AU SIEUR BRODART
COMMISSAIRE GÉNÉRAL DE MARINE AU HAVRE
Saint-Germain, 11 avril 1673.
J'ay esté bien surpris d'apprendre, par vostre lettre du 8 de ce mois, que je viens de recevoir, que vous n'avez point voulu dire à M. de La Vaissière 1 le nombre de soldats dont vous aurez besoin pour vous les faire donner; vous fondez cette difficulté sur ce que je vous ay écrit de ne vous point mesler des soldats. Je ne comprends pas comme vous avez pu expliquer en ce sens l'ordre que je vous ay donné, qui ne devoit point s'entendre autrement qu'à laisser au commissaire le soin des soldats à terre, sans vous en mesler en aucune façon. Mais vous ne devez jamais l'estendre à laisser des vaisseaux inutilement en rade douze ou quinze jours pour ne vouloir pas dire à M. de La Vaissière le nombre de soldats dont vous avez besoin pour vous les donner.
1 Lieutenant pour le roi au Havre.
Je vous avoue que je ne puis pas comprendre comment vous avez si peu de sens de donner une si mauvaise explication à cet ordre. Il sera difficile que, dans la suite du service, vous ne fassiez souvent des fautes que Ton ne peut prévoir, en donnant des explications si contraires à l'intention des ordres du roy que vous recevez. C'est à vous à y prendre garde une autre fois. Ce pendant ne manquez pas, aussylost que vous aurez reçu ce billet, de dire à M. de La Vaissière le nombre d'hommes dont vous aurez besoin pour mettre sur les vaisseaux qui sont en rade, et de les faire partir aussytost que le vent le pourra permettre; et, à mesure que les autres vaisseaux seront aussy prests, de l'avertir de mesme du jour qu'ils seront prests à sortir du port, afin qu'il fasse venir, suivant les ordres qui sont en ses mains, le nombre d'hommes dont vous avez besoin. Donnez-luy, dès à présent, avis du nombre qui sera nécessaire pour tous les vaisseaux que vous devez faire armer, afin qu'il puisse voir si ce nombre sera dans les quartiers.
Au surplus, je vous ay fait sçavoir si fortement par mes précédentes la nécessité de faire sortir les vaisseaux que je n'estime pas nécessaire de vous en rien dire davantage. Ne manquez pas de m'informer par tous les ordinaires de ce que vous ferez, et de travailler nuit et jour à les faire sortir. . .
(Arch. de la Mar. Dépêche» concernant la marine, 1673, fol. i48.)