‹ Lettres, instructions et mémoires de Colbert (volume 3)Chapitre 17 sur 486 · A M. DE LA GUETTE · texte numérisé non relu

A M. DE LA GUETTE

INTKM. V n T DE MARINE A TOULON.

De. . . a 8 atxul i66t.

Je feray à la fin de ce mois, aux échevins de la ville de Marseille, le fonds de 5o,ooo livres que le Roy a ordonné pour le dédommagement de leurs infirmeries; mais je ne sçaurois convenir que la voye la plus courte pour avoir à bon marché les démolitions desdites infirmeries soit de suivre ce que vous me propose! ; estimant au contraire que, pour ne dépendre pas de l'irrésolution ou mesme du caprice desdits échevins, il sera plus avantageux pour parvenir à nostre but de s'en rendre adjudicataire sous un nom interposé.

D'Âlmeras' est party, et bien que Matharel u vous ayt écrit qu'il falloit prendre les victuailles qui ont esté rendues au sieur Beuf pour l'armement entier des trois vaisseaux, néanmoins, si vous estimez plus à propos de prendre seulement ce qu'il faut de victuailles en espèces pour lesdits vaisseaux et de leur fournir le reste en argent, j'y donne volontiers les mains, et vous pourrez tirer sur le trésorier de la marine ce qu'il aura esté avancé, que je feray ponctuellement acquitter icy.

' D'Almeras était originaire de Montpellier. Il venait d'être créé chef d'escadre. ( Voir, pour la mission qui lui était confiée. II, Ai 6. pièce

1 Louis Matharel, né à Paris le 6 ortohrti ti i Q , secrétaire général de la marine de Po-

nant et de Levant en i658, puis conseiller d'État. Il succéda, en 1670, à M. d'Infreville, comme intendant de la marine à Toulon , et eut plus lard le titre d'intendant général dit Levant. Mort d'un épanchemenl dans la poitrine, le *n juin 107». (Voir II, Aiîï.)

li faut sur toutes chose* vous appliquer extraordinaireuicnt à préparer les victuailles , et à mettre les six vaisseaux oui doivent sortir à la ruer en estât de partir sans faute en ce temps-là , en sorte que les victuailles ne commencent à courir que du jour de leur départ, Sa Majesté ayant résolu de les tenir dans la Méditerranée pour la seureté du commerce, pendant que les trois autres, commandés par ledit sieur d'Àlmeras, passeront en Ponant. Il sera bon que vous fassiez entendre à tous les négocians de la Provence, et niesme à ceux des villes de Languedoc qui peuvent avoir quelque commerce en Levant, que ces six vaisseaux sont particulièrement destinés à leur servir de convoy et d'escorte, de sorte, que y ayant deux ou trois baslimens marchands qui voulussent aller de conserve à Smyrne, au Grand- Caire ou en Syrie, ceux du roy les accompagneront jusqu'où il sera nécessaire pour les garantir des insultes des corsaires. Vous pourrez mesmc adjoindre que le Roy aura pendant tous les estés douze galères à la mer, ut six vaisseaux en toutes les saisons, dans la vue de nettoyer la mer de pirates et donner moyen à ses sujets de faire leur trafic avec seureté.

Le sieur Pierre Perrin 1 partira au premier jour pour se rendre auprès de vous, le Koy désirant essayer de son industrie pour la fourniture du pain des galères, en sorte que, par l'expérience que vous en ferez pendant trois mois, Sa Majesté puisse juger s'il luy sera plus avantageux, et pour le bon traitement des chiourmes et pour le raesnagement de la dépense, de faire faire ce pain par économie ou à prix fait: je ne manqueray pas de faire le fonds nécessaire pour cet effet.

Quand les galères auront rendu le bord , il faudra que vous teniez la main qu'il y en ayt deux, trois ou quatre en estât de naviguer, aun de les pouvoir envoyer à M. le duc de Créquy2, s'il en a besoin.

Je ne scaurois vous répliquer trop souvent que le salut des galères dépend de faire voguer incessamment les chiourmes, et j'estime qu'il seroit très à pro|>os de les faire sortir le long des costes pendant l'hyver prochain, au moindre beau temps, pour les exercer toujours, en meslant les forçats nouveaux avec les anciens, afin de les instruire à voguer avec facilité.

J'ay esté très-ayse de voir le détail que vous m'avez envoyé de la manière dont les forçats sont traités, vous conjurant toujours de ne rien diminuer de vostre zèle et de vostre soin pour cela , et «l'exercer vostre charité envers ceux qui seront malades.

' Soir la pièce suivante. deur et sa femme avaient été l'objet , le uo août ,

• GÀhrri i/jiiorail peut-élrv encore , en écri- de la part de la jjartle corso du pape; mais il nul rrffc lettr*', violences dont l'ambassa- prétoyail sans doute cette collision.

Je vous prie de me mander si nous n'avons pas suffisamment de chiourmes à présent pour l'armement de six galères, estimant que les Boulonnois seront arrivés et que vous aurez reçu encore quelque chaisne d'ailleurs. Cependant je dois vous avertir que j'ay écrit aux procureurs généraux des parlemens de Toulouse, de Bordeaux et de Pau, que vous enverriez incessamment des officiers de galères pour prendre les criminels condamnés à cette peine qui sont dans les prisons du ressort de leurs parlemens, et qu'il estoit nécessaire qu'ils s'entendissent ensemble pour les envoyer tous en un seul lieu, afin que, lesdits ofliciers arrivant, ils n'eussent qu'à les enlever.

Au reste, je suis dans une extrême inquiétude de ce que nos vaisseaux et galères auront fait à la mer, et d'estre éclaircy au vray de l'avis que vous et le chevalier de Clerville avez eu, que lesdites galères auraient fort malmené trois vaisseaux d'Alger1.

Je vous prie de rendre le billet cy-joint au sieur Chabert, et de l'exciter toujours à travailler avec assiduité, luy insinuant que, rendant les galères qu'il bastit les meilleures et les plus belles de la Méditerranée, comme je ne doute pas qu'il ne fasse, il doit s'assurer que le Roy aura soin de sa famille, et je prendray inesme en mon particulier celuy de luy faire faire, à la fin de cette année, une gratification par Sa Majesté, qui trouve bon ce pendant que vous fassiez un traitement favorable au fils aisné dudit Chabert, et que vous le distinguiez des autres charpentiers, puisque, en outre la considération que l'on doit avoir pour l'habileté de son père, il- mérite de luy-mesme qu'on fasse cette différence.

Je suis très-ayse des trois jeunes esclaves turcs que vous avez achetés, et je vous prie de ne perdre aucune occasion d'en acheter d'autres, vous entendant pour cet effet avec les consuls de la nation françoise qui sont en Alicante, à Cagliari et à Majorque, dans lesquels lieux je crois mesme que vous pourrez envoyer cy-après le sieur Perrin pour faire des victuailles aux vaisseaux qui seront à la mer; car, par ce moyen, ils ne seront pas obligés de rendre le bord à Toulon, ni vous en peine de leur envoyer des barques à un rendez-vous, au hasard d'estre prises par les corsaires ou de faire naufrage.

Enfin, pour finir celle longue dépesche, je vous dira> qu'estant absolument nécessaire d'avoir des esclaves turcs pour fortifier les chiourmes, il n'y a nulles diligences qu'il ne faille faire pour en avoir, et je « rois mesmr

1 II sajril .sans «lotiU- ici u\*s >urr«* d« Tourvilic, qui »'eiii|>ara à relie époque d* deux *ai*n»mu\ turcs.

que le Ko . prendra la résolution de faire faire le voyage de Malle à M. le «tmmandeur Des Gouttes'.

( Arch. de la Mar. Hecttml de dwene» ItUret, fol. 64.)

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