‹ Lettres, instructions et mémoires de Colbert (volume 3)Chapitre 152 sur 486 · A M. ARNOUL · texte numérisé non relu

A M. ARNOUL

INTENDANT DES GALÈRES A MARSEILLE

Saint-Germain, 19 septembre 1670.

J'ay reçu vostre lettre du 6 de ce mois. Quelques instances que le divan d'Alger puisse faire pour obtenir la liberté du renégat breton duquel vous m'écrivez, il ne faut point le rendre absolument, et j'écris de la pari du Roy à M. de Martel que Sa Majesté est dans la résolution de ne point le renvoyer, ce que vous devez faire sçavoir au consul afin qu'il explique

1 Colbert écrivait à ce sujet à H. de Seuil, le s août précédent :

«11 est presque impossible qu'un canon de fer résiste a une seconde épreuve aussy forte que la première sans en estre offensé, particulièrement dans la saison où nous sommes. Il no faut pas vous laisser cntraisncr à ce que peuvent dire les capitaines, estant assez vraysemblable qu'ils les décrieront toujours pour en avoir le moins qu'ils pourront ; mais romme

vous sçavez que le Roy veut en establir l'usage sur ses vaisseaux, suivant le règlement que je vous ay cy-devant adressé, il est de son service que vous contribuiez, autant qu'il pourra dépendre de vous, à mettre cette manfacture en crédit. Envoyez-moy un mémoire contenant le numéro des pièces crevées, leur calibre et l'épreuve qui leur a esté donnée, pour en parler au sieur Dalliez... i (Dép. conc. la mer. fol. 35o.)

au divan la volonté de Sa Majesté, et qu'il ne doit point prétendre de retirer aucun renégat.

A l'égard de l'exécuteur de justice qui est sur les galères , qui vous a esté demandé par M. le président de Simiane1 pour s'en servir à Aix, le Roy ne veut pas consentir qu'il soit détaché de la chaisne, quelque besoin qu'on en puisse avoir, Sa Majesté voulant qu'il serve tout le temps porté par sa condamnation et que la justice ayt entièrement son effet.

Je suis bien ayse que vous ayez fait depuis peu la revue des soldats des galères, et que vous en soyez satisfait. Je suis persuadé comme vous que ces troupes deviendront encore meilleures si les officiers prennent soin de leur faire faire souvent l'exercice ; et c'est à quoy il faut que vous les excitiez fortement. Ne manquez pas de faire tous les mois de semblables revues, mais observez, s'il vous plaist, de m'en envoyer les extraits.

Le sieur Brodart m'écrit que les capitaines des galères donnent des certificats à des matelots pour les dispenser de l'enrôlement général ; mandezmoy ce qui en est et sur quoy peut estre fondée l'autorité qu'ils se donnent, d'autant que le Roy ne veut pas qu'aucun matelot en soit dispensé, ni qu'il y ayt un double enrôlement, qui apporteroit trop de confusion et anéantiroit entièrement ce travail. S'il est vray que lesdits capitaines prétendent que leurs certificats ayent ce pouvoir, je m'étonne fort que vous ne m'en ayez point écrit.

M. le Général propose, dans un grand mémoire qu'il m'a envoyé concernant les galères, de donner au maistre de hache, au barillat et au rémolar, chacun un jeune garçon pour les servir, et d'en ajouter cinq autres par galère pour servir de prouyers, à l'imitation de Malte. Comme cet establishment pourra estre avantageux, faites-moy sçavoir quelle paye le Roy doit leur donner et à combien ira cette dépense.

Je crois que je pourray prendre la résolution d'envoyer mon fils en Provence pour voir et apprendre sur les lieux tout ce qui peut dépendre de la fonction de ma .charge pour le corps des galères. Je vous prie de préparer tous les mémoires que vous estimerez nécessaires pour l'instruire promptement de toutes choses.

J'attends le projet de toute la dépense qui est à faire pour l'année prochaine; je seray bien ayse que vous le fassiez voir à mon fils aussytost qu'il arrivera près de vous.

(Areb. de la Mar. Depérhet e oncrrmnt les galère, 1670, fol. 1*8.)

1 D« Simiane, sieur de La Coste, ra été encore compter pour rien.» (TabUau det par lro»on quatre ans conseiller, et il ne le faut iraient», Depping, II, gA.)

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