A M. MATHAREL
INTENDANT DE MAHINE A TOULON
Tournai, 11 juin 1 67 1 .
Sa Majesté s'étonne que le sieur Matharel se plaigne que les capitaines changent dans leurs vaisseaux ce que bon leur semble, et que cela relarde les arméniens, vu que, par son instruction et par le règlement du conseil de construction qui luy a esté envoyé dès le 5 juillet 1670, cela est absolument défendu; et si quelqu'un des capitaines a voulu faire des changemens au préjudice de ces défenses, il devoit ne point le souffrir, luy dé clarer la volonté de Sa Majesté, et s'il eust persisté à le vouloir faire. Sadite Majesté l'auroit ou cassé ou interdit.
Pour remédier à ce désordre à l'avenir, Sa Majesté veut que, dans le premier conseil de construction, il fasse, avec les ofliciers de port et les plus habiles capitaines de navire qui seront à Toulon, un règlement contenant la forme en laquelle le dedans des vaisseaux sera construit, dont il sera fait des plans différens, lesquels seront envoyés à Sa Majesté qui les confirmera et fera les défenses d'y rien changer; et si aucun capitaine à l'avenir y contrevient, Sa Majesté le punira de telle sorte qu'aucun autre n'y retournera. Sauf en cas qu'il se trouve quelque incommodité essentielle dans la navigation, n'y apporter les changernens nécessaires que par un autre règlement dudit conseil des constructions, lequel sera envové à Sa Majesté pour le confirmer et en ordonner l'exécution , en cas qu'elle l'estime nécessaire.
lie sieur d'Almeras se plaint fort des ornements massifs et de relief et «les galeries que l'uget fait faire aux vaisseaux du roy sur ses dessins », et
' Ce reproche n'était pas nouveau. Dans sa sonnais éviter cet inconvénient. Le sieur Pugel
lettre du 5 septembre 1670, l'intendant de mesme eu convient, et qu'il faut dorcsenavanl
Toulon, Mulliarel, cherchait à excuser Puget employer en ces ornoineu» le moins qu'on
auprès de Colbert, à qui il écrivait : pourra do ces grandes figures et jwsanl.'s 111a-
«Lc défaut qu'ont les uioislre* sculpteurs, à chines qui ne font qu'embarrasser le derrière
l'égard des poupes et des galeries dont ils nous de» navires et Miment nuire à leur navigation,
donnent les dessins, est qu'il» s'attachent plus "Ce que je puis vous dire pour répondre à
aux règle* de leur ail et a la démangeaison de vos ordres louchant le sieur Puget, est qu'il a
laire de belles ligures qu'aux besoins, rommo- le génie fort beau et très-propre à servir en ce
dite et service du navire. Non.* pourrons dé- port pour les choses auxquelles il est destiné.
dit qu'il vaudrait mieux que le Roy luy donnast 10,000 écus tous les ans |>our ne mettre jamais le pied dans l'arsenal *.
Sa Majesté s étonne que, depuis quelle a envoyé le règlement du conseil des constructions, loutes ces matières n'y ayent pas esté examinées pour y prendre les résolutions conformes au bien de son service, et elle ne veut point qu'aucun ornement du dessin dudit Puget soit exécuté, qu'après avoir esté examiné cl résolu dans ledit conseil. Cependant, comme elle apprend que les galeries ont esté entièrement supprimées en Angleterre et que l'on y observe à présent d'osier tous les ornemens de relief, Sa Majesté veut que cela soit examiné audit conseil et que l'avis qui y sera pris luy soit envové avec les raisons de pari et d'autre, pour donner ses ordres sur ce qui sera observé à l'avenir à cet égard.
(Arrh. de la Mar. Oiilin du roi pour la marine, 1C71.ro!. 9*.)
f»8. — A CHARLES ERRARI),
DIRECTE LU DE L'ACADÉMIE DE FRANCE A ROME
Suint-Germain, 16 juillet i',7t.
J'ay esté bien ayse de recevoir vostre lettre du 9 de ce mois; mais je vous avoue que j'ay esté surpris de ce que mon fils m'a dit \ que vous n'estiez pas content du travail et de l'application des académistes, ni de leurs mœurs, et encore moins de l'obéissance qu'ils vous doivent rendre, d'autant que vous ne m'en avez jamais rien fait sçavoir. Ne manquez pas de m'écrire en détail tout ce qui se passe sur ce sujet; et comme il n'y a rien de si nécessaire pour le bien de l'académie que d'eslablir la subordination et la déférence (pie tous ceux qui y sont envoyés doivent avoir pour vous, en cas que vous ayez besoin de quelque ordre pour cela, ne manquez pas
c'est à-dire aux dessins et ou» râpes île sculpture, en quoy il excelle: il prétend atissy eslre sravanl en l'architecture de terre et de mer, et il parle asseï hion l'une cl l'autre. . . ->
Au mais de septembre, Malhnrel annonça n Colberl : «que Ton ne ihargeroit plus les poupes de si lourdes figures et de tant de galerie».»
«Car, ajoutait-il, on doit surtout éviter d'assujettir le service du novire à ces ornoiiieiis, estant m'en jimb' cpie le» ornemens >oyenl assujetti» an servir,» du navire. J'ay fail con-
venir de cette maxime tous les gens de terre et de mer qui travaillent icy.^
Cependant, le th octobre suivant il était obligé de reconnaître : *que le sieur l'ugel avait peine à s'accommoder à cette méthode; mais, disait-il, puisque vous l'appruuvei, je me tiens un peu fenuc là-dessus avec luy.»
1 On trouvera a l'Appendice, n la date du 30 juin ,C7.. In réponse de Malliarel à Colbert.
3 Le marquis de Svignclnv revenait alors de M>n voyage d'Italie.
de m'en avertir, parce que mon intention est que vous ayez une autorité entière et absolue pour chasser ceux qui manqueront à ce principe.
Lorsqu'il vous sera envoyé un bastirnent pour enlever toutes les caisses des bas-reliefs que vous avez fait mouler, il sera nécessaire que vous fassiez charger les vingt-deux caisses qui appartiennent à M. le duc de Chaulnes.
( Arcb. de la Mar. Dépêches concernant U commerce , 1O71 , (bl. 19. — Deppuig, Corrt.pondmnce adnùnUtratin *oiu Low Ail, IV. 578.)