‹ Lettres, instructions et mémoires de Colbert (volume 2)Chapitre 17 sur 470 · AU SIEUR CHERTEMPS · texte numérisé non relu

AU SIEUR CHERTEMPS

* DIRECTEUR DES PLACES DE PICARDIE ET DE CHAMPAGNE

Saint-Germain, 37 septembre 1670.

Pour répondre à vos lettres des ao et a 6 de ce mois, je vous diray que je ne veux point de discours généraux touchant les travaux ordonnés par le Roy pour la fortification de Saint-Quentin, et que mon intention est, comme je vous ay dit et mandé plusieurs fois, que vous les visitiez pied à pied en lisant et examinant en mesme temps le mémoire que le sieur de Vauban a dressé pour l'exécution des ordres de Sa Majesté , afin que , si vous avez quelques difficultés à cet égard, pareilles à celles que vous eustes devant moy, vous les puissiez faire résoudre par le sieur de Vauban avant de commencer ces ouvrages.

Pour cet effet, vous ne partirez point de Saint-Quentin que vous n'ayez dressé un mémoire général desdits travaux dans lequel vous expliquerez en détail toutes choses, toutes les difficultés que vous pourrez prévoir dans leur exécution, et particulièrement de quelle longueur il faudra que les pilotis soyent; s'il sera besoin de les ferrer ou non ; de quel poids il sera nécessaire que la masse de la sonnette soit; par combien d'hommes il faudra qu'elle soit tirée et de combien de coups il faudra les frapper pour les enfoncer jusqu'au refus.

Comme ces connoissances ne se peuvent acqu rir qu'en faisant sonder les endroits qui doivent eslre pilotés, vous ne manquerez pas d'exécuter ponctuellement l'ordre que je vous en donne, et ensuite de m'envoyer une copie du mémoire que vous aurez dressé, afin que je puisse ronnoistre

par moy-mcsitic si vous entendez celuy du sieur deVauban aussy parfaitement que je le désire1.

Je serois bien ayse de sçavoir jusqu'où on porte les terres du rideau que Ton rase devant la tenaille de Rémicourt, afin de juger si les 3 livres 10 sols que vous donnez pour chaque toise cube n'est pas un prix trop fort. Appliquez- vous toujours à diminuer la dépense, à faire avancer les ouvrages avec diligence et solidité, et à vous rendre plus capable en ces matières que les habiles architectes et maçons.

Puisque le sieur Garand3 est estably à Saint-Quentin pour prendre soin . des travaux qui s'y font, je trouve bon qu'il y demeure, pourvu qu'il soit capable, fidèle et zélé pour le service. Observez que tous les autres employés ayent les mesmes qualités, et de leur dire de me rendre compte souvent des travaux dont ils prennent soin. Ne manquez pas aussy de me mander l'estat auquel ils sont, afin que je puisse voir s'ils avancent tous d'une égale force.

(Dépit de« fortifications. Mm. «o6, 1670, fol. s»9 .)

INTENDANT D'ALSACE

Saint-Germain , 10 octobre 1670.

Le chevalier de Clerville m'a assuré que vous avez à présent tout ce qui est nécessaire, tant pour les travaux de Brisach que de Philipsbourg; et comme je luy envoyé voslre dépesche, en cas qu'il vous manque quelque chose, je suis persuadé qu'il vous l'enverra par cet ordinaire.

' Colbert vit sans doute, par le mémoire <|u*il reçut de Cherlemps, qu'une nouvelle visite de Vauban était nécessaire, car il écrivit à cet ingénieur, le 1 3 décembre suivant :

cQuoyque vous m'ayez écrit que dans peu de temps vous passera à Saint-Quentin, suivant que je vous en ay prié, pour en visiter les travaux, donner vos avis et faire part de vos lumières au sieur Cherlemps, je ne Jaisseray pas de vous lesmoigner encore par ce mot, que je serois bien aysc que vous voua y rendiez aussytost que vostre commodité vous le pourra permettre, parce que vostre présence y seroit fort nécessaire. Toutefois, je ne souhaiterois pour cela vous faire quitter les affaires que vous pouvez avoir à Dunkerque, mais seulement

que, lorsque vous serez à Ath ou que vous passerez proebe deSainl-Quonlin , vous preniez la peine d'y aller pour résoudre les difficultés que le sieur Chertemps peut avoir pour l'exécution du mémoire que vous avez dressé , sur tous les travaux a foire pour la fortification de ladite ville, en sorte qu'il puisse suivre exactement voî pensées dans la construction des ouvrages, cl par ce moyen, les rendre bons et solides. . . •» ( Dépôt de* fortif. 1670, fol. 3 1 9 .) — Voir pièce n" hg.

* D'abord contrôleur et inspecteur des travaux de Saint-Quentin jusqu'en 1679, il fut ensuite chargé des fortifications de Ham , Guise et La Fère. — C'est lui qui fit raser Le Calelel et le fort de Monthulin.

Il faut que je vous avoue que je trouve bien surprenant qu'encore que vous demeuriez d'accord d'avoir ce dont vous avez besoin pour Brisach , et qu'il y nyl plus de six semaines que le chevalier de Clerville est parly d'auprès de vous, il ne vous ayl pas plu, depuis ce temps, de me faire sçavoir si l'on y travaille; par quel ouvrage l'on a commencé; combien il y a d'ouvriers employés tous les jours; le travail qu'ils font par semaine. En un mot, je suis de vostre grâce dans une parfaite ignorance, tandis que tout le monde écrit icy ce qui se passe sur les lieux; quand il vous plaira de m'en informer tous les ordinaires, j'en seray plus satisfait, parce que j'en pourray rendre compte au Roy.

A l'égard des fermiers des domaines, il faut les maintenir dans le bail que mon frère leur a fait, et pour le surplus mesnager les choses en sorte que les fermiers généraux y trouvent leurs avantages; et comme je connois que ce sont de bonnes gens, je leur recommandera), mais il ne faut pas que voslre recommandation aille plus loin que la mienne.

(IWpM <l« {orlificalion», M»« *o5. 1670. fol aVi.)

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