NÉGOCIANT A ROUEN
Versailles, 9 décembre 1674
Pour réponse à vostre lettre du 99 du mois passé, je vous répétera) toujours ce que je vous ay dit plusieurs fois, que vous connoissez assez me> sentimens pour tout ce qui concerne le commerce , pour estre persuadé
.(VoirI,43.)-* Voir II, 485.
ET GALERES. 481
que la protection du Roy ne manquera pas pour ceux qui s'y appliqueront.
A l'égard de ce que vous m'écrivez sur le sujet du voyage de Ruyter, il est presque impossible qu'il ayt pris la résolution d'aller au détroit, d'autant que le roy d'Angleterre y envoyé douze frégates , et le Roy seize, sçavoir, dix de Ponant, et six de Levant l. Et comme les vaisseaux de Sa Majesté se pourront joindre avec ceux du roy d'Angleterre, il ne se trouverait pas le plus fort; en sorte que je doute qu'il prenne la résolution de faire ce voyage. Nous avons mesruc quelques avis qu'il est rentré dans les ports. Si les lettres des marchands de Rouen en disent quelque chose, vous me ferez plaisir de me le faire sçavoir.
(Arcb. delà Mar. Dépêches concernant 1e commerct, 167* , fol. 354.)
Versailles, a décembre 167a.
J'ay examiné avec le sieur Arnoul les mémoires qu'il a faits sur ce qu'il a observé pendant la dernière campagne. El, comme il m'a fait voir le dessin d'un ponton au moyen duquel les Anglois mastent leurs vaisseaux avec beaucoup de facilité, faites-moy sçavoir si vous avez fait achever celuy qui a esté commencé en sa présence et dont le sieur de Beaulieu a pris le soin. Faites-moy sçavoir aussy si cette machine facilite fort la masture des vaisseaux.
Les Anglois ont trouvé que le Superbe estoit trop grand pour n'avoir que deux ponts. Il faut que vous assembliez le conseil de construction sur ce sujet, et que vous fassiez travailler à faire un troisième pont, en cas que ledit conseil soit de mesme sentiment. Faites aussy examiner pourquoy le vaisseau l'Admirable est si malsain , et faites en sorte d'y remédier.
1 Ces forces maritimes devaient d'abord être sous les ordres du comte d'Eslrées (voir pièce n* 3*a ) , mais on ne put s'entendre à cet égard arec les Anglais, à cause de la question de suprématie du commandement; le marquis de Martel fut substitué au comte d'Estrées, mais il repassa bientôt en Ponant sans avoir rien fait (voir pièce n' 333, note). Le ai décembre, Golbert écrivait, au sujet de la destination de ces armements, à Matharel, intendant de marine à Toulon : «Ce seroit apurement très-avanlageux au commerce du
royaume , si nous pouvions une fois empeseber que les Hollandois entrent dans la Méditerranée. Il sera nécessaire que les quatre premiers vaisseaux qui partiront chassent les deux vaisseaux qui sont sortis du port de Livourne et qui sont allés dans celuy de Naples pour achever de s'y armer en guerre , d'autant que, les Hollandois n'ayant plus que ces deux seuls vaisseaux dans la Méditerranée, si nous pouvions une fois les chasser, il est certain qu'elle demeurera entièrement libre..." (D*p. conc. Ut mar. fol. 8a3.)
Il est important de sçavoir bien précisément combien il y avoit de canons des manufactures de France sur les vaisseaux, s'ils ont tiré plusieurs coups et s'il n'en est arrivé aucun accident. Je vous prie de vous en informer avec soin, et de me faire réponse sur cet article. Vous sçavez combien il nous importe de donner de la réputation à celte artillerie.
J'attends l'éclaircissement que vous avez pris sur toutes les ancres qui onl cassé pendant la campagne , apprenant du sieur Arnoul qu'il y en a eu une infinité; ceseroitune grande satisfaction s'il se trouvoit que ce fussent toutes ancres d'Allemagne, et qu'il n'y en eust aucune de nos manufactures. En ce cas, il faudra n'en prendre à l'avenir aucune de la compagnie du Nord , et continuer toujours à perfectionner de plus en plus nos manufactures; mais, s'il s'en trouve de nos manufactures qui ayent cassé, il faut examiner avec soin les remèdes que l'on y peut apporter. Vous me ferez plaisir de m'éclaircir promptement sur ce point, qui me paroist fort important et que j'ay fort à cœur.
Sur la plainte qui a esté faite cette année, qu'il n'y avoit point de bons chirurgiens sur les vaisseaux et que les coffres n'estoient pas assez bien garnis, examinez s'il ne seroit pas bien et avantageux au service de prendre à Paris cinq ou six habiles garçons chirurgiens, et de faire faire tous les coffres par un bon maistre chirurgien et par un bon apothicaire de Paris, et les envoyer ensuite sur les lieux. Il seroit mesme bien nécessaire de prendre un médecin jeune ou un bon maistre chirurgien pour donner à l'un ou à l'autre l'autorité sur tous les chirurgiens, et qu'il s'embarquast sur toutes les escadres un peu considérables. C'est mon sentiment; faites-mov sçavoir le vostre.
Je serois bien ayse d'avoir un petit vaisseau pour en faire présent.
Je vous prie de penser toujours à avancer la préparation des vaisseaux et de tout ce qui en dépend pour la campagne prochaine. Vous sçavez qu'il y va de tout pour mettre bientost en mer. Nous avons affaire à un ennemy habile et diligent, qui sçait n'avoir manqué que de six heures pour surprendre la flotte angloise, la défaire, et ensuite faire la mesme chose à la nostre.
Il ne manquera cette année à faire encore plus de diligence , vu qu'il y va de tout pour luy et son pays. Considérez combien il nous importe, par les raisons contraires, de nous mettre en estât de le prévenir et de joindre les Anglois de bonne heure. . .
(Arch. de la Mar. hrpéchc conctrnnntla marine, »67*.fol. 767.I