‹ Lettres, instructions et mémoires de Colbert (volume 3)Chapitre 264 sur 486 · US. — AU MÊME · texte numérisé non relu

US. — AU MÊME

Sceaux , 1 9 septembre 1678.

J'ay reçu, avec vostre lettre du î/t de ce mois, la copie de celle que vous avez écrite à mon fils. J ay esté surpris de ce qu elle contient de la

1 Voir ces relations dans Vlh.tovr de la mari**, par K. S.. . III, ki et suivante».

mauvaise conduite du sieur de Martel 1 ; mais comme elle n'a pu estre innocente et qu elle est mesme criminelle dans toutes ses circonstances, je vous prie de bien pénétrer s'il est vray qu'il se soit entendu avec M. le prince Robert contre M. le Vice-Amiral2; et s'il est pareillement vray qu'il ayt donné une relation qui ayt esté imprimée et débitée en Angleterre , je vous prie de m'en envoyer mesme une copie.

Je vous assure que je ne me souviens pas bien s'il m'en a envoyé une ou à mon fils; mais comme Lagarde3 m'assure qu'il n'en a pas eu, et qu'il sçait seulement que le sieur de Séraucourt* en avoit une, laquelle il n'a osé me donner, je doute fort que mon fils l'ayt eue, et j'écris présentement audit sieur de Séraucourt de me l'envoyer, en cas qu'il en ayt une. Vous voyez bien clairement que si ledit Séraucourt en avoit une dont le sieur de Martel l'ayt chargé, et que celle qui a esté publiée et imprimée en

1 Colbert avait déjà adressé, le 19 août précédent, une admonition sévère à M. de Muriel:

« Je suis obligé de vous écrire ces ligne» pour vous dire que si vous ne prenez garde A obéir aveuglément et avoir une entière déférence pour les ordres de M. le Vice- Amiral, sans écriture, procès-verbaux ni autre sorte de chicane de quelque nature que ce soit, vous recevrez des marques contraires à la satisfaction du Roy que vous souhaitez. El, pour entrer un peu plus en détail sur celle matière, je vous diray que les discours que vous avez tenus dans le conseil de guerre, l'écrit que vous avez envoyé à M. le Vice-Amiral et tous les sujets de plainte que vous avez formés contre luy ne se peuvent sou-

auriez raison, le Roy n'écoutera jamais les raisons d'un subalterne contre son général, Sa Majesté voulant une obéissance et une déférence entière de tous les officiers de son armée , de quelque nature qu'ils soyent, envers celuy qui a l'honneur de commander ses amies; et très-assurément vous ne vous en trouveriez pas bien si vous teniez une autre conduite. * {Dtp. conc. la mar. fol. 379.)

» Celle fois le grief qu'on avait contre lui était plus précis; Colbert disait à ce sujet à M. d'Estrées, le ao septembre :

"Je vous diray en peu de mots qu'il n'est pas croyable qu'un homme puisse eslre assez fou pour s'imaginer que, par un concert avec le prince Robert, il pourroit tous destituer do

vostre charge et se metlre à vostre place, vous avouant ingénument et dans les principes d'amitié et d'estime que j'ay pour vous, que j'aj esté surpris de trouver ces termes dans vostre lettre , parce que , de tous les fous qui sont dan» les Petites-Maisons , il n'y en a pas un assez perdu d'esprit pour avoir une pensée comme celle-là. conc. la mar. fol. 43i.)

1 L'un des commis de Colberl; il signai! quelquefois les dépêches en l'absence du ministre.

* Commissaire ordinaire de marine à Tou Ion en 167a , commissaire général à Marseille en 168&. Il était parent de Cotbert, qui lui avait écrit le 6 septembre 1671 :

■ Comme vous aurez peut-estre plus d'inclination pour la marine que pour les fortifica lions, je vous offre un employ de commissaire à Toulon. .. Soyez assuré que, quelque choix que vous fassiez, j'auray toujours soin de tous, pourvu que vous vous appliquiez à bien et fidèlement servir le Roy.» [Dépôt fa/orti/katumi. 1671, page là 8.) — Séraucourt accepta l'emploi de commissaire ; mais Colbert lui écrivit, le 9 février 167& : «Je vois dans toutes vos dépesches [des preuves] de la variété qui vous a perdu et qui vous perdra.. . C'est à vous à y prendre garde, et vous devez estre persuade que vous ne pourrez jamais augmenter d'eniploy qu'en faisant parfaitement celuy que je vous donne.» {Dtp. conc. la mar. fol. 36 )

Séraucourt se relira du service le *o août

Angleterre se trouve conforme, c'est une preuve claire et constante qu'elle rient de luy, d'autant que, si elle ne se trouve pas entre mes mains, je ne crois pas que le sieur de Martel fust assez fou pour avouer celle qui se débite en Angleterre. Et, comme il est question en cela du service du roy en une matière fort importante, je vous prie de travailler à Péclaircir autant qu'il dëpendra de vous'.

(Areb. de la Mar. Dtytchetd» «crttair* d' B«t , 167S, fol. 1Î8.)

AMBASSADEUR A LONDRES

Sceaux, 97 septembre 1673.

J'ay reçu vostre lettre du 1 8 de ce mois, avec la copie de celle que vous avez écrite à mon fils sur tout ce qui s'est passé depuis le combat et le regret que M. de Martel fait paroistre de la conduite qu'il a tenue; ces regrets sont bien inutiles dans une conduite aussy extraordinaire.

Tous ces vieux (liciers de marine ont dans la teste des maximes dont ils ne se peuvent dcprendre; mais aussy il faut avouer que M. le Vice-Amiral les mesnage peu et qu'il ne connoist guère quelle différence il y a entre un officier qui a une expérience de 3o à Uo ans de marine et un qui n'a que 5 ou 6 ans.

Comme vous estes informé à présent des ordres que le Roy a donnés sur le sujet du sieur de Martel 2, qui sont mesme un peu doux eu égnrd à sa faute, il n'est plus question que de presser à présent M. le Vice- Amiral de partir pour se rendre dans les ports de France, et de souhaiter que le mauvais temps qu'il fait ne luy cause aucun accident.

( Areh. de la Mar. Dépêches in ucretairt dÉtat, 1673 , fol. lii.)

1 Voir la pièce suivante.

» Colbert écrivait à ce sujet au comte d'Entrées, le lendemain :

- Vous apprendrez, par le paquet de mon fils que je voua envoyé, les intentions du Roy sur tout ce qui s'est passé en Angleterre.

»Je voua avoue qu'après avoir vu la relation dont M. l'ambassadeur envoyé copie à mon (ils et qu'il m'a envoyée par le mesme courrier que je tous dépesche, je me rétracte de ce que je vous dis par ma lettre d'hier. Mais aussy je

croyois qu'il esloit impossible de se pouvoir persuader que M. de Martel eust pu (aire le pas qu'il a fait." (Dep. ronc. la mar. fol. 43a.) — On lit dans la correspondance de Russy- Rabulin ( Isltrtt; H, 3o6) : «Le dernier d'oclobre, on mit à la Rastille Martel, lieutenant général à la mer, pour s'élre brouillé avec le comte d'Fstrées, vice-omiral, et par là avoir été cause qu'on n'avoit pas absolument battu les Hollandois dans les combats de cette campagne.» — Voir II. ccxl, noie.

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