A M. DE MOYENNEVILLE
IKTESDAfiT DES FORTIFICATIONS.
Saint-Germain. «g novembre 1675.
J'ay reçu vostrc lettre du 31 de ce mois, ensemble les estais de la dépense qui a esté faite cette année au Monthulin et à Boulogne; et comme vous me marquez qu'il est nécessaire que le sieur Ferry aille sur les lieux pour les régler encore plus particulièrement, et tous les travaux qu'il faudra faire pendant cet hyver et l'année prochaine, je luy donne ordre de vous aller trouver le plus tost possible. Ainsy il sera à propos que vous l'attendiez dans ces places jusqu'à ce qu'il y soit arrivé, et ce pendant que vous fassiez travailler aux ouvrages de terre avec grande diligence et surtout à ceux d'Ardres, afin de les finir, s'il se peut, dans les quatre mois de cet hyver.
A l'égard des ingénieurs, vous pouvez oster sans difficulté celuy de Monlrcuil, comme vous me le proposez, et envoyer à sa place le sieur Lemaire qui a soin des travaux de Calais, et establir à Calais cl à Ardres le
> Dès le mois d'avril, Colberi avait informe nez doubler les s8 nouvelles caserne* en les l'intendant du désir du Roi d'augmenter la par- élevant et que vous fassies adosser les quatre
idu Cbâteau-Trompclle; le 1 1 décembre, que vous proposez contre la Noire, afin de pou-
il lui écrit encore : «Sa Majesté veut que Ton <• voir loger t,5oo soldats de garnison et mesme
commence A raser toutes les maisons qui se 1,800 eu cas de besoin, en les pressant un
trouvent sur le glacis de la contrescarpe et sur peu.» (DépAt «/*» /«rtjf. ifi^ii. fol. 3i3.) l'esplanade. Elle approuve aussy que vous fas-
sieur Dupuy', qui pourra bien avoir soin de ces deux places, estant fort proches l'une de l'autre.
Je ne puis donner de résolution sur la proposition de hasarder les bélandres sans escorte. Si les entrepreneurs le veulent faire, c'est à eux à prendre leurs mesures; mais je n'entends point ce que vous voulez dire3: qu'on donne à Dunkerque une pistole d'une sorte de moellon , de doubles carreaux et de la pierre à chaux , ne sçachant pas si c'est pour la seule voiture, ou si c'est pour la pierre et la voiture ensemble; et si le Roy porte cette dépense d'une pistole au delà du prix du marché fait avec l'entrepreneur, en ce cas, je la trouverois bien forte*. Comme vous ne m'en dites rien, il est difficile de vous faire une réponse certaine sur une chose aussy incertaine que celle-là. Cependant, de quelque façon que ce soit, il ne faut pas différer un moment de cet hyver à faire les amas de matériaux nécessaires, afin que tous les travaux avancent dès le commencement du printemps prochain avec toute la force et la vigueur possible.
MM. les ducs d'Aumont et de Charost m'ont promis de donner les facilités que vous pouvez désirer; ainsy, pour peu que l'entrepreneur veuille hasarder les bélajtdres, il sera facile de s'accommoder avec luy, d'autant plus qu'il y aura peu à craindre de Boulogne à Calais durant cet hyver. Je vous ay desjà fait sçavoir que j'avois ordonné au trésorier des fortifications de vous envoyer un fonds de -20,000 livres; ainsy l'argent ne vous manquera pas.
Une des principales applications que vous devez avoir est de prendre soigneusement garde que les ouvrages de maçonnerie, charpenterie, terre et gazon des places dont vous avez soin ne retombent jamais en Testât qu'ils esloient lorsque le Roy a commencé à y faire travailler. Vous en connoissez la conséquence; c'est- pou rquoy je ne crois pas avoir rien à ajouter à cet ordre pour vous obliger à l'exécuter exactement.
1 Dupuy de Mondragon avait été recoin- ' Ce n'était pas la première fois que Col-
mandé par le duc de Monlausier à Colbert, qui bert reprochait à cet intendant de ne pas se
lui donna une commission d'ingénieur pour faire comprendre. Quelque temps aupi
la place d'Ardrcs, le 3 mars iCi-jh. En en- il lui avait déjà écrit : voyant Dupuy a l'intendant des fortifications, «A l'égard de l'estimation que vous
Colbert lui disait : faite desmaisonsqui ont estédémob'esà Ardres.
«Quoyque je ne le connoissc pas assez pour à 4o sols le pied courant, je vous avoue que je
en répondre , M. de Montausicr m'a assuré qu'il ne comprends pas ce que cela veut dire et qu'il
: de capacité et la solidité suffisante est nécessaire que vous tons expliquiez plus
pour le service." clairement pour me le faire 'entendre. Je ne
Dupuy servit aussi comme ingénieur, en sçais si c'est le pied de face sur rue, ou de
1 688 , A Philipsbourg, et comme directeur des quelle autre manière vous prétendes faire celle fortifications d'Arras. Hesdin, Rapaume et estimation.* — Voir aussi pièce n* 1 76. Béllmnc. en 1 #>•><»- 1 Voir pièce n* 1 Ao.
A Pégard de l'exemption des logemens de gens de guerre pour les entrepreneurs des travaux des places, il faat que vous me fassiez sçavoir leur* noms, afin que je puisse expédier les ordres qui seront nécessaires pour cet effet; mais vous devez bien prendre garde que, sous ce prétexte, les principaux bourgeois des villes no cherchent à s'exempter des logemens'.
(MpM duforlifitttioDi. Mm. »o^, i675. fol. >97.)
M6. — AU SIKUR MQUET,
INGKMEtR.
Saint-Gerniiiin, ag novembre i675.
J'ay esté surpris de voir, par voslre lettre du 19 de ce mois, que vous demandez 65, 000 livres par mois pour l'amas des matériaux des ouvrages à faire l'année prochaine à Metz.
Si j'avois à bastir le Louvre, il ne me faudroit pas tant d'argent ! Ainsy il sera à propos que vous corrigiez ce mémoire, et qu'à l'avenir vous observiez de n'en point envoyer que vous ne les ayez communiqués à M. de Morangis.
A l'égard des employés aux travaux de Metz, il faut les réduire pendant cet hyver à deux ou trois au plus; et pour Tannée prochaine, retrancher moitié de ceux qui ont servy la présente, y en ayant eu beaucoup plus qu'il ne peut estre nécessaire, et la dépense ayant esté trop forte.
(DépAt de* forcerions, Mm. ao5. i675. fol. 3oo.)
Saint-Germain, i i décembre ifi~5.
J'ay reçu vostre lettre du 3 de ce mois, ensemble le mémoire des ouvrages qui ont esté faits cette année à Verdun et de ceux qu'il faudra y faire l'année prochaine pour l'exécution des projets de M. de Vauban. Mais je vous avoue que j'ay esté fort surpris de la proposition que vous me faites de changer les dessins dudit sieur de Vauban, et de substituer à leur place des ouvrages que vous produisez de vostre chef.
Sçachez que ce n'est point à vous à toucher aux ouvrages du sieur de Vauban, sans son ordre exprès, et vous devez encore travailler à estudier
1 Voir pi*re n* i *a , ilernitr par«graph«.
\i>>2 FORTIFICATIONS.
dix ans sous luy, auparavant que vous puissiez concevoir une aussy bonne opinion de vous.
Ainsv ce que vous devez faire, c'est de vous attacher, ponctuellement et à la lettre, à faire exécuter les plans et mémoires dudit sieur de Vauban, sans jamais vous en départir pour quelque cause et sous quelque prétexte que ce puisse cslre1.
(Dépôt des fortification» , Mm. *o5, tfi-5, fol 3n.)
1'.8. — A M. DE MOYENNEVILLE,
ISTE.M)A>T DES FORTIFICATIONS
Saint-Germain. ^7 décembre 167a.
Je suis bien ayse de voir, par vostre lettre du m de ce mois, que vous estes arrivé à Calais. Sur la proposition que vous dites qu'il y aura difficulté de faire voiturer du moellon à Ardres sans de grandes escortes, vous pouvez bien juger que je ne puis rien vous dire sur cela. C'est à vous à prendre vos mesures avec les gouverneurs et à les presser de donner aux entrepreneurs les facilités nécessaires pour ces voitures, et vous-mesme vous adresser pour cet effet à M. de Romecourl2 qui commande les troupes du roy en ce pays-lù. Mais de quelque façon que ce soit, cherchez tous les expédiens possibles pour faire ces amas de matériau* pendant l'hyver pour le reste de la maçonnerie qui est à faire à Ardres, et surtout surmontez toutes les difficultés pour en venir à bout.
1 Poutaé sans doulc par le désir de se faire connaître, Niquct n'en continua pas moins n faire des changements dans tes dessins de Vauban. Colbert «irrita de voir un ingénieur montrer si peu de respect pour ses ordres, et il écrivit, le 19 septembre 1676, à l'intendant de Metx:
«Je suis obligé de vous dire que, voyant sur Pestât des travaux du sieur de Vauban que le sieur Niquet change beaucoup de choses dans ses dessins, vous devei empeacher formellement qu'il ne le fasse. Et s'il luy arrive jacnain de remuer une pelletée de terre que conformément au mémoire dudit sieur de Vauban, il sera rappelé un quart d'heure après que je m'en seray aperçu. Vous pouves facilement juger où cet homme, qui n'est jamais sorty de Paris, au moins pour une fortification de place, ou pour faire quoique fonction d'ingénieur, peut «voir
pris la hardiesse, pour ne pas dire l'effronterie, de corriger un homme d'un aussv fjrnnd mérite et d'une expérience auasy consommée que ledit sieur de Vauban. C'est particulièrement à cela que vous devex tenir la main...* (Dépôt drtjorlif. 1 67G , fol. 1 9 1 .) — Voir pièce n* 171 et note.
* Antoine de Romecourt, seigneur de Sucemont , capitaine dans l'armée de Turcnne en 1 658 , maréchal de camp en 1 667. Grièvement blessé dans la campagne de Franche-Comté. Pour le récompenser de ses services, le Roi le nomma, en 1675, brigadier général de toute sa maison et lui donna te gouvernement du châleau de Boulogne. Créé plus lard capitaine do* plaisirs du roi dans les chasses de Bastigni. Il fut tue dans le Boulonnais, étant alors lieutenant général des troupes de relie province et de la frontière de Picardie.
Je vois, par ce que vous ni écrive* des difficultés de la voiture des matériaux à Calais, que nous passerons l'hyver tout entier, vous à m'écrire et moy à vous faire réponse sur ce point, sans rien faire autre chose que récrire et récrire. Mais comme le service du roy ne peut pas compatir avec toutes ces écritures, et qu'il faut de l'effectif, c'est à vous à chercher les cxpédiens qu'il faut pour cela, et à les faire exécuter sans aucune remise. Pour cet effet, vous devez vous adresser à celuy qui commande dans Calais, qui a assez d'intérest à la fortification de la place pour trouver avec vous des expédions pour faire que ces voitures se fassent scureroent; et pour peu que vous vouliez vous informer de ce qui a esté fait avec les entrepreneurs de Dunkerque, vous trouverez que l'on esloit convenu avec eux de payer une somme modique de chaque bélandre qui seroit prise par les ennemis.
Vous pouvez facilement faire la mesme chose, mais il faut conclure sans retardement.
(lMpUto fortificaùous. Mm., aoâ. »675, fol. 3sv)
Saint-Germain. «3 janvier 1676.
Pour réponse à vostre lettre du 16 de ce mois, le Roy consent que vous donniez 1 1 livres pour chacune toise de moellon et pierre à chaux que les entrepreneurs des ouvrages de Calais feront voiturer de Boulogne et mettre a pied d'oeuvre, et ce pour tout risque de mer, de mesme que vous m'avez écrit que cela se faisoit à Dunkerque, en sorte que vous n'avez plus besoin de la barque du capitaine Selingue1. Lorsque vous aurez fait cette convention avec lesdils entrepreneurs, et que vous me l'aurez fait sçavoir, j'enverray l'ordre à ce capitaine de se retirer à Dunkerque ; et en cas que les entrepreneurs fassent ce marché , Sa Majesté aura toujours à Dunkerque le mesme armement qu'elle a accoustumé d'y avoir, mais elle ne tiendra pas une barque a Calais. Ainsy vous avez à choisir, ou de faire le marché à 1 1 livres par toise5.
11 auroit esté bien nécessaire que vous eussiez arresté plus tost les eslats des dépenses qui ont esté faites à Calais, Boulogne, Monfhulin, Montrcuil , sans attendre ce mois. Vous sçaurez que vous estes le seul qui n'ayez point satisfait en ce point à ce que le Roy désire. Une autre fois, appliquez-vous à les arrester dès le mois de novembre et à me les envoyer avant la fin de
' Capitaine de frëpale en 1C78, de \ai»- * Celle phrase, qui narall im<W*>, ert
wnn t»n tfiq.l. Morl l« a i dVcerobre 1698. conforme au manuscrit.
m FORTIFICATIONS.
l'année, en sorte que Sa Majesté les puisse voir avant la fin de chacune année.
(Dépit des fortification*, Mm. »o5. 1676. fol. i3.)
INTENDANT DES FORTIFICATIONS
SainMirrtnain, a 3 janvier 1076.
J'ay esté surpris d'apprendre, par voslre lettre du i 6 de ce mois, la chute de l'une des faces de la demy-lune de Bartecourt de Mézières, vu qu'il me semble que ces accidens n'arrivent pas d'ordinaire; et vous ne dites pas mesme, par vostre lettre, si c'est une vieille ou une nouvelle maçonnerie, et pour quelle cause elle est tombée, ce qu'il est pourtant trèsimportant de sçavoir pour en rendre compte au Roy.
Si c'est une vieille maçonnerie, il faut nécessairement qu'on l'ayl chargée de terre depuis peu au delà de ce qu'elle en pouvoit porter; et si la maçonnerie est nouvelle, ce doit estre à l'entrepreneur qui l'a faite à la réparer. J'altendray sur cela de vos nouvelles , et une autre fois ne manquez pas de m'en dire toujours le détail. Ce pendant donnez une application tout entière à faire faire les déblais des terres; faites visiter celte ruine par les experts que vous aurez sur les lieux, et envoyez-raoy un procèsverbal qui en contienne les causes.
A l'égard du mémoire qui vous a esté envoyé d'icy et sur lequel vous avez envoyé des éclaircissemens , on prétend que ce qui a esté payé en pain et en gratification aux corvées excède ce qu'il auroit cousté, quand mesme vous l'auriez fait faire par entrepreneur. Vous devez bien prendre garde h l'avenir qu'il n'arrive pas de pareils désordres.
(Dépôt des fortifications. Mm. ao5, 1670, fol. 17.)