‹ Lettres, instructions et mémoires de Colbert (volume 2)Chapitre 353 sur 470 · SUR LA PEINTURE ET LES REAUX-ARTS · texte numérisé non relu

SUR LA PEINTURE ET LES REAUX-ARTS

... Sur la Gn de l'année 1 663 , le Roi pourvut M. Colbert de la charge de surintendant des bâtiments, et fit connoltre par là le désir qu'il avoit de faire fleurir les arts plus que jamais. Ce grand homme, aussi intelligent et aussi amateur des belles choses que xélc pour la gloire de son maître, rétablit dans Paris et en divers autres endroits de ce royaume des fabriques de tapisseries, et fit encore travailler à plusieurs autres ouvrages, auxquels Ton ne s'était point encore appliqué en France. Mais comme il sait que l'art de portraire s'étend presque à tous les travaux de la main, et qu'il n'y a rien qui contribue davantage à la gloire du prince comme ces ouvrages immortel* que les peintres et les sculpteurs lais>eot à la postérité, il procura auprès de Sa Majesté «le nouvelles grâces à ces illustres ouvriers, afin de leur donner plus d'émulation par le désir de l'honneur et de la récompense.

H ne se contenla pas de cela; mais comme il avoit été choisi par Sa Majesté pour viec-proterleur de l'académie, au lieu de M. le chancelier , qui prit la place de protecteur vacante par la mort du cardinal Mazarin, il voulut au raibeu de ses grands emplois faire les fonctions de celle 1 harpe et prendre connoissance de ce qui se passoit dans les assemblées. Ne pouvant s'y trouver aussi souvent qu'il eût bien désiré, il commit M. du Mets, intendant des meubles de la couronne , et M. Perrault , qui exerce la commission des bâtiments, pour v assister et y porter ses ordre». Mais comme l'affection particulière qu'il a pour l'académie lui iaiaoit chercher sans cesse de nouveaux moyens de l'avancer, un jour qu'il l'honora de sa présence pour la distribution des prix que le Roi donne aux étudiants, après que l'on eut examiné les tableaux qu'ils avoienl faits, et qu'on lui eut rendu compte de tout ce qui s'étoit traité dans les dernières assemblées, il dit :

«Que dans les sciences et les arts, il y a deux manières d'enseigner, savoir : par les précepte) et par les exemples; que Tune instruit l'entendement cl l'autre l'imagination , et que comme dans la peinture l'imagination est la partie qui travaille davantage, il est constant que les exemples sont 1res- nécessaires pour se perfectionner dans cet art et servent le plus à conduire sûrement l« jeunes étudiants. Qu'ainsi il lui sembloit que-si dans l'académie on proposoit pour modèle les ouvrages des meilleurs maîtres, et qu'on montrât en quoi consiste la perfection de l'art, cette manière d'enseigner, jointe aux autres exercices qui se pratiquent dans l'académie, aeroit dW très-grande otilité. Car quoique la perfection d'un ouvrage dépende particulièrement de la foire cl de la beauté du génie de relui qui s'y applique , néanmoins on ne peut nier que les observa boa* qu'on feroit ne fussent très-profitables, puisque, dans ce travail , de même que dan» tous les autres, l'expérience découvre beaucoup de choses nécessaires à ceux qui étudient, lesquels profitant de remarques des plus savants peuvent même s'exempter de plusieurs recherches qui emportent bien du temps lorsqu'on est obligé de les faire. C'est ainsi que, dans plusieurs autnes arts, particulièrement dans la musique et dan» la poésie qui conviennent le plus avec la peinture, l'on .1

trouvé des règles infaillibles pour s'y perfectionner, bien que tous ceux qui les i pas également capable* de les pratiquer.

«Que pour bien instruire la jeunesse dam l'art de peindre, il serait donc nécessaire de leur exposer les ouvrages des plus savants peintres, et dans des conférences publiques faire connoilre ce qui contribue le plus à la beauté et à la perfection des tableaux. Que chacun ayant la liberté de dire son sentiment, l'on ferait un examen de tout ce qui entre dans la composition d'un sujet, et même que les avis différent» qui se pourroient rencontrer serviraient A découvrir beaucoup de choses qui seraient autant de préceptes et de maximes. Que ces conférences n'ayant point encore été en usage dans cette assemblée, il se trouverait peut-être des personnes qui craindraient de ne s'en acquitter paa asset bien; maU qu'ils ne dévoient pas avoir cette appréhension, parce qu'encore qu'ils y trouvassent d'abord quelques difficultés, néanmoins ils ne seraient pas longtemps i les surmonter, et ne prendraient pas moins de plaisir A parler des beautés d'un tableau qu'à les faire voir par leurs pinceaux et par leurs couleurs. Que cet exercice serait aussi utile que glorieux A leur Corps, puisqu'on traitant de l'art de la peinture d'une manière qui n'a jamais été pratiquée ailleurs , on verrait un jour [que] s'ils n'ont pas été des premiers A le découvrir, ils auront au moins eu l'honneur d'être les premiers qui en auront mis les règles A leur dernière perfection '.n

Ainsi , M. Colbert ayant fait connoltre A la Compagnie combien cette conduite et cette élude serait avantageuse, il fut résolu que l'on s'assemblcroil tous les premiers samedis du mois dans la grande sa lia de l'académie ou dans le cabinet des tableaux du rai, desquels M. Colbert leur permit de se servir pour en faire des remarques. Que le chancelier et les recteurs de l'académie feraient l'ouverture des conférences chacun A leur tour par un discours où ils examineraient le tableau qu'ils auraient choisi. Que M. Le Brun , comme chancelier, commencerait dès le premier samedi , et que eelui A qui Sa Majesté avoit donné la charge d'écrire sur ses bâtiments aurait aussi celle de recueillir toute» les conférences et de les mettre en état d'être données au public de temps en temps.

De sorte que l'on commença de s'assembler le samedi septième jour de mai, et l'on peut voir dans les conférences qui ont été faites pendant le reste de l'année combien l'on a déjà remarqué de choses très-importante* pour la peinture.

( Conférence* de F académie royale de peinture et de tculpturc,

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