XIII. — PERROT D'ABLANCODRT2 A COLBERT
Ablaocourt , 7 juillet 166t.
Comme ce n'est pas seulement par rostre entremise, mais par vos bontés, que Sa Majesté me fait l'honneur dc me continuer ses grâces, il est juste que je remercie l'auteur de ma bonne fortune. Véritablement, Monseigneur, vostro conduite est si différente de celle des autres que, nus parler des choses qui ne me regardent point et qui sont visibles i toute la France, sans dire que d'une Espargne épuisée vous en avez fait une plantureuse , et que d'un roy qui ne virait que d'emprunts vous en avez (ail un opulent qui fait du bien mesme aux inconnus et répand ses trésors par tonte la terre, il y a encore cecy de particulier et qui est digne d'admiration : c'est que sons l'administration de ceux qui ont manié les finances du roy auparavant, on donnoitdes pensions, maison ne les payoit point, au lieu que, sous la vostre, on en paye non-seulement à ceux qui
' On lit à ce sujet dans les Mémoire* <U ftrmvli :
«Ayant porté à H. Colbert quarante-huit devues pour cette tapisserie : seize de l'abbé de Bourzeis , seize dc l'abbé Castagnes et seize do ma façon , toutes mêlées les unes avec le* autres , afin qu'il en choisit seize sans savoir qui en étoit l'auteur, il s'en trouva quatorze des miennes. Dans la joie que j'en eus, je ne pas m "empêcher de le lui dire. Sur quoi il me demanda quelles étoient tes deux autres devises de ma façon qui n étaient pas adoptées. Les lui syant marquées : «Ces deux-là , me 'dit-il . me semblent aussi bonnes que les deux •que j'ni mises à leur place. I) faut les joindre -avec les autres et qu'elles surent tontes de votis.r
Depuis cette époque, Colbert mit sans di}QV: souvent à contribotion celai dont les devises avaient eu tant de succès. Longtemps après, en effet, le so février t68o, il demandait encore i Charles Perrault de lui envoyer le plus lot possible quelques devises propres è être mises su commencement de l'agenda de marine de cette année , afin de pouvoir choisir cefle qui conviendrait le mieux. (Areh. de la Mar. Dtp. «me. la mai. i08o, fol. tofi.)
* Nicolas Perrot, sieur d'Abtaoeoart. né s ChAlons-sur-Marne le 5 avril 1606. Membre de l'académie française en 1687. Mort le 17 novembre 166A.
n'en onl point, mais à qui l'on n'en a point promis ; de sorte que les bienfaits de Sa Majesté sont d'autant pins agréables qu'ils sont plus surprenant cl qu'on obtient ce qu'on n'a point attendu. Mais, Monseigneur, pour remercier Sa Majesté par des effets a us» y bien que pur des paroles, je vous diray que je travaille à un ouvrage qui» je me promets qui ne luy déplaira pas.
Car, comme elfe a dans l'esprit de réprimer les courses d'Alger, elle sera bien aysc de voir les en (reprises de Cli.irles-Quint, sou trisaïeul, sur cwl te plaeeaussy bien que sur Tunis, qu'il lit toutes deux en personne et avec de* succès diflerens. Ce qui est do plus considérable , c'est que cela est écrit par un homme de guerre qui n'a pas oublié la moindre particularité et qui apprend mieux la façon de faire la guerre des Espagnols qu'aucun auteur que j'aye jamais lu. C'est le Marmol1 qui a fait une description générale et particulière de toute l'Afrique, non-seulement pour ce qui concerne la géographie, mais l'histoire, où l'on voit le détail de toutes les belles actions que les Ksjwgnols cl les Portugais y onl faites. Mais ce seroit abuser d'un temps si précieux que le vostre de vous en dire davantage, et il faut finir par des protestations d'eslro toute ma vie*. ■ ■
(Bibl. Iinp. Mts. MeLtngtâ Colbrt, vol ni, fol «63 )