AU COMTE D'ESTRÉES
VICE-AMIRAL DE PONANT
Sceaux, 19 juin 167.3.
Je reçus hier, par le courrier que vous m'avez dépesché, vostre lettre du 1 5 et le mémoire qui y estoit joint, qui m'apprennent le retour de Ruyter et le second combat qui s'est donné l, que vous traitez avec beaucoup de raison d'une grande escarmouche, qui n'a servy qu'à consommer beaucoup de poudre et de boulets 2, vu qu'ils n'ont point voulu approcher et donner un véritable combat.
Vous aurez jugé assez facilement qu'il n'aura fait cette tentative que pour se donner l'apparence du gain du premier et du second combat, en envoyer la nouvelle en Hollande, et maintenir par ce moyen les peuples, qui sont vraisemblablement fort abattus et ne peuvent estre flattés que par de fausses nouvelles, lorsque les véritables leur manquent dans le grand abattement où ils sont. Mais je suis persuadé que Ruyter a encore eu une autre fin, qui est que, voyant que les Anglois ne se retiroient point dans leurs ports, et estant accoustumé de tirer de grands avantages sur eux dans les temps de ces retraites, il a voulu profiter de l'avantage du vent, qui le mettoit en estât de pousser le combat ou de se retirer, suivant les occasions, et les obligeant de consommer leurs munitions, les contraindre de prendre ensuite le party de la retraite , pour après revenir sur eux, comme il
le maître qu'il en Gl passer plusieurs des gens «ur son navire. Mais comme il vit Tromp qui • enoitsur lui avec le reste de son escadre, il fut obligé de l'abandonner. 11 y en eut un autre, nommé Tivas, qui, après avoir tenu le> à Tromp et l'avoir si fort pressé qu'il i'ubugea de sortir de son navire et de monter sur un autre, fut emporté d'une volée de canon...?» (Le comte de Limoges à Bussy. Lettre du 8 juin 1673. Il, a5<).)
1 Après le combat du 7, la flotte hollandaise
se retira dans les bancs de Schoonveld et le prince Robert mouilla à quatre lieues de là. Le là juin, Ruyter reprit l'offensive près de Flessingue.
» Un témoin oculaire écrivait : « Nous n'avons perdu ni navires ni officiers. Les Anglois n'ont perdu qu'un capitaine. . . Ce combat ne fut pas si rude que le premier, quoique Ton y tirât beaucoup plus de coups de canon.* (Le comte de Limoges à Bussy-Rabulin. Leltrcdu 1» juin 1673.11,5165.)
le fit à Southwood-Bay Tannée dernière. Dieu veuille que la rude expérience qu'ils firent les ayt rendus sages, ou que mon pronostic ne soit pas bon!
Je ne doute pas, au reste, que vous ne vous teniez bien sur vos gardes, et que vous ne contribuiez mesme à faire en sorte que les Anglois ne se retirent point, ou qu'ils se mettent promptement en mer, estant certain que s'ils laissent prendre sur eux le mesme avantage qu'ils firent l'année passée, ou à peu près, les armées navales courront encore beaucoup plus» de risque qu'elles ne firent.
Je vous avoue que je ne suis pas fasché que les capitaines françois ne se soyent pas si régulièrement tenus dans leurs rangs qu'ils firent l'année dernière, et qu'ils ayent fait paroistre une hardiesse qui approche beaucoup de la témérité. Je suis persuadé qu'il estoit nécessaire que les Anglois eussent quelque opinion de leur bravoure, et je ne doute point que vous ne les teniez à présent avec plus de facilité dans l'ordre et dans la règle...
(Arrli. de Ih Mar. Dépêche* concernant la marine, 1673, fol. aî>8 >