AU SIEUR CHERTEMPS
DIRECTEUR DES PLACES DE PICARDIE ET DE CUAMPAG>K
Saiut-Gcrmain, ai may ifitiy.
Comme je vois dans vos estais beaucoup d'ouvrages contre la mer, je suis en peine si vous avez auprès de vous quelqu'un assez habile pour s'y bien connoistre, afin que vous ne fassiez rien d'inutile, estant très-difficile de bien connoistre les différens efforts que la mer fait et les ouvrages qu'on luy peut opposer; d'autant plus que cela change souvent par la quantité des sables qu'elle traisne avec elle et par les différens vents. C'est à vous à vous appliquer de telle sorte que vous vous y puissiez rendre habile.
Kaites-moy sçavoir quelles personnes vous establirez, ou en chacune ville ou en deux ou trois les plus proches, pour prendre soin de tous les travaux, et prenez garde de ne vous conffer qu'à des personnes fidèles et intelligentes. Il me semble que vous pourrez establir une personne fidèle pour avoir soin des places de Calais, Ardres, Boulogne, Monthulin 1 et Montreuil. Il faut obliger celte personne à faire sa résidence actuelle à Calais et à visiter les autres tous les huit ou au moins tous les quinze jours, et ainsy diviser toutes vos places en quatre ou cinq départemens; mais surtout souvenez-vous qu'il est nécessaire que vous alliez vite pour establir tous les travaux, et ensuite que vous les visitiez souvent, vu qu'il n'y aura que la grande application qui vous donnera l'expérience nécessaire pour bien servir le roy dans cet cmplov.
Si le sieur Regnier-Jausse ne vous est point nécessaire, vous pouvez luy faire payer 3oo livres pour son voyage du Havre à Calais et deux mois d'appointemens , à raison de 3oo livres par mois, et le licencier. Mais surtout il faut chercher un habile ingénieur qui aille avec vous et qui vous instruise.
Prenez bien garde que tous les officiers fassent chacun leur fonction , particulièrement le trésorier, et qu'aucun homme à vous ne manie de l'argent; défiez-vous toujours des commis dudil trésorier, faites-leur rendre compte souvent et tenez toujours par devers vous un petil registre en bonne forme.
Pourvu que vous observiez bien le contenu en mes instructions et en mes lettres, et que vous ayez une grande application, vous vous rendrez capable de servir utilement.
( Arcli. des Ponts et chaussée», Corretpondanc« de Colbert, 1669, fol. 9. ) 1 Point fortifié dans !«• Boulonnais; il n'en nulc plus de trarrs.
Il —Al SIEUR CHERTEMPS,
DIRECTEUR DES PLACES DE PICARDIE ET DE CHAMPAGNE
De. . . 19 juillet 1669.
J'ay reçu vostre lettre du 7 de ce mois, avec le mémoire des dépenses à faire pour achever les ouvrages de la fortification de Saint-Quentin et le devis des ouvrages de Rocroi auxquels vous faites travailler. Quoyque j'approuve ce travail , vous devez pourtant observer à l'avenir de ne faire travailler qu'aux seules places pour lesquelles j'auray fait des fonds; à l'égard des autres, lorsque, par la visite que vous en ferez, vous trouverez qu'il y aura nécessité d'y faire travailler, en m'en donnant avis, je vous donneray les ordres de ce que vous aurez à faire , et en mesme temps je feray le fonds pour l'exécution des mesines ordres.
J'ay vu le mémoire des travaux de Saint-Quentin; et comme je n'ay fait fonds que de 90,000 livres, je suis persuadé que vous employerez celte somme à continuer le revcstissemcnl du bastion du Colombier; mais je n'en peux rien apprendre par voslrc lettre, non plus que d'une infinité d'autres choses qu'il est absolument nécessaire que je sçache.
Il faut vous appliquer à me rendre, par vos mémoires, plans et profils, tout ce que vous faites si clair que je puisse le connoistre dans mon cabinet comme si j'estois présent sur les lieux avec vous, et que je puisse porter le tout au Roy avec la mesme clarté. Pour cet effet, il auroit esté nécessaire que vous eussiez fait faire un plan et un mémoire par lesquels on eust pu connoistre Testât auquel estoit cette place lorsque vous y estes arrivé, les bastions revestus et parfaits, ceux qu'il faut relever, les bastions commencés qu'il faut achever, les ouvrages de terre et de maçonnerie qu'il faut changer pour en substituer d'autres plus parfaits en leur place, et que le tout fusl distinctement marqué dans le plan par des couleurs différentes et par les profils, afin que je puisse entendre le tout clairement et facilement et l'expliquer de mesme au Roy .
Outre cela , il auroit esté nécessaire que vous m'eussiez envoyé le mémoire du prix des ouvrages que vous voulez faire faire au bastion du Colombier et de leur qualité, ensemble de lestai auquel ils sont à présent; si les fondations seront de maçonnerie ou pilotis; de quelle épaisseur, hauteur et matières. Vous voyez bien qu'il y a beaucoup à dire que vous ne m'ayez éclaircy de toutes ces choses. C'est à quoy vous devez bien vous appliquer à l'avenir.
Comme les deux places de Saint-Quentin pour la terre et de Calais pour
la mer sont les deux plus importantes de toutes celles qui sont commises à vos soins, il est aussy nécessaire que vous leur donniez plus d'application qu'à toutes les autres. C'est pourquoy, aussytost que vous aurez demeuré à Saint-Quentin autant de temps qu'il est nécessaire pour me donner les éclaircissemens que je vous demande, ne manquez [tas de prendre aussytost le chemin de Calais, en visitant dans vostre route toutes les places auxquelles vous faites travailler.
Vous ne m'avez point encore envoyé les noms de ceux auxquels vous confiez le soin des ouvrages de chacune place en vostre absence. Envoyezmoy ce mémoire au plus tost 1 et donnez-leur ordre de m'informer toutes les semaines de Testât des ouvrages.
Souvenez-vous de visiter tous les magasins d'artillerie et des poudres en chacune place , et faites-les restablir en bon estât.
(Arch. d«* Pont, et chaussées. Corrrspondnce de Cotorrt, 1669, fol. 43.)
De ...10 aoust 1 669.
J'apprends, par vostre lettre du 5 de ce mois, que vous partez de Saint- Quentin pour visiter toutes les places qui sont sur vostre route jusqu'à Calais; sur quoy je vous diray qu'il est non-seulement nécessaire que vous me rendiez compte de Testât auquel sont tous les travaux qu'on a entrepris cette année, mais aussy que vous fassiez des mémoires et devis des ouvrages qu'il faudra faire la prochaine dans toutes celles dont vous avez le soin.
Pour cet effet, vous pourrez demeurer à ce voyage jusqu'au 8 septembre, observant de vous mesnager douze ou quinze jours pour résider à Calais, afin de voir avancer tous les travaux en voslre présence, et vous appliquer particulièrement à bien connoistre la manière dont il faut construire ceux
1 Colbcrt n'ayant pas encore reçu ce mémoire le 6 septembre suivant, lui écrivit :
» Les ouvrages qui se font pour les fortifications dans les place» de voslre département estant de la conséquence que vous sçavcx, vous juga bien qu'il importe d'en donner la conduite à des personne* qui ayenl le» qualités requises pour s'en bien acquitter. C'est pourquoy je seray bien a y se d'eslrc informé des noms de tous yoiis en avci conlié la conduite
en vostre absence, par qui ils ont este recommandés, et ce que vous avci reconnu, depuis le temps qu'ils servent, de leur fidélité et capacité. Ayez toujours l'œil ouvert pour les éclairer et maiidez-nioy de temps en temps ce que vous aurex découvert de leur bonne et de leur mauvaise conduite, afin qu'en les connoissant, je puis»* procurer quelque avantage, à ceux qui serviront bien et punir ceux qui feront le contraire. .. * (Correnp. ffo Colherl, fol. 83.)
qu'on oppose à la violence de la nier pour se parer de ses efforts. Comme je m'assure <|ue vous aurez pris une connoissance aussy parfaile que je le désire de loules choses, dans le lemps que je vous ay marqué cy-dessus, vous ferez encore une dernière visite de toutes le.s places dont vous avez la direction et ensuite vous vous rendrez à Paris, au mois de novembre, pour résoudre promptement tous les marchés de Tannée prochaine; après quoy, vous vous en retournerez au plus tosl sur les lieux afin de les conclure avec des entrepreneurs qui puissent faire des amas considérables de matériaux pendant l'hyver, pour commencer leur travail dans le mois de février, ce qui sera d'autant plus considérable que, par ce moyen, vous pourrez en avoir meilleur marché et profiter de la belle saison.
Je vous feray tenir des fonds pour les ouvrages de la réfection de la digue de Hesdin et pour ceux de la ville de Laon, aussytost que vous m'aurez envoyé des mémoires exacts de la dépense que vous y faites faire.
Le sieur Ferry vous ira joindre dans quelques jours à Calais avec une lettre de créance, afin que vous ne fassiez pas difficulté de luy donner part des connoissances que vous avez acquises, et que vous l'instruisiez comme un jeune homme de bonne inclination duquel le service sera de quelque utilité, sçachanl assez bien dessiner. Si vous le jugez assez capable, il pourra demeurera Calais, où vous l'occuperez à prendre soin des travaux qui s'y font, luy faisant voir les marchés et devis qui sont passés; et si vous remarquez qu'il ayt assez de génie pour se rendre habile, je l'cnverray cet hyver en Hollande pour lever les plans de tous les ports et places de ce pays-là.
Ce pendant observez plus régulièrement à l'avenir l'ordre que je vous ay donné d'orienter vos plans, n'y en ayant pas un seul qui le soit, comme aussy de faire toutes vos eschellcs sur un seul pied1.
( Arcb. de» Pont» cl euauwée», Corrt$porut*n<* de Colbtrt, 1669 , fui. 60.)