XXXIV. — MÉZERAY1 A COLRERT
3i janvier 1669.
Monseigneur, oserav-je vous n'itérer, par celle seconde lettre , les mesnn-» prierai qw j'ay desjà pris la hardiesse d« vous faite par ma première, dont voicy les mesmes? Ce que m'a dit M. Cernait de rostre part a esté un terrible coup de foudre qui m'a rendu tout à fait immobile et qui m'a osté tout sentiment, hormis celny d'une extrême douleur de voua avoir déplu. Ma seule espérance est, Moitseigneur, que Dieu vous ayant rendu vostre santé, vous ne me défendrez pas aujourd'huy de prendre port A la réjouissance publique; et que, pendant cette satisfaction universelle des gens de bien , vous ne voudrez pas que je rois le seul qui demeure dans une tristesse mortelle. Permellez-moy donc, s'il vous plaist, Monseigneur, dans celte heureuse conjoncture, d'implorer le secours de vostre généreuse bonté ; je la supplie très-humblement d'intercéder pour moy auprès de vous, et de m'obtenir ma grâce, que je vous demande avec une entière soumission et un trèsjirolbnd respect. Je ne prétends point, Monseigneur, justifier mes UMoquemens autrement qu'en les réparant et en justifiant la rectitude de mes intentions par une prompte et sincère obéissance. Ce qui me sera d'autant plus facile, qu'une seconde édition de mon ouvrage, estant augmentée de plus de trois cents articles, et d'un très-grand nombre de choses auaty utiles que rares et rurieuses, eûacera et anéantira bientost la première ; car, comme le sravenl tous ceux qui entendent le commerce des livres, c'est une expérience infaillible que les impressions postérieures, quand elles se font du vivant des auteurs et qu'elles sont plus amples et plus correctes, font |iérir tout à fait les précédentes, en sorte qu'on n'en lient plus compte et que tnesme on n'en voit plus du tout. C'est dans celte disposition. Monseigneur, que j'ay prié M. Perrault de vous assurer que je suis prest à passer l'éponge sur tous les endroits que vous jugerez dignes de censure, dans mon livre ; et de vous protester, en mesme temps, que je veux employer tous mes efforts et si peu de talent que Dieu m'a donné pour taire connoistre à toute la terre que vous n'avez jamais fait de créature qui soit a vous par un attachement plus véritable, ni qui puisse avoir plus de passiou et plus de zèle pour tout ce qui vous touche qu'en aura jusqu'au dernier soupir de sa vie. Monseigneur, vostre très-humble, très-obéissant et très-acquis serviteur.
( Peignot , Doeuiiuttu oulhentiquti iur lt$ dé/mm» de Lota* XIV, p. 1 sa.)