A M. D'ALMERAS
CHEF D'ESCADRE
Paris, a5 avril 1674.
J'ay reçu la lettre que vous m'avez écrite par le courrier que vous avez dépesché icy. Je l'ay envoyée à l'instant mesme à mon fils duquel je vous envoyé la réponse. Mais je suis bien ayse de vous dire, avec la liberté que je dois, souhaitant vos avantages autant que je fais, qu'en vérité vous devez vous guérir un peu des inquiétudes que vous avez, et qu'assurément ce voyage que vous aviez entrepris auroit esté un contre-temps très-fascheu\ et qu'il auroit esté très-difficile de faire agréer au Roy. Et je m'étonne extraordinairement que cette pensée vous soit venue, vu qu'il n'y a jamais eu de temps auquel la présence d'un officier général dans un port et arsenal de marine aussy important que celuy de Rochefort fust plus nécessaire que dans celuy-cy. Considérez, je vous prie, si, Sa Majesté faisant presser par tous les ordinaires et préparer toutes choses pour défendre par mer et par terre les attaques et les descentes que les ennemis se vantent de faire dans toutes les costes du royaume 2, et particulièrement à Rochefort , elle auroit pris plaisir de voir l'officier général qui doit commander tous les vaisseaux arriver icy, sans cause et sans raison, ni mesme sans avoir esté appelé.
Je vous avoue que je suis en peine moy-mesme quels peuvent avoir esté les motifs de vous faire prendre cette résolution ; mais le principal est que
accompagnait Louis XIV, qui les Holiandois entretenoient des intelligent**
était parti le ao avril de Saint-Germain pour secrètes avec quelques marchands de Nor-
aller rejoindre ses troupes en Franche-Comté. mandie et prétendoient mesme se servir de
• Ces craintes préoccupaient beaucoup la la correspondance qu'ils ont avec lesdiU
Deux jours auparavant, Seignelay avait marchands pour faciliter les écrit de Joigny au duc de Saint-Aignan : pourroient faire sur les costes de ladite
«Le Roy ayant eu avis d'Amsterdam que vince*, Sa Majesté m'ordonne de vous en
* L'amiral Tromp croisait en effet sur le» cou» de Normandie ponr profiter d'une conspiration dont \v i eraliar deRohan.Cdui-d,aidé *
vous ne l'avez point exécutée. Et je vous répète encore qu'il est nécessaire, dans la suite, que vous ayez un peu moins d'inquiétude, et que vous vous attachiez précisément à l'exécution des ordres du roy.
Je vous diray encore que, dans toutes les différentes prétentions des capitaines, vous devez toujours sçavoir les intentions et les ordres du Roy, ou par les lettres qui vous sont écrites , ou par la voye de l'intendant , et donner l'exemple à tous les autres pour leur exécution , sans vous joindre jamais à ces plaintes , qui ne peuvent pas estre agréables à Sa Majesté.
(Areh.de la Mor. Dépéchei concernant la marine, 167a, supplément.)
Sceaux , 6 ma y 1676.
Je m'étonne fort que vous ne m'ayez point écrit le détail de ce qui s'est passé à l'échouage du vaisseau l'Excellent, et à celuy d'un autre vaisseau qui est pareillement échoué au mesme endroit. Vous sçavez de quelle conséquence il est de punir ceux qui , par leur négligence ou par leur faute, de quelque nature qu'elle soit, sont cause de cette sorte d'accidens; écrivez-moy de vostre main tout ce qui s'est passé , à qui vous en attribuez la faute, et les remèdes que vous croyez devoir estre apportés pour empes-
cher que cela arrive a 1 avenir.
Je vous ay envoyé le mémoire des sommes qui ont esté payées aux capitaines commandant les vaisseaux du roy pour la levée des soldats de leurs équipages, à raison de 3o livres pour chacun soldat. Il est nécessaire que vous fassiez un compte exact avec chaque capitaine de ce qu'il a reçu, du nombre d'hommes qu'il a levés et de celuy qui luy manquera, l'intention de Sa Majesté estant de luy retenir sur ses appointemens les 3o livres pour chacun homme qu'il n'aura point levé. Il est de trèsgrande conséquence d'exécuter cet ordre, parce que assurément les ca-
donner part, et de vous dire qu'il est extrêmement important an bien de son service que vous donniez toute vostre application pour faire en sorte de découvrir s'il n'y au-
roit point au Havre quelque marchand qui entretins! de ces sortes de correspondances, afin d'y remédier promptement » (Dép. conc. lamar.M. 118.)
moment de son arrestation. Le procès du chevalier de Roban excita des sympathies à la cour; le prince de fondé intervint même en sa faveur et écrivit à Louvots; mais le Roi ne se laissa pas attendrir, et, le 37 novembre 167b , Van den Enden , le chevalier de Roban et le chevalier des Préanx , avec la marquise de Villiers , sa maitrerae , furent exécutés sur la place de la Bastille. (Voir dans nos Trois drame» historique* «me étude sur erfte conspiration du chevalier de Roban.)
pituines reeevroicnt tous les ans des sommes considérables et ne feraient guère de levée, si une fois on leur pardonne cette restitution qu'ils doivent.
De la manière que le sieur Gombault écrit à mon fils, il semble qu'il veuille prendre l'autorité d'exclure le sieur Gassier l, qui a esté choisy par le Roy pour servir de lieutenant sur son vaisseau; c'est ce que vous ne devez point souffrir, ni dudit Gombault, ni d'aucun autre capitaine.
J'envoye un ordre au major de la marine pour demeurer à Rochefort. Vous devez observer que ce major doit pareillement rendre compte de l'argent qu'il a touché pour la levée des soldats, suivant le mémoire que vous en avez reçu.
Il faut faire travailler incessamment la corderie, en sorte qu'à l'avenir vous ayez le nombre de câbles qui vous seront nécessaires et que vous ne soyez plus obligé d'en acheter des marchands.
Ayez grand soin d'envoyer les inventaires d'armemens et les estais des payemens qui auront esté faits aux équipages de tous les vaisseaux, et particulièrement à ceux qui passent en Levant, afin que je les puisse envoyer au sieur Arnoul, pour s'en servir lors du désarmement.
J'envoye l'ordre à du Drot2, lieutenant, pour servir sur le vaisseau l'Éveillé, au lieu du chevalier de Combes s.
Appliquez-vous à tout ce qui est nécessaire pour faire partir les deut vaisseaux et les 4oo hommes que vous devez envoyer dans les Isles.
Sur les avis que vous avez reçus d'Espagne, les n,ooo soldats qui doivent estre embarqués à la Corogne pourroient bien estre destinés pour quelque descente4.
( Arch. de la Mnr. Dfpéche, concernant lu marine , ,67'., supplément I
INTENDANT A ROCHEFORT
Sceaux, 7 raay 167 4.
J'ay travaillé tout aujourd'huy à revoir et relire encore une fois aver
1 Lieutenant de vaisseau à Toulon en 1670, capitaine de port au même endroit cri 1 685. Enfermé à la citadelle du Havre en 1686, mis à la demi-solde en 1 690. Mort le 1 5 novembre de Tannée suivante. — Cette note rectifie et complète celle de la page 9 46.
1 Villeneuve du Drot , de Bordeaux , ensei-
gne de vaisseau en 1 605 , lieutenant en 1670, capitaine en 1677. Mort en revenant des ll<en 1679.
J Le chevalier de Combes, lieulenanl .!<' >aisseau à Brest en 1667, capitaine en 167». Mort le i3 décembre 1696.
* Voir pièce n* 309.
soin et application le projet de règlement pour la police générale des arsenaux de marine *. J'y ay fait seulement quelques observations que vous trouverez écrites de ma main , avec le mémoire n -joint. •
Comme ce règlement doit estre le fruit de voslre travail et de vostre application, et que ce sera pour ainsy dire vostre testament dans la marine, je vous prie de vous appliquer tout de bon à en faire une pièce parfaite et à laquelle il ne manque rien, soit pour tout ce qui peut concerner la police générale des ports, soit pour les fonctions de tous les officiers qui y doivent servir, soit pour la diction et le style. Ce doit estre pour vous une matière de grande et profonde discussion , d'application et de pénétration , parce qu'elle doit servir à donner une forme fixe et invariable à nostre marine. Pensez-y donc bien sérieusement, je vous prie, et travaillez-y cet esté tout entier à diverses reprises.
Aussytost que vous aurez pris copie de tout ce qui est écrit de ma main, renvoyez-moy tout ce que je vous envoyé, parce que je n'en ay point d'autre copie 2.
(Arch. do la Mnr. Dépêches ctmcmtnnt la marine, i6-jh . supplément)