Al CARDINAL D'ESTRÉES
A ROME
Paris, 3 o juin 1673.
Pour réponse à la lettre qu'il a plu à Vostre Eminence de m'écrire le G de ce mois, je sçais bien que les lettres qui sont accompagnées de lettres de change seront toujours fort agréables au cavalier Bernin; mais, outre
1 Un particulier ayant offert à Charles Perrault de vendre au roi des bustes qu'il avait à Rome , Colbert enftagea Coy pel , le 3o du même mois, à profiler de l'occasion :
«Comme je voua ay écrit d'acheter insensiblement ce que vous trouverei de beau et a bon
a iï-Y talion , voir si ces bustes sont antiques et de bonne main. En ce cas, vous pou mi les acheter, pourvu qu'il veuille les donner à meilleur marché qu'il ne dit, c'est-à-dire que vous n'en devra pas donner plus de 1 00 écus pièce. »
Sept jours après, dans une nouvelle lettre, tlolberl ajoutait :
« A I égard des buste» rt
bien jjanle de n'en prendre aucune qui ne soit bonne et antique, mesme à bon marché. Il est bien difficile que vous n'acquénes en peu de temps toute la connoissance nécessaire pour vous empeseber d'est re trompé; mais si vou» avei sujet de craindre, vous pourrez envoyer I** <l<-*sin* de ce qni se présente a acheter.* (Dép. du teerrtaire d'Etat, 1673, fol. g3 et 99.) — Voir pièce n* 1 os et note.
« Le s 3 août 1673, Coypel envoya à Colberl 1rs dessins en question, en lui disant qu'il était convenu du prix de 10,000 cens, monnoye de Rome, pour ces bustes. Il ajoutait que les élèves se dégoûtaient de copier, (i vol. i56*m. fol. ha.)
le payement de sa pension qui sera toujours fort régulier, je crois vous pouvoir assurer que le Roy voudra bien , sur la proposition que j'auray l'honneur de luy en faire à son retour, luy accorder une gratification extraordinaire pour ie travail de sa statue à laquelle il s'applique l.
A l'égard des lunettes, il est vray que Eustachio a envoyé deux verres; mais quoyque Campani n'en ayt envoyé qu'un, comme il estoit accompagné de son tuyau, après avoir examiné le tout, j'ay trouvé qu'ils méritoient autant l'un que l'autre. Ainsy ils doiyent estre contens, et je crois que le payement avantageux que Sa Majesté leur a fait vous donnera beaucoup de facilité pour les exciter à porter encore plus loin la perfection de leurs lunettes a.
Comme vous sçavez que les François sont grands imitateurs, je vous diray, pour vostre satisfaction, que nous avons icy deux François dont vous connoissez l'un, qui est le sieur Borel. qui nous fournit des lunettes tout autant que nous en voulons. Il en a desjà fourny une de 5o pieds, et promet d'en faire de telle longueur que l'on voudra, et l'autre en a fait une de 63 pieds, dont le verre est plus net qu'aucune de celles que nous ayons vues jusqu'à présent. Ainsy vous voyez que nous ne manquerons pas de lunettes pour exercer nostre académie.
( Arcb. de la Mar. Dépécht du mrriuùrt |673 , fol. 93. )