendant que le Roy est occup^ au si^ge; vous pouvez faire beaucoup de choses pendant ce temps-1^.

Bon.

Bon.

Bon.

Bon.

' Voir pi^ n* 67.

lA.

Pour les vaisseaux que M . de La Feuillade ram^nera, je vous prie de me faire s^voir vostre avis sur leur employ lors de leur relour. Le mien seroit, en cas de declaration de guerre avec FAng^eterre, de faire partir, aussytost apr^ le retour desdits vaisseanx et en cas que le Roy n'en eust pas besoin pour les entreprises de Catalogue, une escadre de six des moindres vaisseaux pour aller sur les costes dltalie ef de Barbane faire la guerre aux Ang^ois qui reviendroient de Levant.

La seule difficult^ vient du nombre des vaisseaux ang^ois qui sont h present sous le coromandement de Marlborough^; mais celuy qui comraanderoit Tescadre des vaisseaux du Roy, en estant inform^^pourroit avs^ment I'^viter.

Pour vostre billet du i* mars, il contient des excitations h bien faire auxquelles je tascheray de r^pondre par tout mon soin.

Pour la lettre du 9 mars , je vous ay fait sf avoir la raison pourquoy je n'ay pas accus^ la reception des lettres que vous m'avez ^crites et que je n*ay point re; ues.

Je parleray au Roy de ce qui regarde le sculpteur qui a vol^ les pierreries^.

Je fais r^ponse par apostilles a

Je vous ay icrii sur ce point.

Je ne s^is si le Roy aura besoin de vaisseaux pour les entreprises de Catalogue; il y a pen d'apparence« parce que si Tentreprise estoit fix^ et que les Espagnols en faisant un effort puissent mettre dix ou douze vaisseaux en mer avec leurs galores et les Ang^ois, il faudroit de la part du Roy nn trop grand armement pour roister.

Marlborough ne tiendra point devant dix vaisseaux du Roy: ou il s'en ira , et en ce cas le commerce des Anglois dans la M^diterran^e sera ruin^, ou le roy d'Angleterre enverra vingt vaisseaux et plus, ce qui consommera une partie considerable des fonds que le pariement luy donne. Quoy qu'il fasse, ce sera toujours avantageux au Roy.

Bon.

Je vous renvoye ces lettres, et je

Voir Marine f pi^es n** 69 A el A 96. — ' Voir la pi^ 76.

vos lettres des 3 et 6 que je vous prie de me renvoyer, afln que je les mette avec toutes celles que vous in'^crivez.

Les affaires vont icy comme out accoustum^ daller celles dont le Roy se mesle. On a pris un fort revestu, et on est iog^ sur la contrescarpe de la place.

On devoit attaquer cette nuit trois demy-lunes, mais on a remis a demain.

Mon fr^re^ est k sa garde de tranch^e, et est d^tach^ aujourd'huy« II n'y a rien a craindre, la tranch^e estant bonne et n'y ayant rien k attaquer.

(Arch.de la

suis bien ayse que vous me les ayez demand^es, parce que cela me marque que vous y faites quelque r^ flexion.

Faites-moy sfavoir ce qui se passera tons les jours et particuli^rement sur ce qui regarde vostre frire.

liar. Mm. originauz, Colbert el SeigneUy, pi^ce 38.)

( Mioute aatographe. )

Paris, 9 mars 1678.

Je vous envoye, mon fils, des lettres de Messine qui viennent de m'estre rendues par un courrier envoy^ expr^s par M. Arnoul.

Vous verrez par la lettre de M. le mareschal de La Feuillade une grande activity dont personne ne doutera , mais j'ajoute que cette activity est bonne et utile; ce courrier ma dit que M. le due de Vivonne estoit arriv^ et qu'il estoit party de Toulon le mesme jour que luy.

Par les lettres du sieur Arnoul 9 il y a lieu d'esp^rer que tons les huit vaisseaux et celuy qui a rapport^ M. le due de Vivonne seront a present partis, et ainsy que M. de La Feuillade aura tout ce qu*il luy faut.

Pensez promptement k tout ce qui est a faire des vaisseaux qui reviendront de Messine.

J'ay vu les lettres des fortifications , que j'ay trouv^es fort bien. Vous devez toujours vous exciter a entrer dans le detail des ouvrages le plus que vous pourrez.

' Sans doutc Jules-Arniaud Colberl , marquiM de Rlain\ille, colonel du reginiuul de Champagne.

Si le Roy s'approche, vous devez prendre un jour ou deux pour visiter le port de Dunkerque et y donner une tr^s-grande application , et la place de Calais, oil vous avez est^ mal servy, si ce que le due de€barost dit est veritable ^

Je ne crois pas que vous preniez une bonne resolution, de payer Berthelot sur le pied de la nourriture de ses chevaux pendant le temps qu'ils ont esU a Calais, parce que, d'apr^s les lettres du sieur de Moyenneville, ils n y ont presque rien fait. II faudroit le payer sur le pied du travail, h moins que le Roy ne Tordonne autrement.

Comme il n'y a rien dans tout ce que vous avez k faire qui m^rite taut vostre application que ce qui regarde la recette et d^pense des finances du roy, qui passe par vos ordres, je vous recommande de terminer Tagenda de marine de Tann^ derni^re, d*en faire promptement la balance, de faire celuy de cette ann^e, et de prendre toujours garde que tous les ordres qui ont est^ donnas pour vous faire rendre compte par tous les intendans, tous les trois mois, des fonds qui leur sont remis, et tous les six mois des d^penses faites, soyent ex^cut^s; comme aussy qu'ils se fassent donner des certificats par les commis qui servent aupr^s d'eux des sommes qui leur sont remises par leurs maistres. Tout cela est de tr^s-grande consequence, et vous avez vu Faccident qui est pens^ arriver a Toulon, depuis peu, par ce d^faut.

Vous devez faire la mesme chose h regard des fortifications.

Quand vous croirez que vostre sant^ sera assez bonne , et que vous serez assez seur de vostre travail pour ne rien oublier, pr^voir tout ce qu*il faut, donner vos ordres a temps et avec la diligence n^cessaire pour bien faire agir toute la marine et les galores et leur faire faire quelque chose de glorieux et d'important pour le service du roy, et qui vous puisse donner de la consideration aupr^s de Sa Majeste, vous me ferez plaisir de me le faire sfavoir, parce qii'en ce cas je laisseray passer toutes les d^pesches sans les ouvrir, ce qui me seroit un grand soulagement.

J'ay fait tirer cinquante cartes des entries de Brest, en parchemin et autant en papier. J'en envoye vingt de chacune fa^on a Brest; mandezmoy ce que je feray du surplus..

(Arch, dc la Mar. M»8. originaax , Colbert et Seif^lay, piece 39.)

' Voir, a la section For(t/Eca<tofu , les leUres travaux de Calais, et eiilre autres celle dn adressees a M. de Moyenneville au siijet des 17 mars 1678.

( Letlre et rt^ponsc Au camp devaiit Gand, 9 mars 1678.

J ay re?u vostre d^pesche du 6 de ce raois h laqueile je fais r^ponse par apostille.

Je commenceray cette iettre par la nouvelle de ia prise de la vilie de Gand et vous diray que les trois demy-iunes qui estoient du cost^ de I'attaque, ayant est^ attaqu^es cette nuit par ies regimens des gardes du roy, ont est^ prises sans grande resistance, ce qui a obiig^ ia vilie k capituier ce matin. Les bourgeois ont obtenu ia conservation de leurs privileges et les troupes du roy y sont entries cette apr^-disn^e. Don Francisco del Pardo, gouverneur de la citadelle, pretend se d^fendre beaucoup mieux que ia vilie; raais, comme c'est une fort petite place , on ne croit pas qu'il dure plus de quatre ou cinq jours au plus.

Le Roy a re(u des nouveiles des ennemis. Les Espagnoisne pensent pas k secourir la place, et le prince d'Orange est a Malines avec trente batailions, qui, vraysemblablement, ne tentera pas a present de secourir la place, puisqu'il n'y a que deux cost^s par ou il puisse venir, aii il y aura un grand norabre de troupes.

Le Roy d^campe demain ou apres demain du cost^ du quartier de M. de Luxembourg, entre le grand Escaut et le canal du Sas.

autographes. )

Paris, la mars.

J'esp^re, mon Ills, que nous pourrons nous r^jouir enti^rement de cette grande et glorieuse conqueste dans pen de jours, iorsque la citadelle sera prise; vous pouvez croire que nous attendons k pr<isent cette grande nouvelle avec impatience.

Vous me ferez plaisir d'entrer un peu plus dans le detail de tout ce qui se passe.

J'ay pr^par^ aujourd'huy lout ce qu'il falloit pour rendre compte au Roy de toules mes affaires, raais, voyanl qu'il n'avoit pas le lemps, je luy ay parle du sculpteur dont vous m'avez ^crit, a qui Sa Majesty a accords grace et ma ordonne de vou^^

J'ay re^u cette lettre seule.

Voyez-vous, mon fils, iant que je ne verray point arriver tous les jours dans vos paquets, deux, trois ou quatre lettres , estant le seul moyen que vous avez de vous lirer de Taccablement dans lequei vous estes toujours, il est absolument impossible que vous puissiez estre bien r^solu h faire ce que vous devez ni bien persuade sur ce que vous devez faire.

Vous avez un million de choses a faire, outre ces lettres, et elles vous occupent toujours tout entier, en sorte que le temps vous manque pour faire toutes les autres choses, et mesme il vous manque pour faire ces mesmob lettres, parce que vous les faites avec precipitation.

Pensez combien de fois je vous Tay desjk ecrit. Je ne vous dis pas que je ne seray jamais content que cela ne soit, parce qu'il ne s'agit pas de ma satisfaction, mais je vous dis qu'il est impossible que vostre esprit soit persuade, ni que vous puissiez estre content vous-mesme sans cela, et c'est un grand malheurpour vous si vous Testes et si vous vous confiez sur ce que vous dites trop souvent que vous travaillez beaucoup.

Ce Conseil vous occupe trop.

n faudroit se jouer du Conseil el des d^pesches, et mettre tout vostre temps a faire eta penser a des choses plus imporlanles, qui donneroienl un grand relief aux Conseils et aux depesches.

^crire de Texp^dier lorsqu'ir aura est^ condamnd. A I'^gard de ses complices, je n'ay pu en parler k Sa Majesty, suivant ia proposition du procureur du roy; je le feray a la premiere occasion.

Je vous pric de me faire sjavoir promptement vostre avis sur ce que je vous ay ^crit iouchant les vaisseaux qui reviendront de Messine et sur la proposition que j ay faite, afin que j'en parle promptement au Roy et que j'exp^die ensuite les ordres.

J'^clairciray ce que vous me mandez au sujet du nomm^ Fabre, conducteur des condamn^s aux galores; cet avis vient , ainsy que j ay connu par r^criture, du nomm^ du Paty, qui a est^ chass^ de Temploy de conducteur qu'il avoit, pour n'avoir pas bien fait son devoir.

(Arcb. de la

Bon.

Je vous Tay ^crit : deux escadres de cinq vaisseaux, Tune sous le sieur du Quesne, Tautre sous le sieur Valbelle, avec pouvoir k du Quesne de les assembler.

Je crois vous avoir satisfait sur ce point ; s'il vous manque quelque cbose, envoyez-moy ce que je vous ay ^crit et je satisferay au surplus.

II suffit que vous en soyez averty.

U n'y a rien qui vous soit de si grande consequence que d empescher I'entr^e de toute sorte de friponneries dans nostre famille, h quoy les valets ne se portent que trop volontiers.

Mar. Mss. originaux, Colbert «t Smgnelay, pi^ ko.)

ANNEXES

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