‹ Lettres, instructions et mémoires de Colbert (volume 2)Chapitre 27 sur 470 · A5. — INSTRUCTION POLIR M. BARILLON · texte numérisé non relu

A5. — INSTRUCTION POLIR M. BARILLON

INTENDANT A AMIENS

Paris, 95 mars 1671.

Il est nécessaire que M. Ba ri lion, maislre des requesles et commissaire dans la généralité d'Amiens, parte incessamment pour se rendre en Picardie, afin d'en visiter toutes les places, examiner tous les travaux qui ont esté faits en 1669 et 1670, voir ceux dont la réception a esté faite, pour les distinguer de ceux qui ne sont point achevés et qui ne sont point encore reçus; et comme il ne peut avoir de connoissance parfaite de tous lesdits ouvrages que par les devis et les marchés qui ont esté faits, il luy en sera au plus tost remis des copies avec un mémoire des fonds qui ont esté faits depuis ladite année 1669.

Lorsqu'il trouvera des ouvrages parachevés, il pourra en faire la réception, et ensuite les faire visiter de temps en temps, afin que, s'il est à propos de faire quelque dépense pour les entretenir en bon estai, il en prenne soin. À l'égard de ceux qui ne sont pas achevés, il donnera ordre que les entrepreneurs y travaillent avec toute la diligence possible.

Il examinera avec soin tous les marchés qui ont esté faits dans toutes les places de Picardie, pour connoistre s'ils sont bien fait*, s'il n'y a point eu de gratification ni de friponnerie, et s'ils ne peuvent estre diminués de prix. En ce cas, il les fera publier de nouveau par des affiches publiques qui seront affichées dans toutes les villes ci rcon voisines, et adjuger en présence des gouverneurs ou des commandans dans les places et des ingénieurs, s'il y en a. Pour cet effet, il faudra communiquer les devis des ouvrages, afin que les entrepreneurs sçachent ce qu'ils auront à faire.

Touchant les ouvrages à faire à Saint-Quentin , il faut en faire de nouveaux marchés, et, pour cet effet, en examiner les devis, les rendre conformes aux mémoires et, instructions du sieur deVauban, mettre des affiches dans toutes les villes de la province, exciter et faire chercher des entrepreneurs en la plus grande quantité qu'il se pourra, et, lorsque le jour des publications sera échu, recevoir les rabais en la maison et en présence du gouverneur, remettre, de trois jours en trois jours, lesdites publications, et à la troisième remise en faire l'adjudication, de laquelle il exclura, s'il est possible, les entrepreneurs qui ont eu part aux friponneries qui ont esté faites. Surtout, il doit prendre garde de ne faire aucune adjudication d'ouvrages un peu importans qu'en observant ces formalités. Le sieur Barillon establira ensuite à Saint-Quentin le sieur Séraucourt 1 pour contrôleur, luy donnera les plans, devis, marchés et tout ce qui sera nécessaire pour l'exécution des travaux.

11 ordonnera seul partout, et lorsqu'il sera absent, il commettra le sieur Demuin* pour agir en son absence. Et en cas que, pendant ce temps-là, il soit nécessaire de faire toucher quelque argent aux entrepreneurs, le sieur Demuin en pourra faire fournir sur ses billets (et mesme le sieur Séraucourt en son absence , seulement pour ladite place de Saint-Quentin), lesquels seront enfin convertis eu ordonnances du sieur Barillon pour la décharge du trésorier.

Et comme, durant son absence et celle du sieur Demuin, il sera nécessaire de faire des payemens toutes les semaines, il examinera la capacité et la fidélité de ceux qui ont esté establis dans les places par Chertemps; et, en cas qu'il les estime capables et fidèles, il pourra donner ordre aux commis de payer sur leurs billets, et ensuite les convertir en ordonnances en forme.

1 11 était fils de Charles Colbert, intendant d'Alsace , cousin du ministre (voirll. Finance», pape sa 4 , note). — Sa commission de contrôleur de» lra«9ux de la place de Saint-Quentin

se trouve dans le manuscrit du Dépôt des fortifications, à la suite de la pièce que nous pubuous.

* Alors trnaorior de France à Amien».

FORTIFICATIONS. f,à

Il prendra garde qu'aucun de tous ceux qui sont commis ne soit chargé de l'argent du trésorier, et qu'il y ayt des commis particuliers qui soyenl nommés par luy et qui n'ayent aucune autre fonction dans les ouvrages.

II est absolument nécessaire dans les commencemens que M. Barillon et le sieur Demuin aillent dans toutes les places reconnoistre tous les travaux, voir les devis, afin qu'après les avoir bien reconnus, ils puissent, quoyque absens, estre en estât de les bien conduire de tous les lieux où ils se trouveront.

Gomme les principaux travaux se feront à Saint-Quentin, il s'appliquera particulièrement à bien establir les travaux de celte place.

Cependant, lorsque les occasions de servir l'obligeront d'aller en Flandre , il s'instruira soigneusement du prix des ouvrages qui se font dans toutes les places de ce pays-là, et en fera la comparaison avec les prix des ouvrages des places de Picardie , pour juger quels des marchés seront plus avantageux, et se régler ensuite pour chercher les moyens de les rendre aussy avantageux, s'ils ne le sont pas.

H prendra soin d'y envoyer souvent le sieur Séraucourt pour s'informer île inesme et s'instruire par ce moyen.

i. Mm. 90&, 1671, fui. 53.)

INTEJiDA.NT D'ALSACE.

Sainl-Germaiu . 3o uud 1671.

J'ay reçu vos lettres des 1 1, 17 et 18 de ce mois. Je vois tout ce que vous m'écrivez touchant le départ du chevalier de Clervillc, et les discours que vous avez eus avec luy sur ce sujet; mais comme vous me marque* qu'il ne luy reste plus qu'a régler «pjclques dépenses qui ont esté faites par Saint-André à Brisach , pour estre exactement informé de la consommation des deniers qui ont esté employés aux travaux de Brisach et de Phitipsbourg, je crois qu'il ne peut y avoir de dûTicullé qu'il s'en revienne icy, après avoir estably le bon ordre nécessaire pour l'avancement des travaux , et vous avoir donné une connoissanec particulière des plans et devis qu'il en a dressés. Ainsy vous devez seulement vous appliquer ù les bien entendre, pendant le séjour qu'il fera encore sur les lieux, afin d'estre eu estât de faire suivre ses pensées, durant son absence, comme s'il estoit toujours présent.

Touchant co que vous me dites que le chevalier de (ilerville est parfaik-

KOHTIFICATIONS.

ment éclaircy des affaires de Saint-André et qu'il est en estât de m'en rendre compte, je vous avoue que, quelques éclaircissemens que l'on en fasse, je doute fort qu'ils vous puissent estre avantageux, et que, si vous ne prenez bien garde ù l'avenir à observer un meilleur ordre que par le passé, en faisant des marchés en bonne forme, je puisse soutenir plus longtemps une conduite comme la vostre '.

(Depot de* fortifications, Mu. »o5, ,671. foi. 66.)

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