‹ Lettres, instructions et mémoires de Colbert (volume 3)Chapitre 274 sur 486 · A M. DE DEMLJIN, INTENDANT A ROCHEFORT · texte numérisé non relu

A M. DE DEMLJIN, INTENDANT A ROCHEFORT

Versailles, >3 aoual 1676.

Vous sçavez que je demande tous les ans, environ ce tenips-cy, un projet de toutes les dépenses à faire en l'année suivante pour la marine dans le port et arsenal de Rochefort, et ainsy vous devez y travailler incessamment. Mais vous devez considérer dans ce travail que l'intention du Roy est de faire cesser toutes les dépenses de marine, et ne faire que celles qui sont d'une nécessité indispensable. La raison de Sa Majesté est que, estant chargée de la plus grande guerre de terre qui ayt esté depuis l'establisscment de la monarchie, il est du bien de son service d'espargner toutes les autres dépenses, d'appliquer tous les fonds, sans aucune réserve, à la guerre de terre, et d'avoir un si grand nombre de bonnes troupes qu'elle puisse soutenir avec honneur et avantage toute la puissance d'Allemagne, maison d'Autriche et des Hollandois joints ensemble contre elle.

Pour cet effet, vous devez compter que le Roy ne mettra en mer que six ou sept vaisseaux du département de Rochefort, soit pour la garde de ses costes et pour donner quelque liberté aux marchands , soit pour envoyer aux isles de l'Amérique.

Sur ce fondement, il faut que vous travailliez à faire le projet d'estat des dépenses que je vous demande, et que, pour les diminuer, vous vous serviez, pour armer et équiper ces six ou sept vaisseaux, de tous les agrès, apparaux , armes et munitions qui sont dans l'arsenal et dans les magasins

1 Voir page 1 7 a , pièce n" 1 o3 et noté.

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généraux et particuliers pour tous les vaisseaux de quelque grandeur qu'ils soyent; que vous n'entrepreniez aucune construction, mais seulement que vous continuiez les vaisseaux qui sont sur les chantiers en n'y faisant que la seule dépense nécessaire pour ne les point laisser pourrir; que vous retranchiez tous les achats contenus dans les mémoires que je vous ay envoyés, et que vous fassiez seulement ce que vous estimerez nécessaire pour ce petit nombre de vaisseaux qui seront mis en mer.

A l'égard des vaisseaux qui demeureront dans le port, il faut que vous vous appliquiez à les bien entretenir en sorte qu'ils ne diminuent pas du tout , sans y faire aucune autre dépense.

Il faut aussy entretenir les gardiens nécessaires pour les conserver.

11 faut retrancher le marché des chanvres et n'en retenir que ce qui est nécessaire pour douze ou quinze vaisseaux. A l'égard de la corderic, de la forge aux ancres et de tous les autres ateliers, il faut seulement entretenir les principaux maistres et ouvriers pour les conserver dans l'arsenal, et faire faire, en cette occasion, à ces maistres ce que de simples compagnons ont accoustumé de faire.

Considérez bien enfin que vous ne sçauriez aller trop loin dans le retranchement de toute sorte de dépenses.

Vous avez bien fait de commencer à signer les ordonnances ainsy que M. de Terron l'a souhaité, et je vous adresseray dorénavant toutes les lettres et ordres du Roy sur les affaires du port. Continuez à vous appliquer à toutes les fonctions d'un employ aussy considérable que celuy que le Roy a bien voulu vous confier l.

J'ay esté surpris de ce que vous m'écrivez que les fonds du mois d'aoust sont entièrement consommés, et que les dépenses du mois de juillet non! point esté payées. 11 faut que vous preniez bien garde dans toute la suite de ne point tomber en pareils inconvéniens. Cependant je donne ordre au trésorier de remettre 60,000 livres par cet ordinaire à Rochefort.

Je vous recommande de travailler au désarmement avec diligence, et de faire en sorte que les cinq vaisseaux qui doivent servir pendant le reste de cette année soyent en estât de sortir bientost de la rivière.

( Arch. de la Mar. Dépêche* concernant la manne, 167S , fol. 176. )

1 Demuiii venait d'être nommé intendant de marine, justice, police et finances de la Rochelle; mais, comme son prédécesseur et

parent Colbert de Terron , il demeurait habituellement à Rochefort , où les affaires de marine réclamaient sans cesse sa présence.

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