‹ Lettres, instructions et mémoires de Colbert (volume 2)Chapitre 18 sur 470 · INSTRUCTION POLR LE CHEVALIER DE CLERVILLE · texte numérisé non relu

INSTRUCTION POLR LE CHEVALIER DE CLERVILLE

COMMISSAIRE GÉNÉRAL DES FORTIFICATIONS

(l'Ki-e oriKinal*.)

Sceaux, 1 1 orlo!>ro «670.

Le Roy, ayant ordonné au chevalier de Clerville de retourner en Alsace |K>ur faire mettre en bon train les ouvrages résolus par Sa Majesté en ce payslà, veut, premièrement, qu'il assiste à tous les marches qui se feront pour lesdits ouvrages et qu'il employé tout ce qui pourra dépendre de luy pour porter les entrepreneurs a en faire la meilleure condition qui se pourra, soit en levant par son industrie quelques-uns des obstacles de nature ou d'art qui les en pourraient empescher, soit en éclaircissant tellement la valeur de chacune des choses qui doivent entrer dans la construction desdits ouvrages que ces entrepreneurs soyent convaincus de l'équité des prix qui leur seront offerts.

Pour cela, il fera faire, de concert avec M. l'intendant d'Alsace, les vérifications particulières des sommes auxquelles peuvent revenir chacun des matériaux, tant en leur premier achat qu'en leur transport et en leur dernier employ, si ce n'est que la valeur de chacune de ces choses soit si palpableuient connue qu'il n'y ayl aucun doute à faire là-dessus.

Mais afin que rien ne manque aux formes qui peuvent érlaircir la rec-

u kohtikh:ations.

tilude qui doit estre gardée on ces ouvrages , le Hoy veut qu'ils soyent publiés à diverses fois en Ions les endroits où il se pourra trouver des entrepreneurs, et que l'adjudication en soit faite dans la maison des gouverneurs ou commandans, en leur présence, dans des formes si solennelles que personne n'y puisse soupçonner aucune fraude, et que dans tout le reste on observe pour l'appel des ouvriers, pour les payemens et pour les autres eboses dépendantes desdits ouvrages, tout ce qu'on a constume de pratiquer dans les ateliers de Sa Majesté. Cependant comme elle n'approuve pas qu'on fasse à la journée quoy que ce soit de ce qui se peut faire par entreprise, elle veut que toute sorte de transport de terre se donne à la toise, aussy bien que les maçonneries, si ce n'est qu'on en soit empesché par quelque indispensable nécessité.

Toutefois, comme des doutes naissent parmy les entrepreneurs sur les difficultés de quelques travaux qu'ils croyent estre plus malaysés qu'ils ne le sont dans l'exécution , Sa Majesté veut bien qu'on en fasse quelques petits essais à la journée, avec toute l'exactitude possible, afin de découvrir, par ce moyen, la juste valeur «le ces travaux-là, et afin que ceux qui entreprendront de les faire puissent suivre, dans l'accomplissement de leurs prix faits, les modèles de la petite partie qui aura esté faite à la journée, comme, par exemple, tout ce qui sera à faire dans les fondemens qui seront doresenavant à faire aux places de Brisacb et de Philipsbourg, où la résolution d'y fonder plus bas qu'on n'a cv-devant fait exige une plus grande excavation et un plus grand épuisement.

Mais parce qu'on ne peut pas bien régler la quantité des assises de pierres de taille qui sont à mettre au soubassement des murs, que sur la possibilité qu'il y aura de les fonder plus ou moins bas, et qu'il y aura peut-estre en travaillant quelque nécessité d'y faire quelque chose de plus ou de moins, Sa Majesté ne veut pas qu'on fasse, quoyque ù un mesme entrepreneur, des marchés en bloc et en tas, où la plus-value d'une chose soit censée devoir contrepeser la perte d'une autre, tant pour avoir toujours le moyen de faire ce que quelque besoin pourroit requérir pour une plus grande solidité desdits ouvrages, que pour avoir un plus grand éclaircissement de la valeur de chacune des choses qui seront entrées dans leur construction, à moins qu'on n'y trouvast quelque grand avantage pour Sa Majesté, après luy avoir donné avis de la raison qu'on auroit eue de ne pas séparer les choses qui sont de différentes espèces, et dont il paroist toujours mieux de convenir séparément que de les confondre dans des conditions où l'une ou l'autre des parties contractantes peut estre trompée, faute d'une suffisante connoissance de ce qu'il y a de plus ou rie moins à faire,

anssy bien que de ce qui doit estre d'une plus grande ou d'une moindre dépense.

Au reste, parce qu'il est quelquefois inalaysé qu'un entrepreneur de maçonnerie le soit aussy du pilotage et de la charpente, parce qu'il est suffisamment occupé* dans un seul de ces emplois, Sa Majesté juge qu'il est à propos et mesme nécessaire de séparer encore à Brisach et à Philipsbourg le traité du pilotage et des grillages, tant par cette raison que parce qu'ils ne doivent pas estre pratiqués par toutes les fondations d'une manière semblable, et qu'enfin l'on peut encore, par ce moyen, voir plus clair aux dépenses qui sont à faire aux ouvrages susdits. Toutefois, comme il pourroil arriver que les attelages des entrepreneurs des maçonneries leur donnassent quelque plus grande commodité à votturer les pilotis et grilles nécessaires aux fondemens de leurs maçonneries dans lesquelles doit estre compris la brique, la tuile, aussy bien que le moellon, Ton pourra, si on le trouve utile au roy, donner le prix fait dudil pilotage à ces entrepreneurs par un marché séparé , et non pas par une compensation «l'une chose qui vaudrnil plus ou moins qu'une autre du nombre de celles qui doivent entrer en la construction générale desdils ouvrages. .

Mais quoyque Sa Majesté permette que l'entrepreneur des maçonneries le puisse estre aussy, par un marché séparé, du pilotage et de l'excavation des terres qui sont à lever pour l'estoblissement des fondations, elle ne veut point du tout que ecluy qui le sera des maçonneries de Brisach, le soit aussy de celles de Philipsbourg. Pour cela, elle veut qu'on mette tout expédient en œuvre pour trouver des entrepreneurs diflérens dans l'une cl l'autre de ces deux places, et que non-seulement on y en attire par des assurances infaillibles de toute sorte de bons trailcmcns, mais, en cas qu'on n'en sçache avoir présentement qu'avec des conditions difficiles, elle entend qu'on travaille très-incessamment à en trouver de plus raisonnables, sauf à dédommager ceux avec lesquels on auroit cslé forcé de traiter avec des conditions trop dures, et à leur donner un honneste profit sur chaque toise, suivant la quantité d'ouvrages qu'ils auront faite.

Mais comme il ne suffit pas de bien faire connoistre par le détail, à ceux qui pouiToient prendre le marché desdits ouvrages, quel profit il peut y avoir, et qu'il leur faut ayder à trouver un gain assez honneste pour les pouvoir exécuter avec facilité et fidélité, Sa Majesté veut, pour cet effet, que ledit chevalier de Clerville estudic tous les moyens par lesquels ils pourront épuiser les eaux des fondations avec plus de facilité, et transporter avec moins de dépense les terres et autres matériaux qu'ils auront à transporter, et qu'enfin chacun de ceux qui seront préposés auxdits

ouvrages assiste les entrepreneurs, (nul généraux «|ii<* particuliers, «le (oui ce «|u i se pourra raisonnablement faire pour leur donner moyen de se bien acquitter de leurs entreprises, et pour ne pus tomber dans la nécessité de les abandonner.

Cependant , pour faciliter davantage le moyen de ne faire que le moins de travaux qu'il sera possible à la journée, il s'y fera des enebères de tous les marchés séparés qui seront indépendans de l'entreprise générale de la maçonnerie, comme du transport des terres qui sont à mettre dans le vide des bastions creux, ou dans le rehaussement des conlrescaqies, et l'on recevra toutes sortes de moins-disans, fussent-ils soldats de la garnison, avec promesse de leur payer les sommes qui leur seront dues, si petites qu'elles soyent, au fur et h mesure qu'ils auront travaillé, sans attendre que toute leur entreprise entière soit en estât d'une suffisante perfection. Bien entendu (pie, nonobstant leurs gardes et autres fonctions, ils donneront tel ordre à leur travail, par le moyen de leurs camarades ou autrement, qu'il soit mené d'ordre, comme s'ils n'estoient conduits que par un seul entrepreneur.

Mais afin que l'on puisse, en un mesme temps, travailler à tous les ouvrages depuis peu résolus par Sa Majesté, ou du moins aux plus pressans d'entre eux, les estats des dépenses qui ont esté faites celte année seront communiqués au chevalier de ('.lénifie pour libeller avec M. l'intendant d'Alsace celles qui doivent estre employées à chacun desdits ouvrages, suivant les fonds qui se trouveront entre les mains du trésorier des fortifications ou de son commis, sans qu'on puisse divertir à une chose ceux qui auront esté destinés à une autre, à moins que d'en avoir préalablement donné avis au Roy, et sans une très-urgente nécessité

(flibl. Iinp. M*s. noo Colbert, D^x>rkrt dn ehnntirr Je Ctervillt, vol. m5, fol. i. - D.rpùl des fortification», Mm. 9o5 . »G7o, foi. s5i.)

1 Toute la correspondance du chevalier de Clenillc avec Coll»ert au sujet des fortifications d'Alsace se trouve à In Bibliothèque Impériale, dans les vol. n3, i a A et i a5 des ùoo Colbert.

A»ant d'envoyer Clerville en Alsace, Colbert lui avait sans doute, dans une conversation. laisse entendre qu'il craignait que son cousin, dont il allait vérifier la gestion au point de vue des dépenses occasionnées par les travaux des fortifications de Rrisarh cl de Phitipsbourg, ne l'accueillit mal. Aussi, dans sa lettre du o novembre 1G70, Clerville disait au ministre :

«Je no voulus pas entrer à Rrisarh que je

n'eusse préalablement sondé quelles dispositions je trouverais dans l'esprit de M. l'intendant à correspondre à tout ce que vous avex jugé à propos que j'y tisse, pour le service du roy, de concert avec luy. Je me sers de ce courrier pour vous dire que l'homme que je luy ay envoyé l'a rencontré, à ce qu'il luy a paru, dans une détermination tout entière à vouloir coopérer de son mieux à une telle rectification des affaires qui concement les fortifications d'Alsace que vous en puissiez à jamais demeurer en rviKHt, et que tous tes rapports qui s'en sont cy-de»ant faits on s'en pourraient faire à l'avenir sojent confondus par la clarté qui u.us

INTKM>WT D'AI.SACK.

Sceaux, i S (» liilnr ili-jn.

J'ay reçu voslre lellrc du 7 de ci; mois; j'y vois beaucoup de belles espérances sur toul ce que je vous écris, mais je ne vois pas seulement que vous satisfassiez à tout ce que je vous a y demandé, c'est-à-dire ijue vous rue fassiez sçavoir le nombre d'ouvriers qui sont employés tous les jours, les travaux qui se font, la quantité d'ouvriers qu'il y a en chaque atelier, combien de toises île maçonnerie ils pourront faire par mois, et combien aussy il pourra estre transporté de toises de terre pendant ledit mois.

Je vous ay écrit et fait dire par le chevalier de Clerville tant de choses que je ne puis rien y ajouter davantage. Il y a bien longtemps que je ne travaille qu'à vous faire entendre tout ce que vous devez faire; je ne sr.ais pas quand il vous plaira que je linisse ce métier-là, mais je vous avoue que j'en suis fort las. Il n'est plus nécessaire que vous m'expliquiez tant de machines chimériques que vous prétendez que l'on employé pour vous osier vos entrepreneurs; par ce que je vois de Vouleau icy, j'ay la preuve certaine et incontestée que cela ne procède que de voslre mauvaise humeur et de voslre incompatibilité, sur laquelle s'il n'y a de mal dans le fond, il vous plaisl d'en donner tant d'apparences, qu'il n'y a personne qui en puisse juger autrement; et cela, entre nous, ne consiste qu'en deux mots : tous les entrepreneurs qui vous ont esté envoyés ont esté contraints de quitter, et vous n'en avez pu souffrir qu'un seul , Saint-André, qui est un soldai de qui vous avez fait la fortune, et qui auparavant n'a voit jamais entrepris aucun travail. Jujjez vous-mesme ce qu'on en doit «roire. .

«•11 apparoistra et par le lion ordre qu'un prendra soin d'y inHIrc. Ainsy j'ay cru ne devoir pas différer à vous lesmoigner la joye que j'ay do n'avoir jusqu'à d'Ile heure rencontré nuire chose que des dispositions très-heureuses à l'exécution de ce que von» ave* désiré estre fait en ce» questions -là; d'autant plus que les traditions que quelques officiers de la garnison de Brisarh «voient laissées a Metz, du rltafp-in que mondil sieur l'intendant avoil lesmoijjné de re qne j'avois pris la liberté de luy écrire . |w»r voslre aveu , nie faisoienl appré-

|l)e|.dl des fortiDealions, Mss. io.-> . ilVjo. loi. 96 1 >

hender de ne le (Mis trouver si bien dispose que mon homme nie le fait espérer, à prendre de lion biais loul ce que j'auray à luy pn»|>oser de voslre pari, tant pour le service du roy que pour repousser tous le» rapports qui oui este faits sur son sujet par quelque mouvement que ce puisse estre. Cependant comme je n'ay pis le loi»ir d'eiaminer les causes jiour lesquelles des vents du dehors soufflent du coslé de MeU, ou peuvent souiller ailleurs, je m'en iray, selon vos sa|;es conseils, toujours mou |;rand chemin . . . 1 i •'ÎOO f,'»//«7-| , Vol. I -l'i , fol. R. )

INTENDANT D'ALSACE

Sceaux, «5 octobre 1670.

J'ay envoyé avec le chevalier de Clerville deux entrepreneurs1 de celte ville qui seront assez inlelligens pour bien connoistre la valeur et le prix des ouvrages, et en faire le rabais qu'il sera possible. Ils pourront vous servir à sortir de l'embarras dans lequel vous estes, en donnant l'exclusion à Saint-André; mais je vous avoue que j'ay esté surpris de voir le style de la lettre que vous écrivez au chevalier de Clerville, et que vous m'envoyez à cachet volant, ou pour mieux dire, je ne l'a y point esté, parce que ce style est justement du caractère de vostre esprit.

Quoy! vous trouvez mauvais qu'ayant icy reconnu et vu combien vostre conduite est improuvée de tout le monde, sur le sujet de ce Saint-André, il vous excite honnestemenl à faire quelque chose pour la solidité des ouvrages sans en augmenter le prix ! Je puis vous assurer qu'il n'y a que vous au monde qui fussiez capable de cela, d'autant plus qu'il me paroist, par ce mesme style , que vous ne connoissez pas la force de ce que je vous écris ou que vous n'en avez aucun sentiment.

Quand vous me dites que le nom que vous portez vous empescheroit bien de rien faire qui vous pust attirer aucun reproche, je veux vous croire, mais jamais homme n'a tant donné que vous de preuves d'une mauvaise conduite.

En deux mots, Saint-André ne peut demeurer avec vous à Brisa c h et à Philipsbourg : choisissez de sortir, ou de le faire sortir. 11 en est de mesme de l'incompatibilité que vous avez eue jusqu'à présent avec les autres entrepreneurs; si ceux-cy que je vous envoyé ne peuvent compatir, vous pouvez de mesme vous retirer sans difficulté, et si vous ne le faites, vous sortirez honteusement.

(le sera la dernière lettre que vous recevrez de moy sur celle matière; j'ajouterav seulement encore ces deux mots : que si l'aigreur qui paroist dans le billet que vous avez écrit au chevalier de Clerville produisoit quelque effet semblable à son égard , ce seroit encore pis.

1 Ce* deux entrepreneurs étaient Hoger et Jacques Varijjnon, architectes de la ville de Paris. Clerville availjeté de préférence les yeux sur ce dernier parce qu'il était « laborieux, soumis à faire de petites choses aussy bien que des |»randi-!«, et que, par-dessus tout, il luy «voit présenté d'asseï bonnes routions. -

«J'ay cru, disait-il a Colbert, que je m'accommoderais mieux de luy que de ces grands architectes qu'on ne srauroil transférer hors du chez eux sans des assurances d'un fort grand jjain et sans des conditions très -difficiles.» { lettre du 1 7 octobre 1 ^70 . — 5oo Colberl . vol. 1 ;!.">, fol. r». )

FORTIFICATIONS. 3î>

L'ordonnance qui vous a esté présentée pour le sieur Vouleau est inutile; vous ne devez point y déférer, mais vous devez examiner toutes ses demandes et luy faire justice.

t Dépôl des fortifications , Msa. ooB , » 670 . fol. *Gf». )

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