‹ Lettres, instructions et mémoires de Colbert (volume 3)Chapitre 181 sur 486 · A M. MATHAREL, intendà:st de marine a toulopï · texte numérisé non relu

A M. MATHAREL, intendà:st de marine a toulopï

Paris, ao février 1671.

J'ay reçu vostre lettre du 1 0 de ce mois. La diminution que vous avez faite sur les voitures des bois d'Arles à Toulon est fort considérable. J'ay lieu d'espérer que vostre application servira beaucoup à réduire toutes nos dépenses de marine et à les mettre en estât de donner au Roy plus de satisfaction qu'il n'en a eu jusqu'à présent. Et sur ce sujet il suffit de vous répéter ce que je vous ay desjà dit autrefois, qu'en fait de guerre celuy qui la peut faire à meilleur marché dure toujours plus longtemps1, et est par conséquent supérieur; c'est-à-dire qu'il faut que nous nous appliquions, par tous moyens possibles, à faire celle de mer à moins de frais que ni les Anglois, ni les Hollandois. Comme, dans cette année, nous pourrons parvenir à avoir le nombre complet des vaisseaux qui nous sont nécessaires, et inesme tous nos magasins fournis suivant le projet que je vous ay envoyé; que presque tous nos vaisseaux sont neufs, nous pourrons, dans les années suivantes, avec plus de facilité, trouver tous les moyens d'espargner, et nous devons dès à présent nous y appliquer, ainsy que vous faites. I

Vous me ferez plaisir de m'envoyer un mémoire exact de toutes les réductions de dépenses que vous avez faites, depuis que vous estes en Provence, et de celles que vous espérez faire cette année.

Je suis bien ayse que vous ayez estably deux lieutenans et deux enseignes sur chacun vaisseau pour voir travailler à leur radoub, carène et garniture. Vous trouverez cy-jointe une ordonnance du roy pour obliger les capitaines et leurs officiers de s'y trouver présens aussytost qu'ils auront esté nommés, à peine d'interdiction. Ne manquez pas de tenir la main à ce qu'ils l'exécutent ponctuellement, ne voyant rien de si important que de les faire assister aux radoubs et carènes des vaisseaux qu'ils devront commander, afin que, s'il arrive des accidens, ils ne s'en puissent plaindre qu'à eux-mesmes, et qu'ils en soyent garans envers le Roy2.

Je ne fais point de doute que vous n'ayez poussé mon fils pour luy faire voir, à son retour, ce qu'il n'avoit pu voir pendant son séjour à Toulon. Mais je luy trouve une si grande inquiétude d'aller et de venir que j'ay de la peine à croire que vous ayez pu en venir à bout. Je vous prie de

1 Voir pièce n° 181, dernier pnraRrnph<\ — * Voir pière n" 1 17.

prendre soin de luy envoyer toujours de nouveaux mémoires pendant son voyage, estant nécessaire que les objets se présentent souvent aux jeunes gens pour leur instruction.

Je vous envoyé les lettres du commissaire Saussigny. 11 faut entendre II. de Martel à son retour, et peut-estre que le mal ne sera pas si grand que le sieur de Saussigny vous le représente. Il faut surtout s'appliquer eitraordinairement à faire en sorte que les vivres qui seront mis sur les vaisseaux soyent de bonne qualité, et qu'il y en ayt la quantité suffisante. Pour le surplus, nous viendrons bien à bout d'obliger les officiers de s'accommoder à cet establissement, qui sera, dans la suite, très-avantageux au service du roy.

Il est nécessaire que vous me donniez un plus grand éclaircissement sur i'onrerture de la muraille de la ville de Toulon, que vous demandez qui soit faite pour la commmunication du grand au petit parc, et, pour cet effet, en faire un petit plan, en sorte que l'on puisse voir s'il sera nécessaire de faire un pont sur le fossé ou non , devant vous dire à l'avance que , sans une nécessité indispensable, il est de la dernière conséquence de ne pas ouvrir une ville de la qualité de celle de Toulon.

Le Roy s'est expliqué, il y a desjà quelque temps, que les valets des capitaines et officiers des vaisseaux, aussy bien que ceux du munilionnaire , seront compris dans le nombre de l'équipage et non au delà , cela ne s'estant point encore pratiqué. A quoy j'ajouteray que, nos équipages estant plus forts de près d'un tiers que ceux des Anglois et des Hollandois1, il seroit bien plus à propos de les diminuer que de les augmenter.

M. d'Almeras part aujourd'huy pour s'en aller à Rocbefort, où il ne doit estre que trois ou quatre jours, et de là passer en diligence à Toulon, pour commander l'escadre. Cependant M. le marquis de Grancey2 part aujourd'huy en poste pour s'y rendre aussy, le Roy luy ayant donné le commandement des trois vaisseaux qui doivent estre détachés de ladite escadre pour aller occuper les rades de Porto-FarinU s et la Goulette4. Ainsy vous n'avez pas un moment de temps à perdre pour les mettre en estât de partir au commencement du mois prochain, et le reste de l'escadre au ieT avril5.

Je me suis fortement expliqué à l'un et à l'autre sur la peine qu'a le Roy de voir tant de dépenses inutiles et de n'entendre jamais parler d'aucune

1 Voir pièce n* 9o3. 3 Port situé sur le golfe de Tunis.

1 Le marquis de Grancey, d' A rgen tan, capi- 4 Forteresse et port sur le golfe de Tunis,

laine de vaisseau à Toulon en 1 66s, chef d'es- » L'escadre de d'Almeras ne sortit cepen-

«dre en 167a. Mort à Paris le 3o septembre dant de Toulon que le 90 mai.

MARINK

action que ses forces maritimes ayent faite qu'il estoit nécessaire d'examiner la qualité des vaisseaux corsaires de Tunis, Tripoli et Alger, et qu'il falloit faire en sorte d'en avoir de plus vites qu'eux. Ils sont demeurés d'accord que nos vaisseaux estoient aussy bons et aussy vites que les leurs. Mais le mal est que la quantité de vivres que l'on embarque dessus empesche qu'ils n'aillent aussy vite, quoyqu'ils fussent nouvellement carénés, et que, lorsque les vivres commencent à diminuer, ils deviennent sales, en sorte qu'ils ne sont jamais en estât de les pouvoir joindre. Je leur ay donc dit que, pour y parvenir, il estoit nécessaire de ne charger jamais les vaisseaux de cette qualité que de deux mois de vivres et leur donner les moyens nécessaires pour en recharger tous les deux mois et pour les espalmer de frais2; et qu'il falloit exciter fortement quelques-uns de nos principaux capitaines à monter sur ces sortes de vaisseaux, pour faire quelque belle action qui fasse. parler de nostre marine, qui donne satisfaction au Roy et qui serve à les élever. Vous devez de vostre part y contribuer autant que vous pourrez, et ce pendant disposer toutes choses pour l'exécution de ce dessein que je leur ay ouvert, et dont ils disent qu'ils ne s'estoient point encore avisés.

Faites- moy sçavoir combien vous avez de cuivre dans vos magasins, afin que je prenne mes mesures pour ne vous en pas laisser manquer. Vous m'avez promis que vous travailleriez bientost à l'inventaire général que je vous ay demandé de tout ce qui est dans vos magasins et sur les vaisseaux qui sont à la mer. Il est nécessaire que vous le fassiez le plus promptement

' Voir pages 339, 334 et 36».

1 Coibert disait à de Seuii , le 6 février, sur le même sujet : *ll faut que vous concertiez avec Hubac les movens de rendre les frégates qu'il a mises sur Tes chantiers et celles qu'il bastira cy-après les meilleures voilières de la mer, et que, lorsqu'elles seront armées, vous régliez avec les capitaines qui les devront commander ce qu'il faudra qu'ils embarquent au juste pour estre plus légers encore que les bastimens des corsaires; en sorte que nous puissions parvenir une fois à avoir le me&roe avantage sur eux qu'ils ont eu jusqu'icy sur nous; n'estant pas possible que, tant que nos capitaines embarqueront mille choses inutiles sur lenrs bonis, ils puissent jamais joindre les corsaires. En un mot, il faudra qu'ils arment comme eux pour les joindre..."

Le 1 3 mars suivant, Coibert écrivait encore au même intendant : «L'expédient que

vous proposez pour faire réussir ma pensve d'avoir des baslimens à la suite des CMMfN doil recevoir quelque exception , d'autant qup les vaisseaux forts doivent toujours porter pour six ou sept mois de vivres; et ceux qui commandent les escadres doivent donner des rendez-vous fixes et certains pour leur emnver des victuailles avant les six ou sept mois expirés. Mais les baslimens légers qui doi»ent estre armés pour donner chasse aux corsaires ne doivent avoir que pour deux mois de » ivres seulement, et prendre des lieux certains pour espalmer et prendre de nouveaux vivres tous les deux mois; et pour ces sortes de baslimens il faut a\oir une on deux flustes qui les. attendent toujours au readex-vous et qui puissent leur fournir les vivres et les matières nécessaires pour l'espalmagc. . »n ( Oép. conc. /<» mur. fol. 71 et i '19.)

ET GALERES. * 341

que vous pourrez, ayant reçu ceux des autres arsenaux de marine il y a ilfsja quelques jours.

Le sieur Dalliez m'écrit qu'il croit que vous vous estes trompé en ne demandant que y 60 quintaux de fer pour cette année, vu que le sieur Chaise luy a, dit-il, apporté de Toulon un mémoire pour en fournir une plus grande quantité. Je sçais bien que vous m'avez cy-devant écrit que vous en avez beaucoup dans les magasins et que de longtemps il ne pourroit **sire consommé. C'est à vous de vous entendre avec luy sur ce sujet; mais, de quelque façon que ce soit, je vous répète encore que le Roy ne veut point que l'on se serve de fer ni d'aucune autre marchandise des pays estrangers, tant qu'il s'en trouvera de mesme dans son royaume.

Aussytost que l'escadre que commande M. de Martel aura rendu le bord, travaillez au désarmement, et surtout informez-vous soigneusement de tout ce qui s'est passé au sujet des vivres.

Pressez, autant que vous pourrez, l'achèvement des vaisseaux que vous avez fait mettre à l'eau et de ceux qui sont encore sur les chantiers.

(Arch. de la Mar. Dépéch** concernant la marine, 1671 , fol. 94.)

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