A M. MATHAREL
INTENDANT DE MARINE A TOULON
Saint-Germain, 19 septembre 1670.
J'ay reçu vos lettres des 29 du mois passé et 3 du présent. J'attends le mémoire que je vous ay demandé des douze vaisseaux que vous estimez propres pour composer l'escadre du mois d'avril prochain, dans lequel nombre le Roy désire que vous examiniez si l'on peut comprendre le Royal- Louis, le Dauphin-Royal, le Paris et les autres grands vaisseaux neufs qui n'ont point encore esté à la mer, afin de connoistre s'il n'y a aucun défaut dans leur construction, pour y remédier ensuite. Et vous devez observer, non-seulement à l'égard de cette escadre , mais mesme des autres que Sa Majesté fera armer cy-après à Toulon , d'y comprendre toujours les vaisseaux neufs qui se trouveront en estât d'estre mis en mer, pour les éprouver et estre seur du service que l'on peut en attendre. 11 n'en doit pas eslre toutefois de mesme des armemens qui se feront pour les voyages de lonj; cours , auxquels il ne faut employer que des vaisseaux dont l'on soit assuré par l'épreuve de quelques voyages.
J'attends aussy Testât de toutes les marchandises et munitions à mettre dans les magasins de marine à Toulon pendant l'année prochaine ; sur quoy vous devez observer que, en ayant desjà esté mis un grand nombre les années dernières, il faut se contenter de tenir ces magasins bien fournis, sans excès.
J'ay esté surpris de voir, par le mémoire des ancres que vous m'avez envoyé, qu'il vous en manque un si grand nombre. Mais je veux croire qu'en faisant travailler incessamment à raccommoder les 5o que vous avez sur le port, le nombre en diminuera considérablement, et je vous avoue que je ne puis me résoudre à en faire venir de Hollande, d'autant plus que je suis assuré que, si vous concertez bien avec le sieur Dalliez les moyens d'augmenter et perfectionner cette fabrique, il vous en pourra fournir tous les ans jusqu'à do ou 5o. Surtout recommandez bien aux capitaines d'avoir un grand soin de la conservation de celles qui leur seront données, et de ne pas les laisser dans les ports et rades où ils seront obligés de mouiller, comme il s'est pratiqué par le passé, le Roy voulant estre informé, à tous les désarmemens, du nombre d'ancres qui auront esté perdues et des raisons pour lesquelles on n'a pu les recouvrer.
Vous sçavez qu'un des points de vostre instruction est de m'envoyer les rôles et extraits de revues des vaisseaux à mesure qu'ils désarment, en-
.semble an estât des payemens qui auront esté faits aux équipages. Àussy je ne doute pas que vous ne m'envoyiez au premier jour de pareils rôles et tslab de l'escadre que vous venez de désarmer, auxquels il sera nécessaire que vous joigniez un extrait du registre des écrivains de chacun vaisseau , pour voir la consommation qui s'est faite, tant des munitions de guerre mie des agrès et apparaux , pendant le temps qu'ils ont tenu la mer.
Pour ce qui concerne l'ordonnance sur les fournitures des vivres aux équipages, il se peut bien faire qu'elle soit un peu trop rigoureuse; en ce cas, vous pouvez donner vostre avis sur ce que vous estimeriez devoir y e>lre réformé. Mais surtout observez qu'en cette matière il faut espargner un jour, d'autant que vous sçavez qu'en fait de guerre celuy qui la fait avec moins de dépense est toujours supérieur à l'autre.
( Arch. de la Mar. Dépêches conrematU la marine, 1670, fol. ft*8.)
INTEND AÎS T A ROCHEFORT.
Sainl-Germain , i5 septembre 1670.
Je ne vous dis plus rien de M. le Vice-Amiral, le voyant à présent en mer.
11 ne faut plus faire partir d'escadre en septembre, pour éviter les maladies.
Le sieur du Quesne m'a fait réponse sur la difficulté des saluts, et ainsy il n'y en aura aucune.
Les directeurs de la compagnie des Indes occidentales m'ont dit icy que les charpentiers qu'ils employent au radoub de leurs vaisseaux à la Rochelle leur sont continuellement pris pour les ateliers de Rochefort; et que, s'il ne leur est permis d'en nommer quinze pour les eitraire du rôle des brigades que vous en aviez fait faire, il leur sera impossible de mettre leur vaisseau la Pucelle à la mer. Je vous prie de voir ce qui est à faire à ce sujet, afin que le radoub de ce vaisseau ne soit point retardé ; estant important de faciliter à ladite compagnie, autant qu'il pourra dépendre de vous, les movens d'équiper promptement ses vaisseaux.
L'un des pointiers m'écrit de Roanne que l'entrepreneur avec lequel ils ont traité pour la conduite de leurs a oo masts jusqu'à Nantes est prisonnier, et que, pour luy, il est hors d'estat d'agir, estant au lit il y a près d'un mois. Si on perd l'occasion de les faire descendre aux premières crues «l'eau, comme ils courent risque de demeurer encore là pendant tout l'hy-
ver, j*eslime qu'il seroit nécessaire d'y envoyer au plus tosl le commissaire Menessier afin de < I il igcnl er la voilure desdits masts ; ensuite de quoy il seroit bon qu'il fist un voyage à Brest, où les maistres canonniers du port, par je ne sçais quel scrupule, ont de nouveau éprouvé une partie des canons du Nivernois encore qu'ils sçussent qu'ils avoient esté éprouvés par luy. Us en ont fait crever 9 de a 5 ou 3o , et auroient continué de les éprouver tous, si je ne les avois empeschés J. Lorsqu'il y sera arrivé, il leur fera voir ses procès-verbaux de l'épreuve de chaque pièce, pour les convaincre de la bonne qualité de la matière ; et , en cas qu'il y en ayt quelques-unes de douteuses, on pourra les éprouver devant luy.
Vous sçavez que le dernier règlement sur les pavillons ne décide rien sur le salut que doivent rendre les pavillons inférieurs aux supérieurs, et les vaisseaux particuliers à l'égard de tous les pavillons. Quoyquc tous les officiers sçachent ou doivent sçavoir ce qui se pratique d'ordinaire sur ce sujet, j'estimerois toutefois qu'on pourroit faire une addition audit règlement de ces sortes de saluts, afin d'oster tout prétexte de chicane. Pour cet effet, mandez-moy, je vous prie, de quelle manière ces saluts se rendent, et de combien de coups. . .
(Arch. de la Mar. Dépêche» concernant la marine, 1670, fol. 439 )