A M. ARNOUL
INTENDANT DE MARINE A TOULON
Versailles, 3 aoust 167A.
Le Roy vous a fait connoistre si particulièrement ses intentions sur le sujet des vaisseaux qui sont dans le port de Toulon , par le mémoire que je vous envoyay hier par un courrier exprès, que je ne doute pas que vous ne fassiez l'impossible pour les mettre en estât de retourner promptement à la mer. Ainsy j'attendray des nouvelles de toutes les diligences que vous aurez faites pour en rendre compte à Sa Majesté.
Je vous envoyé cy-joints deux règlemens que Sa Majesté a fait expédier, l'un pour régler le commandement entre les chefs d'escadre qui resteront dans le port, et l'autre pour la punition des soldats déserteurs 2. Ne manquez pas de les rendre publics, et de tenir la main à leur exécution ponctuelle.
Sa Majesté voulant travailler dès à présent au projet des dépenses de l'année prochaine, vous ne devez pas manquer d'en envoyer promptement un pareil à celuy que vous envoyastes l'année passée, en observant que les marchandises dont l'achat a esté ordonné en dernier lieu doivent fournir assez abondamment les magasins de tout ce qui est nécessaire, sans qu'il soit besoin de faire d'autres achats.
1 Arnold père, nommé à l'intendance de Toulon en août 1673, mourut le j8 octobre 167A après une longue maladie. Son fils, qui Pavait déjà remplacé comme intendant des galères à Marseille, lui succéda encore à Toulon , mais il ne fut régulièrement commis— sionné que le si janvier 1675. 11 avait assisté son père dans ses fonctions durant les derniers mois de sa vie, et c'était même à lui que s'adressait alors la correspondance de Colbert, comme on le voit par le Ion et les détails des lettres n" 366 et 368. (Voir pièces n" 344 et 548, notes.)
1 Règlement du 5 juin 1676, relatif à la tenue des conseils de guerre maritimes pour le jugement des crimes. (Isamberl, Ane. loi» franc. XIX, i35.) — Les déserteurs étaient punis de mort. La dépêche de Colbert avait pour
but de rappeler à l'exécution des règlements le tribunal maritime, qui avait jusqu'alors sans doute montré trop d'indulgence à l'égard des coupables, comme semble l'indiquer la lettre suivante, adressée le i3 juillet précédent à M. des Conteries-BouiHon':
<*J'ay appris que de quatre soldais déserteurs il n'en a esté jugé qu'un, qui a esté renvoyé absous. Continuez à me rendre comple d« jugemens qui seront rendus pour la punition
afin que j'en puisse faire rapport au Roy. Cependant Sa Majesté m'a ordonné d'écrire à M. le comte tTEstrées de tenir la main à l'exécntion de l'ordonnance pour la punition desdits déserteurs. Ainsy je ne doute pas qu'à l'avenir il n'empesehe qu'il y soit contrevenu... * (Dtp. conc. la mar. fol. a4o.)
* D abord lieutenant d'amirauté à Brest en 1670, puis prévôt de marine au même port en 1678
Le sieur Boccardi l, cy-<levant consul de la nation française à Naples, m'écrit que vous ne luy avez fait donner que 3o livres par mois pour ses appointcmens. Comme cette somme ne peut pas luy donner moyen de subsister avec sa famille, le Roy trouve bon que vous luy fassiez payer 5o livres par mois, qui est ce que Ton donne ordinairement aux écrivains du port.
La place de M. Rodolphe estant à présent vacante, je serois bien ayse que vous me fissiez sçavoir les noms et les qualités de tous les maistres charpentiers qui travaillent à présent dans le port de Toulon, afin que je puisse connoistre ceux qui pourront remplir cette place.
(Areb. de la Mnr. Dépêche* concernant la marine, 1674, fol. 066.)