A M. MATHAREL
INTENDANT DE MARINE A TOULON
Saint-Germain , j K juillot 1670.
J'ay reçu vos lettres des 1* et 6 de ce mois. Vous pouvez vous servir de l'endroit que vous nommez le petit parc pour y faire ranger une partie des bois destinés pour les constructions. Faitcs-moy sçavoir de quel fonds vous avez besoin pour cette dépense, et aussytost je donneray l'ordre au Irésorier de le remettre à son commis.
J'apprends de M. Duguay qu'il fait incessamment voiturer des bois en Arles, et qu'il aura bientost achevé la fourniture de toutes les pièces nécessaires pour la construction des sept vaisseaux de l'année prochaine, outre les bois, pour deux autres vaisseaux de pareil port, que le sieur Dumont doit livrer aussv cette année sur le bord de la Saône. De sorte que, avec ce qui s'en trouve à présent dans le parc de Toulon, en Arles et >ur les rivières, vous en aurez une grande quantité, et que, à moins d'apporter un soin particulier de les faire bien ranger, cette abondance ne feroit qu'augmenter la confusion. Vous sçavez que c'est un des principaux points de vostre instruction, et que Sa Majesté en veut avoir en réserve pour baslir jusqu'à vingt vaisseaux. Aussy, dès lors que je sçauray que vous aurez de la place pour les mettre, je ne feindray point de faire passer de nouveaux marchés et de continuer à vous en envoyer, d'autant que cette provision est toujours excellente.
J'approuve que vous ayez visité avec M. d' Aimeras et les officiers et charpentiers du port, les vaisseaux qui sont sur les chantiers, et qu'on soit convenu de diverses choses pour la perfection des ouvrages. C'est à quoy vous devez vous appliquer sur toutes choses comme à la matière la plus importante de nostre marine et en laquelle il faut, s'il est possible, surpasser les autres nations.
• La rcille, le ministre écrivait à de Terrnn une lettre qui traitait du même sujet, «■t il disait à la fin : « Je vous écris de ma main sur cette matière, en cachetant moy-
bien garde que qui que ce soit ne pénètre que je vous ny écrit. . . v (Même provenancr que In lettre. )
Puisque le sieur Dasque 1 vous est nécessaire dans le port , vous n'avez qu'à voir avec le sieur Brodart quel autre commissaire peut suivre le travail des classes qu'il a commencé dans le département de Toulon.
L'intention du Roy est que le sieur Puget2 ayt la direction des ouvrages de sculpture qui se feront aux vaisseaux de Sa Majesté. Mais il faut que llombaud et Tureau 3, qui travaillent à présent sur les dessins de M. Lebrun au Royal-Louis et au Dauphin-Royal achèvent lesdits ouvrages. Aussylost qu'ils auront finy, il faudra qu'ils travaillent sur les dessins dudit sieur Puget; bien entendu qu'auparavant d'en mettre aucun à exécution il me les enverra pour les faire voir au Roy.
Quant à la construction des vaisseaux, ledit Puget ne doit pas en prendre la direction. C'est à luy à s'assujettir pour la sculpture à ce qui sera résolu par les officiers et les charpentiers du port; et s'il se met de pareilles chimères dans la teste, il faudra bientost le remercier4.
Je suis bien ayse du bon effet que produit le mois de solde que le Roy fait donner aux matelots ponantois qui repassent en leur pays. Il faut maintenir cet ordre pour establir toujours de plus en plus la bonne fov et leur rendre agréable le service des vaisseaux de Sa Majesté. . .
( Arch. de la Mar. Dépêche» concerna* la marine, 1670, fol. 3 1 8.)
1 Antoine Dasque, écrivain en 1 636 » aidecommissaire de marine à Toulon depuis 1 666. Mort en avril 168g.
1 Pierre Puget, né à Marseille on i6a3, se signala dès l'âge de quinie ans par la construction d'une galère, et devint bientôt célèbre par ses peintures et ses sculptures. Fouquel, ayant songéà lui ronfler des travaux pour sou château de Vaux, l'avait envoyé en Italie choisir des marbres; la nouvelle de la chute du surintendant le détermina à s'établir à Gènes. Happelé en France, en 1668, il fut nommé directeur de la décoration des vaisseaux à Toulon. Mort le » décembre 1696.
5 Homliaud et Tureau ou Toro , sculpteurs attachés au port de Toulon. — DTnfroville écrivait à Colbert le 8 mai 1668 : «Le sieur Tureau est très-habile homme, et commence fort bien; mais, comme le sieur Rombaud et luy sont d'un mesme âge, il y a desjà de la jalousie entre eux, et certainement ils ont
besoin d'avoir une personne d'âge et d'expérience par-dessus eux pour les obliger nu respect et à l'ordre qu'ils auront à tenir pour perfectionner ce qu'on leur donnera à faire. . . - Et le 39 du même mois : «J'attends le sieur Puget, que vous m'avez commandé d'appeler, qui sera très-propre pour cela. Tureau .1 le malheur de ne pouvoir assujettir personne à travailler avec luy. Je fais mon possible pour les y assujettir et les faire changer d'hu meur. . . » (Arch. de l'art français, 6' année, h' livraison, a h a.)
* Le a3 du mois suivant, Colbert écrivait * Matharel : «Le sieur Puget n'ayant point servy pendanl le premier quartier de cette année, il n'a pas lieu d'en dcmanderle payement. Fuilesmoy sçavoir les ouvrages qu'il fait pour les cent écus par mois pour lesquels il est etnplove dans Testât du port de Toulon, cet appointement me paraissant un peu fort. . . - ( l^y. ronc. la mar. fol. 389.)