ALI MÈMK
De... i3 décembre 1670.
J'ay reçu vos lettres des a 5 du passé et a de ce mois.
Je vois que les travaux de Brisach sont en estât d'estre adjugés au sieur Thuillier, en cas qu'il n'y ayt point eu de rabais depuis le dernier qu'il a fait à 3o livres 5 sols pour chaque toise de maçonnerie *. Je souhaite fort que cette adjudication soit promptement terminée et que l'évaluation de tous les matériaux et équipages qui appartiennent à Saint-André soit faite d'un commun consentement, afin que le sieur Thuillier s'applique incessamment à augmenter l'amas des matériaux et commence à travailler tout de bon , en sorte que le Roy puisse estre assuré que dans l'année prochaine les travaux s'avanceront considérablement.
Quoyque l'on ne m'écrive rien touchant le transport des terres, je veux croire que l'adjudication en sera faite en mesme temps que celle de la maçonnerie, et que nous pourrons par ce moyen sortir de la confusion et de l'embarras dans lesquels les travaux ont esté jusqu'à présent.
1 Charte* Thuillier d'Aulhy, ingénieur, prit la suite de l'entreprise de Saint-André lorsque re dernier fut obligé d'abandonner les travaux de Brisach et de Philipshourg (voir la pièce suivante). Plus lard, il travailla à la place d'Auxonnc. Son habileté ayant été remarquée, on l'envoya, par commission du 9 3 février 1676, diriger en chef les travaux de Dontlens. Il conduisit encore ceux de Stenav. et enfin ceux de Metz.
' Dans une lettre du même jour adressée au chevalier de Clervillc , Colherl lui disait :
-Si le iu>nr Thuillier est le dernier moin»
disant, il faut sans difficulté luy adjuger tous les ouvrages, le mettre en possession de tous les matériaux et ustensiles, et le presser de commencer à travailler tout de bon. Surtout il faut establir un ordre à ce travail et à tous les autres, tel que nous ne retombions plus dans la confusion du passé et que le» marchés, les pa veinons, les toisés et les réceptions d'ouvrages de toute nature se fassent dans l'ordre et les formes ordinaires, en telle sorte que l'on voyc toujours clair dans loule la conduite qui sera tenue à l'avenir. . .» (/*7>rf/ dtn fnrtif. tf»7n. fol. 3 09 )
A l'égard des comptes de Saint-André, je suis peu satisfait de ce (pie le chevnlier de Clerville m'écrit sur ce sujet, voyant qu'il n'a esté fait ni toisé, ni réception d'ouvrages, et que généralement toutes les formalités ordinaires que l'on a accouslumé, en tout temps, d'observer pour rendre raison des travaux n'ont point esté observées. Je vois mesme que bien souvent le trésorier n'a pas payé par ses mains, particulièrement les gens de journée, et que les rôles n'ont pas esté certifiés, ni rapportés dans le compte1; je vous avoue que ces confusions et obscurités me font de la peine pour vous, et que, si vous avez de l'honneur et de la considération pour le nom que vous portez, il faut faire l'impossible pour mettre tout ce qui dépend de vostre conduite tellement au jour et la rendre claire qu'elle ne puisse mesme eslre atteinte d'aucun soupçon.
Puisque l'église de Phalsbourg est achevée , à la réserve de quelques menus ouvrages auxquels on travaille, et qu'il ne reste plus qu'à faire l'achat de quelques ornemens pour faire le service divin , il est nécessaire que vous dressiez un mémoire qui explique en détail la valeur de chaque chose, afin que, après avoir représenté au Roy le besoin qu'il y a défaire cette dépense, je vous puisse faire sçavoir ensuite la volonté de Sa Majesté. . .
(Dépôt dr«(urliOc«tions, M «a. tob, 1670, fol. 3o8.ï
IVNÎÎNDANT D'ALSACE.
Sceaux, 37 décembre 1670.
Pour répondre à vostre lettre du 17 de ce mois, je ne sçais sur quov vous fondez tant d'assurances que vous me donnez (pie je seray satisfait des comptes que rend Saint-André des deniers employés aux travaux de Brisach et de Philipsbourg, parce qu'encore que j'examine fort ce que le chevalier de Clerville m'en écrit, je ne trouve que confusion et désordre, ce qui me confirme toujours de plus en plus en ce que je vous ay dit dès le commencement, qui est que, s'il n'y a delà mauvaise conduite dans
1 Ne sachant a quoi s'en tenir, Colbert, en Privant a Clenille la leUre citée dans la note précédente, ajoutait :
«Je fortneray mon jugement sur celuy que voua en ferex; voua devez bien approfondir ces points et démesler ce qui peut provenir d'igno
rance ou de trop de facilité, de la malice, c'està-dire, d'intelligence avec l'entrepreneur. Je vous avoue que j'ay de la peine à croire qu'un homme soit capable d'une aussy grande lasrheté que celle-là; mais je veut croire qu» vostre pénétration me tirera d'incertitude...*
toules ce» affaires dont vous vous mesles, je peux au moins vous assurer que jiiioais homme n'en a tant donné d'apparence que vous, et qu'il serait bien difficile et mesme impossible de vous en pouvoir justifier.
Après cela, je vous confirme toujours ce que je vous ay dit, que si l'on ne voit clair comme le jour dans vostre conduite, il ne faut plus que vous pensiez qu'à vous retirer chez vous. C'est pourquoy vous devez employer toute vostre industrie à éclaircir ce qui s'est passé, surtout à vérifier et toiser exactement tous les ouvrages de maçonnerie et remuement de terre qui ont esté faits, et à faire eonnoislre que la quantité qui s'en trouvera cadre juste avec la dépense , afin que l'on sçache entièrement l'cmploy de tous les deniers qui ont esté consommés auvdits travaux.
(DéfxM dm fortification*, Mm. »o6, 1670, fui. 3 a 9.)