At! SIEUR POUPART
INGKNIEti H.
De. . . 1 6 juillet i663.
Les raisons que vous alléguez pour n'entreprendre pas une grande fortification , au sujet de la tour que le Roy a ordonné de restablir à Hendayc,
' Le a 4 août suivant, Colbert écrivit a son cousin :
« Quelque peine que vous ayez prise a me faire comprendre Testât auquel sont les fortifications de Brisach et de Philipsbourg, et les ouvrages qu'il y faut ajouter ou retrancher, il n'est pas possible d'en avoir une idée présente comme si on le voyoit à l'oeil. Ainsy je ne puis rien décider sur l'utilité ou l'inutilité des travaux que vous proposes estre à faire. Mais comme le Roy vous en a remis le soin et que vous avez auprès de vous le sieur de Val perçue , qui a l'intelligence <>t le discernement nécessni m» pour bien juger ee qu'il fnul entreprendre
et re à quoy il ne faut pas penser, c'est à vous de vous déterminer par son avis, et surtout de tenir soigneusement la main que les deniers de Sa Majesté soyent bien employée, en y observant une exacte économie et vous réglant, autant qu'il se pourra , sur le fonds qui a esté fait.
«rJe prie M. Le Brun de faire un modèle , que j'auray soin de vous envoyer, pour mettre en pierres les armes du Roy à Brisach et a l'liili|»sl)ourg. Ce pendant il me semble que vous pouvez avoir assez de matières pour ne laisser pas inutile le sculpteur qui est sur les Hem.- ( llef. ifr 'lir. leUrra , fol. 167.)
pour assurer aux barques françoiscs la navigation de la rivière de la Bidassoa, sont fort recevables et vous n'avez qu'à suivre voslre premier dessin, pourvu, comme vous me l'assurez, que la plate-forme basse soit capable de trois pièces de canon et le baul de deux petites1.
Les précautions que vous avez prises de n'envoyer pas jusqu'au bourg d'Hendaye les matériaux qui vous sont nécessaires sont fort judicieuses, car si ceux de Fonte rabie (comme vous le remarquez fort bien) arrestoient les barques, cela engagerait encore plus fortement la contestation qui est entre les commissaires des deux couronnes pour cette rivière.
Comme vous estes à présent sur les lieux, je vous conjure de profiter de la belle saison pour l'avancement de cet ouvrage , et si vous avez besoin d'une commission particulièrp, afin de faire valider les décharges, je ne manqueray pas de vous l'envoyer.
( Arcb. de la Mar. Bttueit de direrw* kttru, M. » 08. )
8 — AU SIEUR CHERTEMPS,
DIRECTEUR DES PLACES DE PICARDIE ET DE CHAMPAGNE'
Paris, 4 may 161)9 ».
J'ay reçu vostre lettre du a 5 du passé, avec les mémoires des ouvrages que vous avez estimé devoir estre faits conformément à l'avis des sieurs de Rragelogne, Dubois et Regnior-Jaussc.
Vous avez raison de dire que l'ordre qui a esté observé jusqu'à présent n'est pas bon, et qu'il est nécessaire de le changer. Il faut sans diOiculté faire de bons devis, des adjudications des ouvrages en bonne forme, ou des marchés par-<levant notaires, cl establir quelqu'un à Calais pour prendre soin de l'exécution de toutes choses, afin que, dans vos visites, vous puissiez connoistre si lesdits ouvrages seront bien faits, de bonne qualité, et si les devis et marchés auront esté bien suivis. Ne manquez pas de suivre exactement cet ordre sans jamais vous en départir.
11 est absolument nécessaire que vous vous appliquiez exlraordinaire-
1 Voir pièce n* 5 et noie.
* Parent de Colbert. (Voir I, Gtnéal"i;ir, 677.) — Il eul la direction des places fortes de Picardie et de Champagne jusqu'au mois de mars 1671. Les principales étaient : Calais, le fort de Nietrfay, Ardres, Boulogne, Mouthulin, Doullens, Rue. Péronue, Sainl Quentin. I.n CalnlH. Main. Cui*.. |,a CapHIe,
Loon, Rocroi el Corbie. — C'esl sans doule le même que nous retrouvons plus lard sous le nom de Chertcmps du Moussel, trésorier de France au bureau des finances de CWIons. (Voir IV, /foutes et Canaux, page 5 19, noie.)
3 II y a ici une lacune de cinq imitées. Nous n'avons pu retrouver le» volume* contenant In de ififî'i à if)<W|.
ment dans ce commencement à bien connoistre toutes choses, afin de vous acquérir en peu de temps de l'expérience et vous rendre capable de bien servir en cette fonction. Surtout pénétrez, par toutes sortes de moyens, les friponneries «pie l'on a accoustumé de faire dans ces travaux, afin de vous en garantir, et faites en sorte que le roy soit bien et fidèlement servy.
il est aussy nécessaire que vous preniez toutes sortes de précautions pour rendre les ouvrages solides.
Appliquez-vous à bien connoistre tous les différens efforts que la mer fait dans son flux et reflux et les ouvrages que l'on peut opposer pour conserver les lieux quelle attaque, comme aussy pour vider les ports et les rendre capables de recevoir les vaisseaux tant de commerce que de Sa Majesté; cette partie estant très-essentielle aux fonctions de vostre employ et à tous ceux que je pourray vous donner à l'avenir.
Il est nécessaire que vous alliez plus vite à visiter, ordonner et faire les marchés des ouvrages de chacune place, afin que l'on puisse travailler en toutes en vostre absence ; et dès lors que vous aurez mis les ouvrages en train en toutes, vous les visiterez chacune avec plus de loisir.
Examinez soigneusement les talens de tous ceux qui ont esté employés, ou que vous emploierez, et prenez garde de ne vous servir que de gens fidèles et intelligens; il sera nécessaire que vous choisissiez un bon ingénieur pour vous servir partout,
Il faut écouter tout le monde et particulièrement les principaux officiers qui doivent défendre les places, d'autant que vraisemblablement ils doivent mieux les connoistre que d'autres ; mais il faut aussy se donner de garde d'eux parce qu'ils voudraient que toutes les dépenses se fissent dans leurs places.
Observez surtout qu'il faut bien entretenir les ouvrages faits cv-devant et empescher qu'ils ne dépérissent.
M. le comte de Charost 1 m'a dit que vous ne faisiez estât que de travailler aux ouvrages de la mer; mon intention est que vous visitiez aussy les ouvrages pressés de la ville, citadelle et fort de Nieulay 5, et que vous fassiez travailler à ceux qui ne peuvent souffrir aucun retardement, en me donnant avis de la dépense qu'il faudroil faire pour cela.
Mon intention générale sur toutes les places est de faire cette année les ouvrages qui ne peuvent souffrir aucun retardement sans causer quelque ruine considérable jusqu'à la concurrence des fonds que j'ay faits , et mesme davantage, s'il est nécessaire, et pourvoir solidement à tous les entretènemens, et à l'égard de tous les autres ouvrages nécessaires, d'en
1 Oouvimiur de Picardie. — 1 tVlit fort près «le Calai».
faire des mémoires fort exacte pour les faire on deux ou trois années suivantes.
Examinez si le sieur Regnier-Jausse vous est nécessaire, et en ce cas, il faut le faire travailler à 3oo livres par mois, sinon il faut le licencier '.
Il est bon que vous me fassiez faire des plans de toutes les places que vous visiterez. Prenez garde qu'ils soyent tous d'une mesme grandeur et orientés.
( Artb. de* Pool* «t eba .usées, Corrnpondaun d* CoU*rt. i069. fol. 1.)
9 — Al CHEVALIER DE CLERVILLE,
COMMISSAIRE (îK.MittAL DES FORTIFICATIONS.
Saint-Germain, iti may i60y.
J'ay reçu voslre lettre datée de Bordeaux, le 10 de ce mois; je dois espérer que voslre voyage aura enfin réduit l'esprit du sieur Desjardins 2 et qu'à l'avenir il exécutera ponctuellement les résolutions que vous aurez prises. Je crois que vous avez bien fait de le laisser encore, nonobstant la liberté que je vous avois donnée de l'osier; mais, s'il manque à l'avenir, j'estime qu'il ne faudra plus luy pardonner. J'écris aux sieurs de Logerie et Lombard 9 de prendre garde de près à sa conduite, afin que si ses emportemens recommencent, je puisse y apporter un prompt remède.
1 Voir pièces n" 3 cl to.
1 Desjardins était l'ordonnateur des dépenses des travaux du Châleau -Trompette, a Bordeaux. Il était d'humeur diflirile et désagréable. 4près l'avoir averti bien des fois de se corriger, Clervillc finit par se plaindre à Colbert, qui le destitua de son emploi. A cette nouvelle, Clciville avait écrit au ministre, le *.i décembre ■ 668:
«J'ay délivré l'ordre du Roy au sieur Dcsjardins, qui l'a reçu avec toute la soumission possible. Mais parce que, pour l'exécuter et pour transporter bien loin sa famille qu'il a aussy fait venir icy de bien loin, la saison est fort rude et ses moyens sont Tort courts, je ne puis. Monseigneur, que je ne vous représente, et par commisération de son âge et par le n>olif de ce que je souffre en mon particulier de l'exemple de sou malheur, que, s'il a eu beaucoup d'emportement dans sa conduitc.il n eu Iteaiiroup de soins et d'activité pour nos Ira
vaux , et qu'il a avancé dans le lieu le plus ingrat et le plus incorrigible qui soit au monde une grande quantité de beaux ouvrages dans lesquels tout autre que luy se se roi t laissé épouvanter des difficulté* qui s'y rencontroient, et qu'enfin ayant pour lo moins autant mérité par sa vigilance et son habileté qu'il peut avoir démérité par ses i-ébellions et par ses caprices, il est assurément digne de quelque charité. Partant, si vous croy ci qu'il en puisse espérer quelqu'une de la bonté du Hoy, je vous supplie de me faire l'honneur de me le mander, afin que je le dispose à la recevoir, telle qu'elle soit, avec la gratitude qui se doit; sinon, que je le résolve à souffrir ses malheurs, en expiation des mécontentvtiicus qu'il a donnés au Roy, il vous et a tout le monde par sa bicarré et mcsrhanle conduite." (5oo Colbert , \o\. m3, fol. 8ç>.)
3 II y avait deux Lombard , le père cl le fils. Ions deux ingénieur» et employé, roni me ron-
Lestât auquel vous avez trouvé les ouvrages du Château -Trompette peut donner quelque satisfaction d'un coslé; mais je vous avoue que la prodigieuse dépense 1 et le temps qu'il faut employer à la perfection de cet ouvrage donnent aussy bien du dégousl. J'estime qu'il est absolument nécessaire pour le service du roy que vous visitiez cette place trois fois l'année jusqu'à son entière perfection, afin de tenir toujours en bride l'esprit emporté dudit Desjardins.
J'approuve fort que vous ayez restably les marchés à prix faits, nonobstant toutes les oppositions de Desjardins; ne doutez pas que l'avantage, le bon mesnage et la netteté à l'égard des finances du roy ne se trouvent beaucoup plus grands de cette façon qu'en faisant travailler à journées. Il faudra seulement bien prendre garde que cet establissement ne puisse estre changé par le sieur Desjardins.
Je suis bien satisfait que vous ayez trouvé les bastimens de Rochefort en bon estât, et que les défauts qui s'estoient trouvés à celuy de la corderie ayent pu estre réparés; j'aurois esté bien ayse d'avoir un plan général de tous ces ouvrages, en y faisant marquer par différentes couleurs les ouvrages faits et ceux à faire 2.
( Areb. de» Pont» et ebausaées, Corrttpondanre de Colbcrt, «6G9 , fol. 7.) -
! râleurs , dans les fortifications. — Lombard père était charge des ouvrages de Blaye, et Lombard fils des ouvrages de Bordeaux et de Bayonne. (Voir III, Marine, page 77.)
1 Dans cette dépense figure l'indemnité accordée aux propriétaires dépossédés pour les travaux du Château -Trompette. Consulté par Daguesseau sur le mode de répartition, Colhert lui répondit le 5 décembre 1670 :
« Comme vous estes sur les lieux , vous pouvez pins facilement travailler que moy A un estât de distribution de la somme de 1 00,000 livres que je feray payer Tannée prochaine, c'est-adirc, ou également à tous ceux dont les maisons sont démolies, chacun à proportion du prix de sa maison, ou bien à ceux qui en ont le plus besoin ou dont les maisons sont rasées depuis plus de temps. \ous pouvex faire estât que je feray payer toutes les années la somme de 100,000 livres jusqu'au parfait payement du total. . . » ( Dép. conc. le eomm. 1670, fol. 16a.)
* Pour satisfaire au désir exprimé par le ministre, Clerville lui apporta, en venant à Paris, les plans de l'arsenal de Rochefort. Après examen, Colbert y trouva beaucoup à redire; aussi écrivit-il, le 7 avril 1670,8 l'intendant de Terron :
n Je vous avoue qu'y apnt fait plus de réflexion que je n'a vois encore fait, j'ay trouvé toutes les parties trop divisées. La forme ne servira qu'avec de grandes difficultés, parce qu'elle est trop éloignée du bourg et de l'arsenal. La corderie de mesme. Pour la fonderie et le magasin à poudre, il est bon qu'ils soyent éloignés à cause des accidens qui en peuvent arriver. La cour entre les deux grandes rangées de logemens et de magasins que je trouve de 1 00 toises de large sur a6o de long est assurément trop grande , et ir faudra la disposer d'une autre façon. J'examtueray encore lu tout et vous en feray sçavoir mon sentiment..." ( Dtp. cone. lamar. 1670, fol. îfi'i.)
KORTIFIC.VTIONS. 13