‹ Lettres, instructions et mémoires de Colbert (volume 3)Chapitre 212 sur 486 · AU MÊME · texte numérisé non relu

AU MÊME

Versailles, a G décembre 1671.

Il y a deux jours que je travaille à démeslcr la confusion des soldes el vivres des deux escadres qui sont allées dans les Indes orientales, à quoy je vous avoue que j'ay eu beaucoup de peine. Je vous envoyé les deui petits comptes abrégés que j'en ay écrits de ma main , par lesquels vous verrez, ou que le trésorier a encore entre ses mains, ou que vous avez diverty •> 1 o,483 livres q sols des fonds faits pour ces escadres. J'éclairciray avec le trésorier ce qui en est; mais ce pendant je vous prie de bien considérer, si ces escadres viennent à périr dans les Indes faute de subsistance et de solde, comme il pourroit bien arriver, ce que nous aurions à répondre au Roy s'il nous demandoit pourquoy, après avoir fait le fonds de deux ans de solde et de vivres aux escadres qu'il envoyoit en un aussy long voyage et dont elles ne dévoient revenir de trois ans, vous avez, de vostre autorité privée, retranché ce fonds, et vous n'avez donné aux unes que douze mois et aux autres que neuf mois de solde, sans en avoir jamais demandé ni reçu aucun ordre.

Je vous avoue que cette affaire me louche si fort et me paroist d'une telle considération que je ne puis pas me persuader que vous ayez pu faire une faute qui lire de si grandes conséquences après soy; et je vous diray mesine qu'il est presque impossible de découvrir les payemens qui ont esté faits à ces escadres par les estats que vous avez envoyés, en sorte qu'il faut faire beaucoup de calcul pour l'éclaircir.

Cette affaire me donnera beaucoup d'inquiétude jusqu'à ce que nous y ayons remédié. Pour cela, il faut envoyer de l'argent en ce pays-là par le vaisseau de la compagnie des Indes orientales, ou par quelque autre moyen. Pensez-y de vostre part comme j'y penseray de la mienne. Ce pendant, pour y parvenir, il est nécessaire que vous me débrouilliez la confusion el le peu de rapport que je trouve entre le compte que vous m'avez envoyé el celuy du trésorier. Le premier comprend la recette entière contenue dans Testât de fonds, et le trésorier m'assure qu'il n'a remis à son commis que les sommes contenues en mes ordres, el de plus que tous les fonds qu'il a reçus sont entre ses mains à la réserve de ceux que j'ay ordonnés, et qu'il les payera toutes les fois que je luy ordonneray; en sorte <jue c'est une différence telle que je n'y comprends rien à moins que vous ne me tiriez de celle confusion1.

1 Voir pièce n* a 68.

âlO MARINE

Les fonds faits pour les dépenses de la marine dans l'arsenal de Rochefort pendant l'année 167s s'élèvent à 3a3,ooo livres.

Il est nécessaire que vous vous conformiez au libellé de ces dépenses cl que vous ne vous en départiez , pour quelque cause que ce soit, que par une nécessité indispensable du service du roy. C'est-à-dire qu'en ce cas seulement vous pourrez bien prendre quelque partie du fonds d'une dépense pour employer en une autre, mais jamais excéder ce fonds total de 3 3 3, 000 livres.

C'est à vous à présent à régler vos dépenses sur ce pied, et à faire vos projets de mesme. Pour cela , il faut commencer à licencier une partie de vos ouvriers, mener vos constructions plus lentement, et vous dégager des marchés que vous pourriez avoir faits qui vous porteroient à une plus grande dépense.

Vous devez, par préférence à foutes autres choses, travailler à mettre en mer la grande escadre et retenir tous les ouvriers qui vous sont nécessaires pour cela. A l'égard des marchandises, il faut mesnager extraordinairement celles qui sont en magasin et n'en prendre de nouvelles qu'à l'extrémité.

Souvenez-vous de m'envoyer Testât des dépenses de cette année et l'inventaire des magasins dès les premiers jours de l'année prochaine.

(Arrb. delà Mar. Dfr**M concernant la mnrinr, 1671, M. «38.)

INTENDANT A ROCHEFORT

Versailles, a8 décembre 1671.

11 est nécessaire de prendre promptement une résolution fixe sur les équipages des vaisseaux, ce que je ne peux faire sans vostre avis. Vous avez vu , par toutes mes précédentes, que le Roy, pour éviter toutes les contestations qui sont arrivées jusqu'à présent sur le sujet des troupes d'infanterie des vaisseaux, avoit résolu de restablir les capitaines de marine à faire leurs équipages et leurs vivres, ainsy qu'ils faisoient avant 1670.

Je vous avoue que je n'ay pas cru que cela pouvoit faire aucune difficulté, vu la peine qu'ils ont eue de souffrir que leurs équipages et leurs vivres fussent faits par le Roy et l'usage pratiqué par toutes les nations qui se meslent de marine, parmy lesquelles il est constant que les capitaines font leurs équipages et leurs vivres; mais comme j'y vois d'assez grandes dillicullés et que vous eonnoissez que cela se peut faire à l'égard des ofli-

ciers mariniers, matelots et vivres, et non à l'égard des soldats, et que les principaux officiers qui sont icy conviennent de la mesine chose, si nous ne prenions le party d'exécuter cette proposition , il se trouveroit que nous n'éviterions pas rembarras des troupes et que nous tomberions dans tous les inconvéniens d'avoir de mauvais équipages et mal nourris. Il est donc nécessaire de bien examiner ces deux sortes d'establissemens, en voir fort exactement la dépense, en marquer la différence et rechercher toutes les raisons pour et contre, afin de prendre celuy qui conviendra le mieux au service du roy.

Le premier de ces establissemens est de remettre toutes choses ainsy qu'elles estoient avant l'année 1670, c'est-à-dire que les capitaines fassent leurs équipages et leurs vivres, et par conséquent laisser anéantir l'enrôlement des matelots;

Le second, de maintenir cet enrôlement, faire les équipages et les vivres par les ordres du roy, les commissaires de marine et le munitionnaire, la levée des soldats et l'entretènement d'iceux, à condition que tout ce qui se fera à terre, depuis leur levée jusqu'à leur embarquement et depuis leur débarquement jusqu'à ce qu'ils remontent sur les vaisseaux , se fera par les ordres du secrétaire d'Estat de la guerre, compris en cela toutes les fonctions qu'ils pourront faire à terre, comme la garde de l'arsenal, des ports et généralement. Et, aussytost qu'ils seront remontés sur les vaisseaux , ils obéiroient aux ordres contre-signés par le secrétaire d'Estat de la marine.

Il est certain que, pour ma charge, ce meslange sera fort incommode; mais comme il faut préférer le service du roy à toute autre considération, quoyque Sa Majesté s'en sbit expliquée ainsy que je vous l'ay dit, il faut néanmoins examiner tout ce qui se peut et doit faire pour le plus grand avantage de son service, en faire un mémoire exact et me l'envoyer, prendre une résolution fixe et l'exécuter; je vous prie de m'envoyer ce mémoire en réponse de celle-cy.

( Arch. de la Mar. Dépêche» concernant la marin», 1671 , foi. a4o.)

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