‹ Lettres, instructions et mémoires de Colbert (volume 3)Chapitre 252 sur 486 · AU MARQUIS DE MARTEL · texte numérisé non relu

AU MARQUIS DE MARTEL

LIEUTENANT GÉNÉRAL DES ARMÉES NAVALES

Paris, a3 d«kembre 1679.

Je ne puis vous exprimer avec quelle impatience le Roy attend les nouvelles de vostre départ. Vous aurez vu facilement par vostre instruction combien vostre présence est nécessaire à la barre de Cadix. Permettêz-moy de vous dire que c'est en ces sortes d'occasions qu'il faut faire l'impossible pour la diligence. Vous aurez vu , par mes précédentes, combien l'action des forces navales que vous commandez cette année sera importante.

Sur ce que vous me dites que vostre instruction devroit vous laisser un peu de liberté d'agir, je suis étonné que vous demandiez une explication sur cela. Les instructions vous doivent servir pour connoistre la principale intention du Roy sur le sujet de vostre armement; mais elles vous laissent la liberté d'agir dans les rencontres , selon ce que vous estimerez plus nécessaire et plus avantageux au bien de son service1.

Par exemple, la volonté absolue du Roy est que vous alliez droit au détroit, parce que son service veut que vous y soyez bientost; mais si dans la suite, et sans préjudicier à ce principal service que le Roy désire de vous, vous trouvez à faire quelque chose d'avantageux, vous le pouvez. Je dois pourtant vous dire que le Roy voit si clairement ce qui est nécessaire pour son service et ce qui se peut faire, qu'autant que vous pourrez vous attacher à vostre instruction, ce sera toujours le mieux.

Le Roy présuppose qu'estant dans le détroit vous empescherez qu'aucun vaisseau hollandois n'entre; mais s'il y avoit nombre de vaisseaux ennemis dans la Méditerranée, Sa Majesté ne vous tiendrait pas dans le détroit.

II faut donc que vous y couriez pramptement afin que vous rendiez ce service-là , qui sera assez considérable pour rendre la mer Méditerranée entièrement libre, et que vous empeschiez l'entrée et la sortie du détroit à tous les vaisseaux ennemis.

A l'égard de l'escorte que vous devez donner aux vaisseaux marchands, Sa Majesté veut que vous observiez d'en donner à tous les vaisseaux chargés d'argent qui partiront de la barre de Cadix. A l'égard des autres, vous pouvez les retenir sous vostre pavillon jusqu'à ce qu'il y en ayt dix ou douze; et, lorsque ce nombre sera assemblé, le Roy veut que vous leur donniez un ou deux vaisseaux d'escorte. . .

( Arrh. dr la Mai. litpécke* cvnerrnant In marine, 1671. fol. 8*o.)

1 Voir pifao n° 55*7, noio.

m MARINE

\MBAS8ADEUR A LONDRES.

Saint-Germain, l5 février i673.

J apprends, par vos Ire" lettre du g de ce mois, que vostre santé est à présent en meilleur estât. Je prie Dieu qu'il vous la conserve et augmente; mais surtout ne manquez pas de me faire sçavoir bien précisément Testât auquel vous serez quand vous aurez quelque accident de maladie de cette nature.

La résofution que le roy d'Angleterre a prise de retenir M. le dur d'York auprès de luy, et de donner le commandement des flotles à M. le prince Robert1, a fait un peu de peine au Roy, parce que Sa Majesté peut ditlicileraent se persuader que M. le prince Robert ayl la mesme application, la mesme bonne volonté et la mesme autorité qu'avoit M. le duc d'York pour maintenir la bonne intelligence entre les François et les Anglois; mais, comme les raisons que le roy d'Angleterre a eues sont telles que Sa Majesté ne peut pas insister pour le retour de Son Altesse Royale, c'est à vous à travailler en sorte que, par le roy d'Angleterre, M. le due d'York et les ministres, M. le prince Robert prenne l'esprit d'union et de bonne intelligence qui est assurément le principe sans lequel on ne peut rien espérer de bon.

Sur ce que j'ay lu au Roy l'article de vostre lettre qui porte que le roy d'Angleterre et M. le duc d'York désireroient que le sieur du Quesne w servist point cette année, et que M. le comte d'Estrées fust continué dan* le commandement de la flotte Françoise, Sa Majesté avoit résolu le dernier sans dilHculté. A l'égard du sieur du Quesne, comme c'est l'homme du royaume qui entend le mieux la navigation, Sa Majesté avoit résolu de s*en servir; mais, comme elle désire complaire en toutes choses audit roy, elle a résolu de faire passer le marquis de Martel de Levant en Ponant pour le mettre à la place dudit sieur du Quesne. Vous ferez valoir cela audit roy et à ses ministres autant que vous le jugerez à propos , sans trop d'affectation.

Vous aurez vu, par la liste des vaisseaux dont l'escadre de France sera

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nourri ut" i»<i»icrej, un le j/nnce linon i ,

né en iGiq, fils de l'électeur palatin Frédéric V, et d'Elisabeth , fille de Jacques I" d'Angleterre. Apre» avoir servi sous le prince d'Orange, il passa au service de l'Angleterre en

i64a et combattit pour ton oncle Charles I". Ketiré en France , il reprit plus tard du service sous Charles II, et commanda sous le duc d'York la flotte contre les Hollandois. Nommé amiral en 167.1, mort le 99 novembre 168s.

composée , qu'il n'a jamais esté mis une plus forle escadre et de meilleurs vaisseaux à la mer.

(Arch. de la Mar. Itépfrhe, in ttcrttairt d'État, i673,fol. a*. )

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