‹ Lettres, instructions et mémoires de Colbert (volume 3)Chapitre 257 sur 486 · GOUVERNEUR DE DIEPPE · texte numérisé non relu

GOUVERNEUR DE DIEPPE

Saint-Germain, ik avril 1673.

Pour réponse à vostre lettre du 9 de ce mois, si les matelots et gens de mer de Dieppe ne sont pas plus obéissans à l'avenir et ne se mettent en estât de servir le Roy sur ses vaisseaux dans toutes les occasions où l'on en aura besoin , la ville et les marchands auront assurément fort à souffrir, parce que Sa Majesté n'est pas résolue de tolérer cette désobéissance 2. Et vous devez estre assuré que non-seulement elle fera fermer le port, et

1 Philippe dt» Montignv. Dévoué pondant la Fronde au dnc de Longneville, il avait reçu ta duchesse dan» la citadelle de Dieppe lorsqu'elle quitta Paris, après l'arrestation des Prince»; mais il fut obligé de rendre la place (voir 1. 1,. pièce n* a ). — Louis XIV le maintint néanmoins dans son gouvernement.

1 Couvert écrivait, le a5 mars précédent, ■ Brodart» commissaire général de la marine m Havre :

«Le commissaire Guérard m'ayant écrit de Dieppe que tous les matelots abandonnent la ville et se retirent dans les villages voisina .j'écris par cet ordinaire à M. de Montigny de se servir de son autorité pour envoyer des soldats dans lesdits villages et obliger lesdits matelot» à venir servir; et, en cas qu'ils refusent d'obéir, de publier partout que les vaisseaux du roy qui seront au Havre auront ordre de prendre tous les bastiuien» du port de Dieppe

courre sus et prendre tous les vaisseaux qui en sortiront par ses vaisseaux de guerre, mais mesmc elle empeschera que les pescheurs ne sortent; el je crois que , pour faire obéir au Roy et procurer le bien et l'avantage de cette ville, il seroit nécessaire que vous lissier assembler quelques-uns des principaux du corps de ville avec les officiers de l'amirauté, pour aviser aux moyens seurs et faciles de pouvoir à l'avenir fournir promptement au Roy tous les matelots qui seront demandés, et faire en sorte que chacun y aille à son tour de bonne volonté et sans se faire presser. Je vous puis assurer qu'il n'y a que ce moyen pour continuer à attirer sur la ville les grâces du Roy et éviter les marques de son indignation.

( Areh. de la Mur. Dépêché» concernant la marine, t6~t3, fol. t&7.ï

AMBASSADEUR A LONDRES

Sceaux, 17 juin 1673.

J'ay reçu vos lettres des 5 et 8 de ce mois. Je vous avoue que je suis en une grande impatience d'apprendre tout ce qui se sera dit en Angleterre du combat qui s'est donné *, dans lequel il me semble que les deux nations ont fait tout ce qu'elles dévoient pour augmenter l'estime et l'amitié qui est à présent entre elles.

Les Anglois, l'année passée, firent des actions d'une bravoure extraordinaire; et cette année, outre cette bravoure, ils en ont fait d'une hardiesse et d'une fermeté très-grandes.

L'année passée, les François en donnèrent d'un bon ordre et d'une exacte exécution des ordres qui leur avoient esté donnés par M. le duc d'York; et, cette année, ils ont fait preuve d'une bravoure et d'une hardiesse qui a passé jusqu'à quelque excès, et qui pourrait estre traitée de témérité2; mais il semble que du tout l'on en pourrait composer, avec un peu plus de temps

qu'ils rencontreront à la mor, et de faire servir par force les matelots qui s'y trouveront embarqués.» (Ihp. conc. la mar. fol. 116.) — Voir pape 497, noie 9.

' Le 1" juin, la flotte anglo-française s'a-

rut les Hollandais. Le mauvais temps empocha les flottes de se joindre jusqu'au 7. Dans la bataille qui eut lieu ce jour-là , le comte d'Estrées était à l'a vantarde, le prince Robert au milien, le chevalier Spraaf; à l'arrière-garde,

Ruyter était opposé a Robert, Tromp à d'fctrées et Ranka?rt au chevalier Spraag. Comme Tannée précédente, la bataille finit sans qu'aucun des deux partis eût obtenu un succès incisif.

1 On lit dans la correspondance de Bass)- Rabutin: «Tous les capitaines de l'escadre ik' France firent des merveilles. Il y eut un nommé Cabaret qui aborda un des vaisseaux hollon dois monté de cent pièces de canon, en lui le capitaine et le lieutenant el s'en rendit si bien

et d expérience , quelque chose de bon pour la gloire de la nation et pour la satisfaction du Roy.

Toutes les relations et les lettres qui sont venues de l'armée, et qui seront vues du Roy, disent des choses extraordinaires de la conduite et de la fermeté des Ànglois . . .

( Areh. de la Mar. D^he, du ncretaire d'Étal, tô73 , fol. 84. )

Page 1