CONCERN ANT LA MARINE DE HOLLANDE
(Minute autographe.)
Pour satisfaireavec exactitude h chaque partie de mon instruction, j*ay nus ensemble tous les points qui r^ardent les mennes cboses et y r^ponds s^par^ent les uns apr^ ies autres.
Je commence par examiner ce qui regarde l*amiraut^ desProvinces-Unies en g^n^rai , et marque en mesme temps le nombre , le port , et le nom de tous leurs vaisseaux de guerre. J'examine ensuite leur gabarit, la mani^re de leur construction et I'ordre qu'ils observent dans leurs atdiers. Je parie de leurs forges, du fer qu'ilsy employent, des ancres qu'ils y font , de leur fonderie et de leur corderie. Je passe apr^ h leurs magasins , remarque conune leurs marchandises y sont rang^ , d'ou elles viennent et combien elles coustent, comment on y met tous les agr^ des vaisseaux quand on les d^rme et de quelle sorte on les en tire pour les armer, combien d'^quipage on met sur chaque vaisseau, la quantity de canons de fonte et de fer, le nombre des officiers qui y commandent, leurs gages, leurs fonctions. Je viens enfin k examiner la police de leurs ports, les gardiens qu'ils mettent sur leurs vaisseaux , de quelle mani^re ils sont ancr^ , ce qu'ils font pour leur conservation et leur propret^.
De VamirauU des Promnces-Uniee en genial, — Pour s^voir ce qui fait mouvoir tout e la marine des Estats G^n^aux et entrer autant qu'il se pent dans les principes et les fondemens qui ont ^lev^ les HoUandois dans une aussy graude puissance , il faut examiner la police g^n^rale qu*3s observent et qui est h la teste de toutes les affaires de marine, afin de pouvoir connoistre leurs maximes et les moyens qu'ils ont tenus pour, de sujets qu'ils estoientdu roy d'Espagne dans un petit coin du pays, s'estre rendus une des plus gi*andes et des plus redoutables puissances de la mer.
Comme les officiers des amiraut^ sont ceux qui ont le soin de tout ce qui regarde la marine, qu'ils disposent des fonds et qu'ils sont charge des armemens et d^sarmemens des vaisseaux , il faut examiner le nom des amiraut^ , leur ressort et leur pouvoir.
n y a cinq amiraut^ dans la Hollande ; elles sont compos^es de sept d^put^, dont trois sont de la province et quatre des autres, qui les y envoyent afin que , comme ils ont tous un interest ^gal k Farmement des vaisseaux , ils prennent connoissance non-seulement de ce qui regarde les affaires de leur province mais aussy de toutes les affaires des autres amiraut^. Leur deputation ne dure que trois ans pendant lesqnels ils disposent de tous les fonds de leur d^partement , ex^cutent les ordres des Estats G^n^raux pour le nombre des vaisseaux qu'il est n^cessaire d'armer, ont soin de tout ce qui se passe , tant pour les constructions des vaisseaux que pour Tachatdes marchandises et pour leur arrangement dans les magasins. Enfin leur fonction est d'establir un bon ordre dans tes arsenaux afin que tout se conserve et se fasse avec ^nomie. lis s asserablent entre
> Dans le m^nie volume, i la Bibliolh^ue Seignday, pour s'en aider dans la redaction de Imp^riale,il existe plusieurs pikes qui sont ce long nK^moirc. des notes et renseignements demandes par
eux ptusieurs fois la semaine afm de r^ler aussy tous les diffdrends qui naissent contre les marchands. Leur sentence est definitive jusqa*i^ 600 livres; au-dessus de ceite sonune on en pent appeler aux auti*es justices souveraines. Us rendent compte de leur administration aux Eslats G^n^raux avec qui ils s assemblent selon les occasions des aOaires importantes. Ils ont dans leur assemblee un fiscal et un secretaire qui tient registre de toutes les deliberations qu'ils prennent
Leur deputation ne dure que trois ans , au bout desquels ils peuvent estre continues, ce qui est arrive quelquefois, quoyque d ordinaire on en envoye de nonveaux, afin que chacun puisse prendre k son tour connoissance des affaires de la marine et qu'ils ayent plus de personnes capables de ee qui regarde la mer et le commerce t outre que ceux qui y sont employes desirent d'en sortir, parce que , comme ce sont des marcbands, ces emplois, estant fort penibles par la multitude d affaires qu'ils sont obliges de voir et d*examiner tous les jours, les empeschent de penser k leurs propres ailaires. Le revenu de ces deputations est fort petit; ils n'ont que i,5oo livres de gages, ce qui revient li 1,800 de nostre monnoye; cbaque depute preside six jours de suite, et, quand il a acbeve sa semaine , il reprend la queue , et ils roulent de eette mani^re Tun apr^ Tautre.
Les cinq amirautes des Estats sont : la Meuse , Zeiande , Amsterdam , Nord-HoUande et Frise.
La Meuse est la premie ; le siege de cette amiraute est k Rottatlam; son ressori s'estend h toutes les villes qui sont sur la Meuse, comrae Delft, Dordrecht, Brielle,. Hellevoetsluis.
zeiande est la seconde amiraute ; elle a son si^e h Middeibourg , qui en est la capitate ; die a outre cela Flessingue , Weere et le reste de Tisle de Waicheren , les isles de Zierikzee et de Tbo]en(?).
La troisieme est Amsterdam , qui n'a que cette seole ville de son ressori.
La quatri^me est Nord-Hollande ; les villes de son ressori sont Hoom , Enkhnizen , Medenblik, Alkmaar, Edam, Monnikendam et Purmerend. Elle a son siege tantosi k Hoom , tantost k Enkbuizen.
La cinqui^me est Frise, qui a son siege k Harlingen; les principales villes SMii Dokkum, Workum , et le reste des villes de la Frise.
Outre les deputes qui sont en cbacune de ces amirautes et qui toot les officiers de police et de justice, il y a encore les offici^v de guerre, qui sont Tamiral , le vice-amiral, le scoutbynach ou contre-amiral , et un commandeur 00 chef d'escadre.
L'amiral de Rotterdam, qui est la premie amiraote, commande k la mer k tousles autres. II a seance comme president dans ladite amiraute et a droit d'entrer dans les chambres des autres amirautes; il y a sa voix deiib^tive, assis toutefois apr^ le president. Les amiraux des autres amirautes n ont aucun droit d entrer dans les colleges desdites amirautes et n'y entrent que pour proposer les choses qu'ils croyent necessaires pour la guerre. lis ont le droit de choisir tous les officiers des vaisseaux entre ceux qui leur sont nomnies par le college de Tamiraute.
Toutes ces amirautes ensemble concourent k mettre en mer une armee navale; mais comme elles ne sont pas egalement puissantes, le nomhre des vaisseaux qu'dles foui^ nissent est different.
Amsterdam seule est obligee de fournir le tiers de la flotte ; Rotterdam , un quai*t; et les autres trois foumissent le reste egalement.
II est h remaixpier que, comme les droits qu'ils tirenl en Hollande de toutes les mar-
chandises qui enlrent et sortent sont bien plus considerables h Amsterdam que dans les autres villes , parce qu'elle est inCniment plus marchande et que ces droits font la plus considerable partie du fonds destin^ pour la marine, la viile d'Amsterdam a beaucoup plus de facility de foumir ia quantity de vaisseaux h quoy eile est obligee que les autres villes, qui demeurent souvcnt en arri^re; c'est ce qui fait que souvent Tamiraute d'Amsterdam suppl^e par on plus grand nombre de vaisseaux au d^faut des amiraut^s de Noixi-Hollande et de Frise, qui sont les amiraut^s les plus foibles et les plus endett^es et qui ne peuvent pas mettre a la mer le nombre de vaisseaux n^cessaires.
La plus ricbe amiraute apr^s celle d' Amsterdam est celle de Rotterdam, qui fournit toujours avec facility le nombre des vaisseaux^ quoy eiie est obligee et qui mesme, pardessus ledit nombre , en arme un assez grand nombre pour servir d'escorte aux marcbands.
Pour celle de Z^lande, quoyqu*elle ne soit pas si incommod^e que celles de Prise ci deNord-HoUande, ellene laisse pasd'avoir dela peine h foumir le nombre des vaisseaux ; ei mesme pr^sentement , au lieu de six vaisseaux qu elle devoit foumir, ellen'enafourny que quatre.
Comme j ay dit qu il y avoit des officiers de guerre dans chaque amiraut^, il est bon d'en s^voir les noms, les gages et les fonctions.
En general, Tamirai de Rotterdam est toujours celuy qui commande a toute la flotte. S'il est tu^ dans le combat , c'cst h celuy de Z^lande h prendre le pavilion , et ainsy des autres amiraul^s, selon leur ordre. Ledit amiral de Rotterdam est oblig^ de prendre le vaisseau qu'il monte dans iadite ville et de le luy ramener apr^ qu1l est d^sarme. Ce qui est un privily particulier de cetle ville.
{let $e tnmoe la lUu det grand$ offieien d«$ emq amtrmut^,)
Gages de ces officiers : Ruyter a des Estats Gendraux A, 800 livres, et, comme capitaine de vaisseau, le collie de Rotterdam luy donne i,aoo livres, ce qui fait en tout, monnoye de France, 7,600 livres.
Les autres amiraux ont 3,6oo livres; les vice-amiraux , 9,&oo livres; les contreamiraux i,aoo -et les commandeurs 600 livres.
Outre ces grands officiers , il y a des capitaines enlretenus dans cbaque amirauld, qui sont ceux qui sont les plus estim^ dans leivs corps, et, par-dessus lesdits capitaines cntretenus, il y en a d'antres qui ne le sont point et qui ne laissent pas de servir et d'avoir des gages qnand ils servent. I^es capitaines entretenus ont 1 ,5oo livres, monnoye de France.
Apr^ avoir parl^ de leurs officiers , il est bon de s^voir leur nombre et leors noms ; et , comme c*est Amsterdam qui sur cela et sur toute chose est la r^e des autres amiraut^et que je n'ay pas mesme pn s^voir les noms des autres capitaines , je me cootenteray de dire ce que je s^is des capitaines d^Amsterdam.
Getteamiraut^ entretient vingt capitaines ordinaires et seize extraordinaires, qui sont sealement nomm^ poui* remplacer ceux des capitaines ordinaires qui viennent k mourn*. Ces capitaines extraordinaires n'ont aucuns gages.
II faut juger des autres amiraut^ par le nombre des capitaines qu'elles entretiennent h proportion de celle d'Amsterdam.
(Id te trouvetU U$ nonu det offieien principaux lee plus eetimh.)
Tons ces capitaines, au moins la plus grande partie, sont gens qui ont commence par estre mousses de vaisseau, et qui depuis, par leur experience et par leurs belles actions , ont eu la commission de capitaine.
Apr^ avoir parl^ des officiers, fl est bon de parler de leors vaisseaax.
De leurs vaisseaua:, de lew notnbre, de lews noms, de leurt ports. — RoUerdam a d ordinaire vingl-quatre vaisseaux de guerre dans son port ou k la mer; elle en a ^ pr^ sent quinze h la mer, s^voir : huit a la flotte et sept h Tescorte des marchands de Smyme, du d^troit et d'auti*es lieux. Ceux qui sont k Tescorte desdits vaisseanx marchands sont peu considerables, n*estant que de trente ou de trente-dnq pieces de canon; ceux dont j'ay pu s^voir les noms sont :
( lei vient la Uste de douze vaiueattx appartenant ^ Rotterdam.)
L'amiraute de Z^lande pent avoir dix-huit ou vingt vaisseaux de guerre.
Le port de Middelbourg est un des plus beaux qu'ils ayent en Hoilande; il estform^ par un grand bassin qui est creus^ h Fentr^ de la ville; les grands vaisseaux y viennent de la mer par un canal de quatre ou cinq lieues de long. (Liste dee dix vaieeeaux queSeignelay y a vu$.)
Le port de Flessingue est encore plus considerable que celuy de Middelbourg, k cause de la bonte de la rade. Les vaisseaux y peuvent venir mouiUer jusqu'au pied des morailles de la ville, la mer laissant en cet endroit quatorxe pieds d*eau k mar^e basse.
Comme c'est Tamiraute d' Amsterdam , qui est la plus considerable , et que les autres ne sont presque rien h son ^gard , j*ay examine plus particuli^rement le nombre , le Dom, le port et les proportions de ses vaisseaux, tant de ceux qui sont en mer que de ceux qui sont dans les ports :
Sept vaisseaux du premier rang; onze du deuxi^me; dix-huit du troisi^e; treize du quatri^e; dix-sept du cinqui^me; six du sixi^me^
L^amiraute de Nord-Hollande pent avoir de vingt-quatre k vingt-cinq vaisseaux de guerre, et celle de Frise dix-huit vaisseaux*.
Des gabartls de leurs vaisseaux et de la maniire de leurs eonstruetions '.
Tons leurs vaisseaux sont k varaugues plates, parce que, comme leur mer est extr^ mement plate et qu'ils sont souvent oblig^ d'echouer, il leur est necessaire d avoir des vaisseaux qui ne tirent pas beaucoup deau et qui ne se rompent pas quand ils echouent , ce que les vaisseaux plats font facilement sans s endonunager. Ajoutez a cela que , comme leurs ports nWt gu^re de fond , il leur seroit impossible d'y entrer s'ils tiruient beaucoup d'eau, ce qui est si vray que la ville d' Amsterdam mesme, qui est la ville la plus considerable et celle qui foumit le plus de vaisseaux , ne pent faire sortir aucun vaisseau de son port que sans canon, sans lest et sans vivres; et quoyqu ils sortentde cette maniire, en passant le Pampus, qui est Tendroit par ou ils sorlent d' Amsterdam dans la mer du Zuyderzee pour alier au Texel , ils s enfoncent plus de huit et dix pieds dans la vase et ils sont obliges d'avoir de petits bastimens fort plats et qui portent beaucoup de voiles qui remorquent ces vaisseaux et les tirent h force dans Tendroit ou il y a assez d*eau. Leur commodite se rencontre encore k bastir les vaisseaux de cetle niani^re : ils en sont plus propres h porter de la marchandise , leur fond de cale estant plus large que les no8tres;et comme la marchandise est ce qui les fait subsister, tout ce qui sert le plus au commerce leur est plus propre. Voil^ les raisons qu'ils ont pour les bastir de cette maniire , auxquelles ils en ajoutent encore d'autres ; ils disent que les vaisse^aux construits de
* Cette liste estdetailiee danslemanuscrit. d^signe les vaisseaux qui sonl dans cliacun de Avec le nom de cheque vaisseau , Selgnelay leurs ports.
donne le nombre de canons, le port, la Ion- * Seignelay entre icy dans des details tech-
gueur et la largeur. niques sur la pose de la qnille, des bordages,
* Apr^cliacune de ces amiraules , Seignelay des varangues.
cette mani^ portent mienx la voile, qu*ils roulent moins k la mer^ quecela fait que dans un combat ils tirent plas juste, que les vaisseaux qui sont plus taill^ roulent incessamroentet qu'ainsy on ne pent pas ajuster le coup de canon, que d'ailleurs un vaisseau de guerre plus plat se sauve et passe sur un banc de sable duquel un autre n*oseroit approcber, et qu'ainsy ils se peuvent metlre en lieu de seuret^ quand ils sont poursuivis par de plus forts. D est seur que cette raison est fort bonne ; et mesme , conune il y a beaucoup de bancs dans la MancLe, cet inconvenient pent arriver tr^s-souvent, de ne pouvoir pas passer ou ils passeront avec leurs vaisseaux. lis pr^tendent mesme que nos vaisseaux ne sont pas meilleurs voiliers que les leurs, parce que ce que nous gagnons en taiUant nos vaisseaux davantage, ils le gagnent eux en les faisant beaucoup moins forts de bois, et les cbargeant moins d'oeuvres mortes '. . .
Ayant examine les vaisseaux que j'ay trouv^ sur les chantiers, tant k Amsterdam qu'ailleurs, j'ay remarqu^ les d^fauts qui m'ont paru k ^viter et les choses en quoy nous pourrions les imiter. Leurs membres sont fort foibles, et, corome ils bastissent avec une grande ^nomie, elle va quelquefois trop loin et ils ne regardent pas tant h ce que doit durer un vaisseau qu'^ ce qu'il couste dans le temps qu'on le bastit. Cette raison fait qu'ils n'ont pas assez d'^gard au bois qu'ils employent, parce que, comme ils vont toujours au bon marcb^ et qu'ils veulent espargner, ils taschent de faire servir jusqu*^ la derni^re pi^ de bois et en mettent ainsy qudquefois de mauvaise quality. Us n observent pas non plus de garder le bois qu'ils ach^ent; ils le mettent en oeuvre aussytost qu'il est venu de chez le marchand, sans examiner trop s il est sec ou s'il est vert, ce qui tait que le bois vert, venant ^ se s^cher, se retire et fait des fentes qui ne sont jamais r^par^ qu'li demy par le calfatage. Toules ces raisons me font dire que leurs vaisseaux ne sont point assur^ent si bien bastb que les nostres et qu*ils ne doivent pas durer si longtemps h beaucoup pr^, pourvu que Ton ayt le mesme soin des nostres qu'ils ont des leurs. Ce n'est pas aussy qu'il n'y ayt quelque chose dans leurs constructions, en quoy ils nous passent et qu'il faudroit changer dans les nostres. Premi^ement, Tenvie que Ton a de faire nos vaisseaux solides fait que nous les rendons massifs et qu'ilsn'en vont pas si bien. Nos charpentiers gastenibien plusde boisqu'eux, parce que souvent ils ne se soucient pas de prendre et couper une pi^ce de bois fort grande pour en faire une petite dont ils ont besoin ; ils gastent de cette mani^re de belles pi^c^ de bois qui pourroient servir h autre chose, dont il arrive deux inconv^ens : le premier regarde la perte du bois et Fautre celle du temps , un charpentier estant bien moins de temps h former un membre duquel il y aura peu de bois k oster qu'il ne le sera k celuy dont il faudra r^duire la moiti<^ en copeaux.
Leurs moulins k scier leur sont d'une utility fort grande etieur retranchent beaucoup de la d^pense et du temps. Tons ceux qu'ils ont dans leur pays sont k vent, et ils font plus en un jour qu*on ne pourroit faire en quinze sans cette machine.
T6ut le bois dont ils se servent leur vient des bords du Rhin et de Norw^e, et leur est apporte par les marchands qui traCquent de ces cost^. II n'est assur^ent pas si bon que le nostre : i** par sa quality plus tendre que celuy dont nous nous servons, ce qui se voit assez k sa couleur blanchastre, qui est une marque infaillible du bois tendre , au lieu que le nostre est beaucoup plus gris, plus serr^, qui est le chesne le plus dur
* Ici Scignelay fait T^num^ration de toutes de la disposition des sabords, des gaillards
les pieces d\in vaisseau et en donne les di- d^arri^re et des galeries, qui sont consid^rees
mensions alnsi que la maui^re dont ces pi^es en HoUande comme inutiles, incommodes et
sont jointes les unes aux autres. II parle eiisuite dangereuses.
el le meilieur; a" parce qu'ils n'en preunent aucan soin et ie prennent tel que tea marcfaands I'apportent, sans que le8 ofBciers des aDiirani^ se mettoit en peine d'en envoyer couper eux-mesmes, aOn dc choisir le meilieur pour les constructions des vaisseaux de guerre, ce qui teur seroit pourtant assex facile, h cause du voisinage et de la facility qu'ils ont de le transporter, pnncipalemant ceby qui leur vient des bords du Rhin. La 3* raison, pourquoy leur bois n*est pas si bon, c'est qu'ils n'en font aucime provision et ne i'ach^nt des marchands quh mesure qu'ils en ont besotn , ce qui fait qu'ils ne le gardent point et qu'ils ne le conservent point dans Teau comme nous faisons en France, ou on le laisse tremper un an durant, ce qui durcit le bois devant que de le mettre en oeuvre et le rend assur^ent meilieur. Le pen de provision qu'ils font de bois et la n^cessit^ qu'ils ont d*en prendre des marchands quand iis ea ont affaire, fait aussy que souvent ils prennent du bois vert et Temployent de cette mani^re, ce qui est tr^s-mauvais , parce que , venant k s^ber, il se serre et se retire et ne rem[dit plus la place on il avoit est^ mis en bastissant le vaisseau , ce qui fait que Fespace demeore vide et que le cost^ du vaisseau oii on a employ^ du bois vert est beaucoup plus l^;er que Fautre, qu ainsy il ne pent pas bien porter la voile et qu on est oblig^ de le souffler ou de luy faire de grands radoubs. Ce sont ces raisons pour lesquelles lenrs vaisseaux sont si foibles, dorent si peu et ne font pas plus de r^istance an canon , qui les peroe souvent h jour lorscpi'il ne feroit que son trou en France.
Le prix auquel ils ach^nt n'est point r^^; taniost plus, tantost moins; ainsy il seroit difficile de le dire au juste. D est seur qu'ib vont toujoors au bon marcb^ et qu'ils n'ont souvent pas tant ^ard k la quality du bois qu'au prix qu*il couste. II seroit difficile de s^avoir combien ils en ont puisqu'ils n'en prennent qu*^ mesure qu*ils en ont besoin, s attendant d'oi trouver toujours cbes lenrs marchands, qui en ont toujours une fort grande provision , dont ils n'ont aucun soin et qu'ils laissent k i air et ^ la pluie , sans les mettre dans Teau , ni prendre les pr^utions que Ton prend en France pour les conserver. Us mettent souvejit du sapin on nous mettons du meilieur chesne et on il est n^eessaire d'en mettre.
Comme il n*y a pas de bois dans lenrs magasins . ils n'observent pas un fort grand ordre pour leur arrangement et Temployent h mesure qu'il vient. lis font d*ordinaire leurs achats de bois de cette sorte : les marchands apportent de quoy bastir un vaisseau tout entier, c'est-it-dire , du bois propre h faire des varangnes, des courbes, des cintres,etc. Les officiers de Tamiraut^ d^pntent quelqu'un pour ie recevoir, afin d examiner si la quantity n^cessaire y est et s'ii « est point trop cher, apr^ quoy, ils en font leur rapport, et, selon ce quilsont jug^, ils le re^^iventet s'en servent au premier vaisseau qu'ils font bastir.
lis ont beaucoup plus d'^ard k la conservation des masts, qu ils ach^tent souvent et en grand nombre. lis les conservent dans lean , et mettent de grosses planches dessus a6n de les enfoncer davantage et qu'il n y ayt aucune partie de mast qui voye le jour; ils les font venir tons de Norw^ et ils sont d'une tr^bonne quality C'est ce qui fait qu'ils mastent leurs vaisseaux beaucoup plus menu que nous , parce qu'ils pr^tendent que, lenrs masts estant fort bons, il n'est pas n^ssaire qu'ils soyent si gros, ce qui est assur^ent d'une fort grande utility, parce que la pesanteurdu mast nuit extraordinairement au vaisseau.
Ils n ont point d'antres machines que nous pour la facility de leurs constructions , h la reserve de leurs moulins h scier. lis se servent dans leure ateliers de gros crocs de fer, avec quoy ils remuent facilement le hois dont ils ont affaire, ninis du reste ils prnti-
quent les mesmes choses que nous pour la facility de leors constractioDs , et leurs charpentiers n'ont rien eu tout ce qui regarde leur metier au-dessus des nostres, si ce n'est quails mesnagent le bois avec beaucoup plus d'doonomie que ne foot ceux de France.
Tnntise Ipiira cnTifttniriinnn oa fnnt h innm^ At ila nVn fnnt rmA.fnrf: rArAtnAnt. At.
Le maistre charpentier entretenu par ann^ dans I'arsenal a soin aussy de ses ouvriers pour r^ler leur ouvrage et pour les faire travaiUer. Celuy qui est entretenu dans Tarairaut^ d'Amsterdam a 3,ooo tivres, monnoye de France, par an. U cooduit les constructions et fait bastir, ou luy-meme ou par d'autres charpentiers qu'il a sous luy, tous les vaisseaux qui se construisenl dans Tarsenal. II a son logement et son chauffage. II a au-dessous de luy un contre-maistre et trois ou qoatre directeurs entretenus pour prendre les mesures et travailler eux-mesmes k la construction desdits vaisseaux. Le contre-maistre a 5o sols par jour, monnoye de France, les directeurs 65. Les charpentiers les plus habiles out jusqu'^ 35 sols par jour, les moindres a6 , 95, etmesme jusqu'^ 3o sols. Ce qu'il y a de fort consid^able, c'est que , comme ils ont des ouvriers h changer tant cpi'ils veulent et qu'ils entrouvent de fort habiles avec grande facility, si un ouvrier fait la moindre faute, ils le cong^ient et en prennent un autre en sa place; ce que nous ne pourrions pas faire en France qu'avec peine h cause du peu d'habiles ouvriers que nous avons. Outre cet avantage, ils en ont encore un autre qui est la bonne foy des ouvriers qui gagnent l^timement leur joum^ , reviennent r^Ii^rement aux henres qui leur sont ordonn^ et travaillent avec une assiduity fort grande.
Pour la car^ne des vaisseaux , ils la font comme en France en les mettant sur le cost^ par le moyen de deux pontons. Ce qu'ils observent est de ne pas calfata*, autant qu'ils penvent, avec de Testoupe neuve, et ils pr^tendent que les vieux cordages, qui sont en estat de ne pouvoir plus servir et qui se d^Olent, sont beaucoup meilleurs pour le calfatage parce que Testoupe dont nous nous servons en France n'est que le rebut du chanvre au lieu que celuy-l^ a toute sa longueur.
Ds n'ont point de formes pour le radoub ni pour la construction des vaisseaux; il leur est mesme impossible d en faire , ne pouvant creuser quatre pieds qu'ils n'y trouvent Teau, etde plus la mar^ ne montant pas assez dans aucun endroit de leur pays, ce qui est absolumeut n^cessaire pour les formes , parce qu'il faut que la mar^ porte le vaisseau dans sa forme et qu'il demeure h sec apr^ qu'elle s'est retinae. Ils sont done oblige de faire comme nous en France, dans les endroits oil il n y a point de formes, et ils le goudronnent et espalment comme nous.
Ils mettent leurs vaisseaux h la mer avec plus de facility que nous , parce qu'ils leur donnent plus de pente, de sorte que, d^ qu'ils ont ost^ les accores et les coins qui le tiennent, il s'en va de luy- mesme sans quil soit besoin de vir^ au cabeston, comme nous faisons en beaucoup d'endroits, en mettant deux cabestans, Tun k bAbord,rautre h tribord du vaisseau , sur lesquels est amarr^ un ciJble qui saisit le vaisseau par derri^re et qui le pousse pour le foire aller plus tost h la mer.
Ils mettent en quelques endroits leurs vaisseaux k Feau, la poupe la premiere, et ils pr^tendent mesme que cela est d'un fort bon usage. La raison qu'on en pent apporter est que souvent il est dangereux que le vaisseau , demeurant dans le penchant , ne se fasse quelque effort k la quille et ne s'afibiblisse beaucoup de cette mani^e , ce qui n'est pas si dangereux en le mettant k Yean la poupe devant, pai-ce que si la quille faitqudque effort, elle le sou(&e avec moins de danger vers la poupe, oii elle est plus forte et oil estant plate toutes les parties p^nt ^aleraent; au lieu que, quand leffort se fait k la prone, outre que la quille est plus foible en cet endroit, elle va encore en arrondissant; ainsy, s'il arrive que le vaisseau demeure, il n'y a quun point qui soutienne tout le corps, ce qui est capable assur^ment d'affoiblir extrSmement la quille.
Dans le mesme atelier ou se font les constructions sont les scieurs de long, les faiseurs de masts , de chaloupes , de rames , d aflusts , les poulieurs , les lanterniers et tous les
artisans des petits ouvrages qui sont ndcessaires dans le vaisseau. lis se payenl lous a joum^ sur le mesme pied h peu pr^ que les charpentiers; ainsy il n'y a rien de particulier h dire sur leur paye.
Les forges sont dans Tencios du mesme pare; il y en a denx. Dans Tune se travaille toute la ferremente n^cessaire pour les constructions des vaisseaux , chaloupes et affusls et autres menus ferremens. II y a dans cette forge buit foumeaux qui travaillent continuellement. II y a un matstre forgeron qui fait travailter les ouvriers et qui a soin de tons les ouvrages; il est pay^ k Tann^ et a 1,000 livres, monnoye de Prance. It a audessous de luy deux contre-maistres qui ont 60 ^ &3 sols par jour et les compagnons 30 a 95 sols, suivant quails sont plus ou moins habiles.
L'id^ que 1 on oon^t des arsenaox et magarins de Holiande ne se rapporte en rien ^ ee qui en est. U n'y a rien qui poisse nous servir d'exempie. Ik n*ont point de magasin particulier pour mettre les Bgr^ de chaque vaisseau , ni de magastn g^n^al ou se trouvent toutes sortes de marchandises n^oessaires aux armemens des vaisseaux. Us n* ont pr^cis^ment que ce qu'ii faul pour Tannement des navires qn'Ds veuieot metlre a la mer. Tons les agr^ des vaisseaux sont mis ensenihie dans le mesme lieu, h la r^so^ve seulement que les mardiandises de mesme sorte sont mises en un endroit qui leur est destin^, oomme par exemple tons les cordages dans la mesme galerie ou la mesme salle; oeluy de chaque vaisseau est mis ensemble , les gros cordages en dehors et toos les greslins et menus cordages en dedans.
Pour les voiles du mesme vaisseau , elles sont mises ensemble et pendues au plancher an-dessus du rouleau des cordages; dans Tendroit de ces cordages, il y a un 6criteau ou est le nom du vaisseau auquel il est destin^. Quant aux autres choses n^cessaires, commepoulies, lantemes, armes, faaaux et autres, chacune suivant son esp^ est port^, sans distinction des vaisseaux auxqueb ils oot servy, dans des lieux s^r^, dent les uns ne sont que pour les lantemes, fanaux, cartouches et autres menus ustensiles; les autres poor les armes, mousquets, pistdets, et les autres pour le reste de ce qui sert a un vaisseau.
Quant aux autres marchandises, comme dianvre, fer, toiles, goudron , etc. il n'y en a presque point, et ils n'en achMent que pour Tusage ordinaire et k mesure qu*iis consomment La raison de cela est que, tout le pays estant marchand, ils trouvent partout k acheter les marchandises dont ils ont affaire; ainsy ils ne les prennent qfn'k mesure qu'ils en ont affaire.
Le magasin et Tarsenal de Rotterdam, qui est le premier que j'aye vu, est si petit cpi'ils ont de la peine k y mettre les choses n^cessaires pour Tarmemenl de lenrs vaisseaux. Ainsy il n'y a presque point de marchandises , et tout ce qui y est est en oeuvre. II y a de quoy pr^ntement armer, je crois, cinq ou six vaisseaux, sans compter oenx qui sont k la mer qui ont leurs agr^ et leur rechange.
Le magasin d*Amsterdam est entomb d'eau; il est hasty en carr^ au bout de Tarsenal, du cost^ de la ville; on y pent mettre les agr^ de soixante-dix k sohante-qoinze vaisseaux. Le premier ^tage de ce magasin sert k mettre les boulets et le hois qui sert pom* les poulies, qn'ils appeUent bois de gayac ; les deux Stages qui sont au-<)essus sont des galeries qui se communiquent les unes aux autres, dans lesqudles sont tons les cordages, voiles, poulies et autres choses n^essaires k Tarmement d'un vaisseau , dispose de la mani^re que j ay dite , et , outre cela , il y a beaucoup de cordages neufe qui sont mis ensemble dans deux grandes galeries s^par^ du reste. Quant aux ancres et canons, ils sont rang^ en plusieurs endroits sur les quais des ar ^enaux et autour des muraiiles de la ville, ou il y en a un fort grand nombre.
Bien qu'il n'y ayt gu^re de marchandises dans leurs magasins, jene laisseray pas de dire autant que je pourray d'ou ils les font venir, combien ils les ach^tent des marchands qui les leur apportent.
La plus grande pai*tie du chanvre qu'ils employent a Rotterdam pour les menus ouvrages est de celuy qui few vient de Hariem et des environs de leur ville; ils Testiment davantage que celuy de Livonie, et on en fait beaucoup de toile pour les voiles. Cehiy qui s employe k Amsterdam et dans les autres endroits vient de Riga, de Livonie et des environs de la mer Baltique. II est extr^mement fort, long ordinairement de cinq a six pieds et couste environ 15^ 1 3 livres de France le quintal. On Tapporte tout peign^ du
pays mesme , eD sorte quit n'y a point de d^chets. Us ne lotssent pas en UoUande de le peigner encore une bis, devant que de le mettre en oeuvre, mais on n'en pent pas tirer ordinairement deux ou trois Hvres sur cent. lis ne le goudronnent qu'apr^ qu'il est commis et qu'il a est^ dans Testuve; ils Uennent qu'ii est d'un tr^s-mauvais usage de le goudronner en fil de caret, paroe que ie cordage ne pent pas estre si serr^, et qu ils ont remarqu^, ce qui est presque incroyable , que le ill ne s^imbibe jamais assez , au lieu que les plus gros cAbles sont enli^rement pdn<^tr^ qnand ils sortent de la chaudi^.
Le fer dont ils se servent pour leurs menus ouvrages est du fer en verge qui leur vient de Sn^ et qui couste 6 li 7 livres le cent. Leur fer en barre leur vient du mesme lieu « et le meilleur ne leur couste que 6 ou 7 livres. U leur en vient «icore de Li^ , qu'ils employent k faire des dous et qui ne vaut que 6 livres le cent.
Quant auY canons de fer, ils leur viennent tons de Su^de; les prix sont diffi^reus suivant la bont^ des canons et les marques des ibnderies. Le meilleur vaut pr^sentement 9 livres le cent; les canons de quatre et huit livres de balle , et ceuxde douze, dix-huit, etc. valent 8 livres le cent. II en vient encore quelques-uns de Moscovie; ils ne sont pas bons et sont k beaucoup meilleur march^ que les autres. Les plus pesans canons de fer qu'ils fassent ne sont que de vingt-quatre livres de balle , qui reviennent k la pesanteur des canons de fonte de trente-huit livres de balle.
Leurs bodets leur viennent de Sukle et d'Allemagne ; ils valent 3 livres et demie le cent et se vendent quelquefois jusqu'^ /i livres. Les boulets k deux testes valent 13 k 1 5 livres le cent.
Bien que j'aye parl^ ailleurs des canons de fonte ^ je ne laisseray pas encore de dire que jay vu les fonderies de la Haye, Rotterdam et Amsterdam. Leur cuivre leur vient de Su^e et du Japon. U vaut pr^ntement 63 livres le cent, mais ceiuy de Suhde est beaucoup meilleur.
L'^tain leur vient d'Angleterre et des Indes. U vaut k pr^nt 5 a livres le cent. II leur en vient encore d*Allemagne , qui ne vaut que &5 livres.
Us donnent le cuivre en rosette au fondeur et Iny baillent aussy letain en saumon ; il doit rendre 90 p. 0/0 , les dix livres restantes estant compt^ pour le d^het, par dessus quoy on donne encore au fondeur, pour sa fa^on , 6 livres p. 0/0 des canons de vingtquatre, tr^ite-six et quarante-huit, et, pour la fa^n des canons dehuit, douze et dixhuit livres, on luy donne 19 livres p. 0/0. Voili tout ce que j*ay cm devoir dire du canon de fonte en cet endroit et des fonderies que jay vues , ayant parl^ des ^preuves qu on doit faire aux canons de fonte et de fer et d'une partie de ce qui r^^de Tartillerie.
Pour leurs armes, ils en font beaucoup en leur pays; beaucoup aussy viennent d'Allemagne, de Daneinark et de SuMe.
Us ont des mousquets de toute sorte, bien faits et bien mont^, mais extr^mement pesans; ils ont outre oda despistolets, des couteaux, des baches et de toutes les autres armes dont on se sert ordinairement sur les vaisseaux. Outre toutes ces armes , ils ont encore des mani^es de gros mousquets k rouet dont le canon est de cuivre , fort court , mais fort gros jusqu'^ la culasse qui se resserre k la grosseur d'un mousquet ordinaire. Ce sont des armes fort dangereuses dans un abordage et qui font un grand ravage sur le tiUac,
* Voir, dans le inline manuscrit (MiUmget mdnwire concerruml la Jonderie des canons, — Colben)^ im nifWnoire dat^ d^ Amsterdam, les Ce m^moire rdpond artide par arlide k celni 90 et aa jiiillel 1671 . et intitule : Addition au qiie nous avom donn^ pge 35 , pi^ce n** 1 8.
312 ANNEXES DBS INSTRUCTIONS.
quand eiles sont tiroes k propos , parce que ia poudre , qui est resserr^ , cbasse avec violence les clous et les petites balles qui se mettent dans le canon , et ies fait ^carter extr6mement.
Tout le goudron qu*on employe en HoUande vient de SuMe, Norw^ et Moscoxie; quant k ia r&ine, ib Tout prise jusqu'^ pr^nt k Bayoune et Bordeaux. Le goudron de Stockholm vaut 9^10 livres le baril , de mesme que le bray, qui vient du mesue lieu. Le goudron de Moscovie ne vaut que 9 livres.
Leurs toiles se font en Hollande ; elles sont plus larges , plus fortes et meiileures que cdles qui se font en Bretagne, mais il ne s en fait pas la quantity qui leur est n^cessaire; ils pr^tendent pourtant pouvoir se passer des nostres. Cdlesqu'ils ach^tent coustent 10 livres Taune du pays, dont les sept quartiers font une aune de France.
J'attends un inventaire de tout ce qui se foumit d'agr^ k nn vaisseau de premier rang ; je ne Tay pas pn avoir pendant que j'ay est^ en Hollande , et nn bomme ma promis de m'en envoyer le detail.
Pour le recbange, ils mettent toujours trois jeux de voiles sur leurs vaisseaux et buit ancres, s^avoir : pour un vaisseau de premier rang, quatre de cinq k six mille , deux de quatre mille cinq cents, deux de quinze cents et une petite de quatre cents.
Quant k leur artillerie , ils mettent ordinairement sur leurs vaisseaux de quatre-vingts pikes de canon : deux ou quatre pikes au plus de quarante-buit livres de balle (encore souvent n'en mettent- ils point); vingt k la batterie basse, de trente-six, vingt-dnq et vingt-quatre; quinze de dix-fiuit, et le reste de buit et de quatre sur les gaillards.
II est k remarquer qu'ils en mettent ordinairement beapcoup sur les petits gaillards et que souvent , par exemple , un vaisseau qui ne sera perc^ que pour soixante et dix pikes en aura jusqu ^ quatre-vingts en comptant les gaillards.
Quant au nombre juste de canons de fer et de fonte qu ils mettent sur cbaque vaisseau , il est difficile de le s^avoir, dependant de la volont^ du commissaire qui a soin de Tarmement de donner plus ou moins de canons de fer. Ce qu on pent dire Ui-dessus c'est que les amiraux ont toujours toute la batterie basse de fonte , que tons les canons qui se mettent sur le tillac et sur le gaillard sont de mesme. Le vaisseau que monte pr^ntement Ruyter est tout artill^ de fonte. Pour les vaisseaux ordinaires quelquefois ils n'en ont point ; mais souvent on leur donne la sainte-barbe et les premiers canons de la batterie basse de fonte.
L'embarquement de tout ce qui est n^cessaire a un vaisseau se fait fort facilement. Les officiers prennent tout ce qui appartient au vaisseau qu on veut armer, le descendent par les fenestres et Tembarquent dans les chaloupes.
Les Equipages des vaisseaux sont lou& par les capitaines et pay^ par les Estats. Quand un capitaine a lev^ tous les matelots qui sont utiles k son bord, il les fait passer en revue devant le commissaire de Tamirautd, lequel commissaire enr61e tous les matelots , krit leurs noms , leur donne k cbacun un mois de paye par avance , qui est de 1 5 livres de nosire monnoye. Aprk ce mois d'avance pay^, le matelot ne re^it point d'argent que cinq mois apr^ qu il est ^ la mer, parce que trois mois de paye luy sont toujours r^rv^ en sortant du bord, afin qu'il ayt le moyen de nourrir et entretenir sa famille k son retour. Cet argent leur est pay^ par le mesme commissaire dans le mesme temps quails d^barquent. S'ils reviennent malades , on en a un fort grand soin et on les met dans des bospitaux destin^ pour cela , oil ils sont servis avec une fort gronde propret^. Que s'ils meurent dans leur voyage , Targent qui leur est deu est pay^ a la femme oir a ceux en faveur de qui le matelot a dispose, sW Ta dit en mourant.
Dans les plus grands vaisseaux on ne met au plus que cinq cents hommes d*^quipage, s^avoir : quatre cents mateiots et cent soldats. L'amiral Ruyter, qui est pr^ntement en mer niont^ sur un vaisseau de quatre-vingt-cbq pi^s de canon, n en a pas davantage. On pent conclure de 1^ que les autres oflBciers ont un Equipage moindre, qui diminue a proportion de la grandeur du vaisseau \
En cas de combat, le capitaine fait arborer ie pavilion, oster les dunettes, les cloisons, les cofllres, les bransies, et fait tout porter k fond de cale, enfin fait mettre en ordre tout le vaisseau.
Le lieutenant descend entre les deux ponts avec le maistre canonnier; il a soin de faire d^amir et d^ucher tons les canons, de les faire amorcer et mettre en estat de tirer quand il est besoin, et que tons les garde-feux, cuill^res, tire-bourres, refouloirs, ^uvillons ct estoupins soyent prests et en estat de servir.
Us font tirer de la soute aux poudres des cartouches remplies qu'ils font porter k proue dans un coflfre qui est dans la cbambre aux cables et k poupe dans un autre qui est fait expr^ , afiu de n'avoir pas h fouiller dans la soute pendant le combat
lis font mettre de Teau dans des tonneaux et du vinaigre dans d'autres, afin de rem^ dier aux accidens du feu et de rafi'aiscbir les canons.
Ds font aussy jeter du sable aGn d'empescher qu'on ne glisse, et le capitaine doit aller visiter si le tout est en ordre et faire mettre tons les canonniers k leur poste, voir si les boulets sont bien distingu^ chacun selon son calibre, et de ]k passer k la seconde batterie commands par le sous-Ueutenant , afin de donner les mesmes ordres.
Les victuailles sont foumiespar le capitaine, liraison de sept iivres etdemie par jour pour chaque matelot et dix Iivres pour les officiers. 11 doit donner h cbacun de ses matelots pour la nourriture par semaine cinq Iivres de biscuit, trois fois le jour du gruau bouilly avec du beurre fondu dessus; il leur doit aussy donner tons les matins du fromage pour leur dejeuner, et its ne doivent estre que sept h chaque ganielle.
Its ont de plus diffi^rentes viandes, suivant les difft^rens jours de la semaine. Le dimanche et le jeudy, chaque matelot doit avoir une livre de boeuf ; le mardy, trois quarts de lard; le lundy, mercredy, vendredy et samedy, une livre de mouton s^hd avec du beurre fondu dessus. Pour leur boisson , ils ont de la bi^re tant qu'ils en veulent et lorsqu elle manque on leur fait une boisson avec du vinaigre et de Teau. Au reste, tout matelot qui se plaint de son capitaine pour sa nourriture est ^ut^; et, s'il se trouve qu*il ayt raison, le capitaine est puny on r^primand^ fort s^v^ment, avec menace de luy oster son employ s'il y a contre luy de pareilles plaintes.
Dans chaque port de Hollande , it y a un capitaine qui a soin de visiter tons les vaisseaux qui y entrent, pour voir s'ii y a de la poudre dedans, car tout vaisseau qui doit rester plus de vingt-quatre heures dans un port ne doit avoir aucune poudre dans son bord, ni avoir aucune sorte de feu apr^ six heures du soir en hyver et neuf en est^, ni en allumer le motin que lorsqu'il est enti^rement jour.
Quand les vaisseaux sont dans les ports ordinaires de Hollande, ils n*y mettent pour les garder que deux hommes , qui ont aussy soin de les tenir propres et dc les balayer deux fois la semaine. Mais quand les vaisseaux de guerre sont dans le port d' Amsterdam qui est vis-^-vis des ateliers de Tarsenal, parce que cet endroit est comme un grand pare
* Ici Seignelay donne T^tat des officiers chacun d^eux. II continue ensuite en indiqoant mariniers et malelols d^un vaisseau de qualre- les fonctions de chaque offider, depuis le capi-* vingls pieces de canon, ainsi que les gages de taine jusqu^au pilole et quartior-maftre.
ANiNEXES DES INSTRUCTIONS.
daD8 Teau, enfenu^ par un doable rang de grands pieox plants dans la m^, il n'y a personne qui oouche sur les yaisseaox qui y sont amarr^, parce qae tons ensemble sont gard& jour et nuit par des sentinelles qui se tiennent aux quatre coins du pare. U y a une ronde qui passe toutes lesnuits pour voir si les sentinelles sonl dansleur devoir.
Les vaisseaux sont amarr^ a de grosses poutres qui sont dans la mer, qu'ils appellent des dues d'Albe, ce qui est d'une grande espargoe pour les dMes, qui s'usent fort quand on est oblig^ d'estre toujours k Fancre.
La propret^ que les Hollandois observent dans leurs vaisseaux est fort grande; ils les balayent et nettoyent tr^s-souvent par dedans lorsqu'tls sont dans le port, les grattent et goudronnent par dehors deux ou trois fois par an et ne manquent jamais de les calfater h la fm de Fest^, parce que la chaleur de cetie saison fait toujours entr ouvrir le bois. Quand le vaisseau est en mer, encore bien quails le balayent tons les jours k Tordinaire, ils font oster deux fois la semaine tons les ooffres des matelots et tout Tembarras du vaisseau afin de nettoyer toutes choses. Ils lavent aussy quelqueCdis entre deux ponts avec de Teau et du vinaigre.
n y a une chose particuli^ qu*ils pratiquent dans la riviere de Rotterdam. lis raeltent du sel pil^ dans le fond de cale et prdtendent que cela empesche Teau douce de gaster le bois et que les vers ne s'y mettent.
II est d^fendu sons peine de vie de jeter le lest dans aucnn port et il est ordonn^ de le porter sur le rivage en certains lieux qui sont destin^ poor cela. A Amsterdam , du cost^ de la maison des Indes, il y a un lieu aupr^ du rempart ou ils ont obtenu de le mettre en arrivant; et ceux qui en partant le veulent reprendre, ne le peuvent Ciiire sans en payer quelque chose. Ainsy, en arrivant, ils ne sont pas maistres de le laisser dans leur bord , leur estant d^fendu d'en porter dans le port, de peur qu'ils n'en jettent dans la mer sans qu'on y prenne garde.
(Bibl. Imp. Mss. MeUmges Colbert, vol. 8&.)
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