‹ Lettres, instructions et mémoires de Colbert (volume 3)Chapitre 250 sur 486 · AU COMTE D'ESTRÉES · texte numérisé non relu

AU COMTE D'ESTRÉES

VICE AMIRAL DE POSANT

Versailles, 19 novembre 1G79.

Le Roy n'a pas encore vu les observations que vous avez faites sur la liste des vaisseaux de l'escadre de l'année prochaine. Ce sera par le premier ordinaire que vous apprendrez les intentions de Sa Majesté sur ce sujet. Je vous diray seulement que la raison pour laquelle Sa Majesté n'a pas choisy le vaisseau la Rcyne pour porter son pavillon a esté qu'elle ne veut point qu'un vaisseau qui porte son nom ou celuy de la Reyne baisse son pavillon devant celuy d'Angleterre, et qu'elle a eu mesme assez de peine à consentir que la Couronne fist cette action. Néanmoins, comme Sa Majesté veut que cette escadre soit en estât de faire une belle action l'année prochaine, peut-estre qu'elle se départira de cette raison lorsqu'elle aura vu vostre mémoire. A l'égard des autres changemens que vous proposez, je ne doute point que Sa Majesté n'y donne facilement les mains.

Elle a esté bien ayse d'apprendre que le désarmement fust entièrement achevé, et qu'il ayt esté fait en la forme qu'elle l'a ordonné.

Elle donnera ses ordres si précis pour la préparation de tous les vaisseaux de l'année prochaine que vous devez estre assuré qu'ils seront prests au temps que vous désarmerez.

Sa Majesté a donné ordre d'arrester le capitaine Heurtin *, et elle donnera en toutes occasions les ordres que vous estimerez nécessaires pour establir l'obéissance et la subordination, qui est si nécessaire pour le bien de son service.

J'apprends par M. de Terron que les trois vaisseaux qui vous doivent joindre se préparent avec grande diligence. Je l'en presse toujours par toutes mes lettres, et je crois vous p*ouvoir assurer que, s'ils ne vous joignent avant vostre départ, ils ne tarderont guère après vous. Sa Majesté a envoyé ses ordres au marquis d'Amfreville d'aller droit à la rade de Brest, sans s'arrester à celle de Belle-Ile que pour sçavoir si vous y avez envoyé quelques ordres pour luy2.

Vous scavez assez combien le service que vous allez rendre est important au bien général du royaume pour estre persuadé que vous n'omettez

1 Heurtin, le jeune, de la Tremblade , en-

1667. arTèlé ,c 18 167a. étorffi le

9 décembre suivant, lieutenant de port à

Dieppe en 1679, cassé en 1680, rétabli lieutenant de vaisseau en 1687. Mort dans la campagne de Siam en 1690.

1 Voir pièce n*3o«.

rien de toutes les précautions qui sont à prendre et de toutes les circonspections qu'il faut mettre en usage pour tirer, sans leur donner aucune défiance, quelque raison des violences que les Espagnols ont commises en dernier lieu contre le vaisseau le Saint-Jacques , et, en un mot, pour affermir le commerce qui se fait à la barre de Cadix, qui se trouve fort ébranlé par ces violences1.

(Arch. de U Mnr. Dépêthen «wmml /« marine, t07*. fol. 7*1]

AMBASSADEUR A LONDRES

Versailles, 19 novembre 167».

J'ay reçu vostre lettre du 1 o de ce mois. Puisque vous ne voyez pas d'apparence que le roy d'Angleterre ayt donné l'ordre pour le bastimenl des deux yachts, je vous prie de le donner promptement et d'y faire travailler sans discontinuation, en sorte que nous les puissions avoir dans le mois de mars prochain. Et ce sera un avantage considérable que le sieur Deane fasse un voyage icy pour les venir monter et les voir naviguer sur le canal2. Faites-moy sçavoir le fonds dont vous aurez besoin pour cela, et je ne manqueray pas de vous l'envoyer.

1 J> Saint-Jacques appartenait au port de Sainl-Malo. Colberl écrivait à ce sujet le lendemain au sieur Eon *, armateur de cette ville, que le Roi était disposé à tout faire pour obtenir raison de cette violence. «Mais, disait-il, vous convenez vous-mesme que cette matière est si délicate qu'il est difficile d'y trouver un bon expédient.» Il ajoutait: «Je vous avoue que je ne suis pas de vo6lre avis sur le voyage du Vice-Amiral. Il a de la prudence et de la sagesse pour empeseber que les Espagnols ne prennent de la défiance de son séjour à la barre de Cadix, et je crois qu'il est bon que les forces navales du roy y paraissent un peu considérables pour empeseber la suite des violences qu'ils ont desjà commencées et qu'ils pourraient continuer; et peut-eslre que sa présence son ira à affermir vostre commerce, qui vrayserabla-

blement a esté bien ébranle par la perte dp re vaisseau.?? [Dép. ronc. le romm. fol. 334.)

L'affaire du Samt-Jacque» n'était pas laminée en 1 679 , car on lit dans Vlmtruttm au marquis de Viîlars, ambassadeur à Madrid, du i5 mai 1679 : «Il est bien informé de ce qui se passa en la perte du vaisseau le Samt-Jac- . que». . . et , comme cette perte est Ires-considi'rable et mine un bon nombre des sujet* de Sa Majesté, elle veut qu'il se serve des conjonctures qu'il estimera favorables pour en obtenir la restitution. .. r» (Voir II, 7o4,p&f n* 395.)

» Le canal de Versailles, où se trouvaient depuis longtemps d'autres petits Mtimenk Le 97 mars 1 669 , Colbert avait écrit au sieur Dumas, commissaire de marine au !■ «Le Roy a fait venir six chaloupes du Havre, et.

• Km, deLaVUlcbaguc, de Saint-Malo , succéda en février 1676 à Valeton , pour la réceptu* marchandises envoyées an* arwnaux de Rocbefort et de Brest par les fabriques du Nivernais «I àt r»«vergue.

Je suis toujours en peine si le payement des 5oo,ooo écus a esté fait aussy régulièrement que le sieur Frémont m'assure icy. Je vous prie de me faire sçavoir ce qui en est.

Le sieur de Vauvré est arrivé icy, qui m'a rendu vostre lettre. Je trouve qu'il s'est bien appliqué à tout ce qui regarde la marine, et qu'il se rendra capable dans quelque temps de bien servir le Roy.

A l'égard de l'avis que vous me donnez de la dame de Brinvilliers l, je vous av assez expliqué la conséquence de cette affaire. Et, comme ce seroit une trop grande discussion pour le public qu'un crime de cette naturtf fust impuny, commencez de traiter cette matière avec milord d'Arlington, et dites tout ce que vous croirez pouvoir persuader le roy d'Angleterre de donner cette satisfaction au Roy.

A l'égard des chevaux anglois que je vous ay demandés, comme je n'en suis pas pressé, vous pouvez prendre voslre temps; et, si vous pouvez en trouver deux bons, vous me ferez plaisir de les faire acheter, sinon il ne faut pas s'empresser pour les faire chercher.

Je suis bien fasché d'apprendre que vostre santé soit en si mauvais estai. Si vous n'avez que la goutte, ce n'est pas un grand mal , parce que je souhaiterois de l'avoir toujours.

Quant aux remèdes dont je me sers, il est bien facile de vous les expliquer, d'autant que je ne m'en sers d'aucun. Gomme j'ay d'autres maux que relu y-là. et que j'ay l'estomac mauvais, j'ay pris depuis quelque temps un régime de vivre fort réglé. Je mange en mon particulier, et je ne mange qu'un seul poulet à disner, avec du potage. Le soir, je prends un morceau de pain avec du bouillon ou choses équivalentes, et le matin un morceau de pain et un bouillon aussy. Comme ce régime de vivre tient mon estomac en bon estât, et que j'ay toujours faim, je commence à reprendre ma santé et à dormir mieux que je ne faisois auparavant. Je ne sçais si ce régime s'accommodera à vostre tempérament et à vostre mal.

(Arch. de la Mar. Dépêches concernant U commerce, i67î, fol. 339.)

les ayant mises sur son canal de Versailles, il est nécessaire que vous ra'envoyiex p complément six bons matelots pour les pouvoir bien mener, et que tous eonveniei avec eux . In Milil'' qu'il faudra l.'ur iloun-T par mois. Surtout diligentes de me les envoyer, et prenez garde que ce soit de bons hommes et qui puissent bien servir Sa Majesté. Et, comme elle veut faire bastir un petit vaisseau pour meUre sur ledit canal, il seroit nécessaire que le maistre ehaqienlier qui travaille aux vais-

seaux du roy au Havre vinst icy taire un prompt voyage pour voir le lieu et aviser aux moyens de faire ce bastiment, soit pour le bastir icy, soit pour en faire tous les membres au Havre et ensuite, le faire apporter en paquet â Versailles...?» {Dêp.ronr. la mar. fol. 58.) — Voir pièce n' 373 et note.

1 Marie-Marguerite Dreux d'Aubray, femme du marquis de Brinvilliers; condamnée par contumace en 1673, elle ne fut arrêtée que trois ans après. Exécutée le 16 juillet 1676.

INTENDANT A ROCHEFORT

Versailles, ih novembre 167».

Je me trouve assez empesché sur l'affaire de Mademoiselle1, concernant les bois qu'elle veut faire livrer, que vous m'avez dits estre de nulle valeur, et par conséquent que c'est de l'argent entièrement perdu , les bois estant tout rouges et gélifs. Mademoiselle répond à cela des raisons dont vous deviez bien m'avertir.

Elle dit donc que son traité porte que l'on envefra dans ses bois un commissaire et un charpentier de marine pour les visiter, marquer et faire gabariser et débiter en pièces suivant l'usage de la marine; que cela a esté fait, que le charpentier que vous y avez envoyé a tout marqué et a vu tout débiter; en sorte que, si le bois estoit mauvais, c'estoit à luy à ne le point marquer; qu'en ce cas il n'auroit pas esté débité en pièces de marine, et qu'elle en auroit disposé autrement; mais qu'à présent que son bois est entièrement débité , il n'est pas juste de ne le point recevoir.

Informez-moy du fait, et s'il est vray que vous ayez dans ces bois un charpentier qui ayt tout marqué et fait débiter, et quelles raisons vous pouvez avoir pour vous défendre en ce cas de les prendre. Mais, si cela est, il faut que ce charpentier soit un grand ignorant ou un meschant homme. Et vous deviez prévenir cet inconvénient, que vous voyez estre d'une grande conséquence.

De quelque façon que ce soit, il faut retirer aussytost ce charpentier, et bien examiner si, en effet, les bois ne valent rien; en ce cas, il faut que ce coquin-là se soit laissé corrompre.

(Arch.de la Mar. Dépt'ihct concernant la marin*, $67*, M- 7*9-1

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