‹ Lettres, instructions et mémoires de Colbert (volume 3)Chapitre 189 sur 486 · A M. D LIMÉE D'APLEMONT · texte numérisé non relu

A M. D LIMÉE D'APLEMONT

CHEF D'ESCADRE

Saint-Germain , 37 mars 1671.

J'ay lu au Roy vostre lettre du i s de ce mois. Sa Majesté a esté bien ayse d'apprendre vostre arrivée à Toulon; mais elle a esté surprise que vous n'ayez rien écrit du nombre de coups de canon que vous avez tirés la nuit proche du sérail, lors de l'embarquement de M. de La Haye (en quoy, si le rapport qu'on luy en a fait est vray, elle trouve que vous avez beaucoup manqué au respect que les monarques se rendent réciproquement en tous lieux), et mesme que vous n'ayez non plus rien écrit des esclaves françois que les Turcs se sont plaints que vous et les autres capitaines avez retirés sur ses vaisseaux; et, quoyquc ce que vous avez fait en cela soit peut estre bon et approuvé de Sa Majesté, vous deviez néanmoins ou ne le point faire sans son ordre, ou luy en rendre un compte exact après l'avoir fait K

(Areh. de In Mar. Dépêche» concernant Ut marine , 1671, fol. i73.)

1 Le 1 3 du môme moi» , Colberl s'était déjà adressé a Matliarel pour lui demander le détail de tout ce qui s'était passe :

«Le vaisseau te Cheval-Marin estant arrivé à Toulon , je seray bien ayse nue vous fassiez son désarmement en sorte qu'il serve d'exemple pour tous les autres désarmemens, qui se feront avec plus d'ordre et de netteté que par le

passé. Il y a lieu d'espérer qu'ayant laissé les trois autres vaisseaux de l'escadre de Constanlinople à Malte ils seront bientost dans vo* rades. Sur cela, il est bon que vous sçacbie; que les ministres du Grand-Seifmeur à Cons tantinoplc se sont plaints que les vaisseaux du roy avoient sauvé un nombre d'esclaves fort considérable et, entre autres, un nommé l«-

ET GALERES.

INTENDANT A ROCHEFORT

Paris, au avril 1671.

Je suis fort ayse d'apprendre , par vostre billet du 1 6 de ce mois , que vous estes en bien meilleur estât que vous n'estiez lorsque je suis party de Rochefort. Ma santé a esté assez bonne depuis ce temps-là. Surtout, autant que la vostre le pourra permettre, je vous prie de vous appliquer à l'exécution entière et parfaite des choses contenues au mémoire que je vous ay laissé. Mandez-moy toutes les semaines ce que vous y avancerez. Et comme il est impossible que, dans le peu de temps que j'ay esté à Rochefort, et les indispositions que j'y ay eues , j'aye pu remarquer tout ce qui s'y peut faire, et que vous estes assez bien informé de tout ce que je peux avoir dans l'esprit sur ce sujet, ne manquez pas de vous promener tous les jours dans vos ateliers et d'examiner incessamment tout ce qui s'y peut faire pour la propreté et le bon ordre, et généralement tout ce qui peut donner de la satisfaction'au Roy1.

chevalier de Beaujeu *, et mesme que , lors de l'embarquement de M. de La Haye, ambassadeur, qui se fil la nuit, par des raisons que l'on ne sçait pas, ils tirèrent une très-grande quantité de coups de canon qui incommodèrent la sultane mère et toutes les autres femmes du >éraîl. Comme cette conduite est extraordinaire et pourroit causer de la peine à la Nation , informei-Yous soigneusement de tous les officiers si en effet Us ont sauvé des esclaves et combien ; si le chevalier de Beaujeu a esté efiecuVtnent sauvé ; quels motifs ont porté l'ambas- Mcleur de La Haye à s'embarquer la nuit, et quels peuvent avoir obligé le sieur Dumée I \plemont à tirer un si grand nombre de o>aps de canon , à une heure indue ..." (Dép. (onc. la mar. fol. 1 A 9.)

1 Colbert écrivait, le même jour, au chef d «cadre Gabaret :

''■s huit jours de ce que vous avez fait pour Unir les vaisseaux du roy qui sont devant Kochefort propres et eu bot» estât, tant dedans qi* dehors; en sorte que, depuis la quille

jusqu'au baslon de pavillon, il n'y ayt rien à dire sur cet article. Et , comme leur garde <ît leur conservation vous sont confiées, je seray bien ayse d'estre informé par vous-mesme des diligences que vous ferez pour vous acquitter aussy de ces deux points...*

Et encore au sieur de La Bellegrange, à Brest :

«Dans la visite que j'ay faite des vaisseaux du roy devant Bochefort, j'en ay trouvé quelques-uns malpropres dans les dedans; et, comme le mesme défaut peut se rencontrer dans ceux du port de Brest , je vous écris ce billet pour vous dire qu'il est important que vous et les autres officiers du port donniez une application particulière à les tenir propres et en estât d'estre vus à tout moment du Roy. Et comme, lorsque Sa Majesté prendra la résolution d'y aller, je pourray la précéder de quelques jours, je ne serais pas bien ayse de les trouver en autre estât que ecluy auquel ils doivent toujours eslre...» (Dép. conc. la mar. fol. 191 et 197.)

* Le chevalier Ac Beaujeu était depuis quinze ans enfermé dan» la prison des Sept-Tours, ainsi quil'iatre-vwgU chrétiens, qui se réfugièrent avec lui à bord de l'escadre française.

Si vous pouviez faire construire la machine pour master les vaisseaux, ce seroit encore une des beautés de vostre arsenal, estant certain que ces sortes de machines donnent beaucoup de satisfaction à en voir l'effet, et (jue les masts dont vous vous servez pour cela ne peuvent assurément pas faire le mesrae effet, quelque facilité que vous y trouviez.

Avancez non-seulement la construction des magasins qui restent à faire , mais mesme de tout ce qui concerne le corps des bastimens du niunitionnaire, estant bien nécessaire que le Roy voye tout autant de bastimens élevés qu'il sera possible, cette grande masse estant assurément ce qu'il y a de plus grand et de plus beau.

Visitez aussv la fontaine de Saint-Nazaire; et si vous pouvez, dans le temps qui vous reste, y faire conduire les eaux dont vous m'avez parlé, ne manquez pas de le faire, afin que le Roy puisse voir une grande abondance d'eau dans celte fontaine.

Enfin, si j'entrois dans le détail de tous vos magasins et de tout ce que vous avez à faire en particulier, j'y trouverois perpétuellement quelque chose à polir de nouveau; mais il vaut mieux que je vous laisse faire, ne doutant pas qu'en trois ou quatre mois de temps qui vous restent, vous n'avanciez extraordinaircment tout ce qui peut donner de la satisfaction au Roy.

Je dois vous dire que Sa Majesté ira par Saint-Jean-d'Angely; que tonte la cour sera logée à Tonnay-Charentc; que le Roy ira tous les jours à Rochefort, et mesme y pourra coucher seul avec ses officiers domestiques, une nuit ou deux. En retournant, Sa Majesté ira descendre au port de la Roche 1 , et de là par terre à la Rochelle. Faites travailler promptemcnl à accommoder tous ces chemins.

L'une des plus grandes applications que vous devez avoir est de remplir tous vos magasins de la plus grande quantité de marchandises qu'il se pourra, et pour cet effet de donner vos ordres pour en faire venir.

Tenez une correspondance exacte avec M. de Seuil, et prenez grand soin de luy faire fournir tout ce qui luy sera nécessaire pour mettre les quatre vaisseaux de Rrcst en mer.

J'attends les mesures des marbres qu'il faudra mettre sur les portes des magasins de chacun vaisseau. Je donneray l'ordre pour les faire graver des noms que vous m'enverrez2.

(Arrb. «le ia Mat . Oe/tëtiici concernant la tiutrmc , 1G71, fol 179 i

1 Polil (tort Mit- ht Charente, commune uV Saiul-Laureiil-de-la-l'rée, arrondissement uV Ko rhefort. — ' Voir pape 36 1 .

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