AU SIEUR DE VAUVRÉ
COMMISSAIRE GÉNÉRAL DE MARINE AU HAVRE
Versailles i» odobre 167'..
Je fais réponse aux lettres que vous 01'avez écrites depuis que vous estes arrivé au Havre l.
Je ne cloute point que vous ne vous soyez fait rendre un compte exacl par le contrôleur de lestât de toutes les affaires du port, que vous n'ayez visité les magasins et exécuté les autres points contenus dans vostre instruction. Ne manquez pas de m'en rendre compte exactement, et de répondre en particulier à chacun des points de ladite instruction. Sur ce que vous m'écrivez de la visite que vous avez faite avec M. le duc de Saint-Aignan de l'entrée du port du Havre et des différentes opinions qui ont esté agitées sur ce qu'il y a à faire pour le nettoyer, il n'est pas nécessaire d'y envoyer encore un ingénieur, ainsy que vous le proposez; il faut seulement achever les ouvrages commencés aux barres du Perrey et suivre ce qui a esté résolu sur ce point lorsque le sieur Bruant fut envoyé au Havre. Ne manquez pas de m'envoyer le projet de la dépense nécessaire pour l'achèvement de cet ouvrage.
M. de Creil2 ayant mandé, par sa lettre du a 3 septembre dernier, que la grande palissade du port de Dieppe avoit besoin d'estre réparée, il faut que vous vous informiez de ce qui est à faire et que vous y alliez mesuie faire un tour en cas qu'il soit nécessaire, et que vous fassiez faire une visite exacte de cet ouvrage par ceux qui l'ont basty et par les gens les plus intelligens que vous pourrez trouver dans le pays.
C'est un grand malheur que la frégate la Trompeuse se soit perdue avec une partie de son équipage; mais, comme le Roy veut toujours tenir trois frégates armées au Havre , il faut que vous travailliez promptement à l'armement de la Bouffonne pour mettre en la place.
Pour cet effet, j'envoye l'ordre au trésorier de vous remettre trois mois de solde, et au munitionnaire de préparer quatre mois de vivres pour l'équipage de ladite frégate, suivant les copies desdits ordres que vous trouverez cy-jointes.
Le Roy ayant résolu de faire armera Dunkcrquc un vaisseau de 36 pièces de canon, Sa Majesté veut que vous envoyiez audit lieu de Dunkerque.
' De Vauvré avait été nommé au Havre le 17 du mois précédent, en remplacement de Brodart, appelé à Marseille. (Voir pièce n* 379.) • Alors intondant de la généralité de Rouen.
sur la frégate de Champmartin1, lorsqu'elle sera -de retour, 3 h pièces de canon , sçavoir : 10 pièces de t a livres de balle, 8 de 8 et 16 de 6.
Vous ferez aussy embarquer sur ladite frégate ho milliers de poudre, la quantité de boulets nécessaire, à raison de 5o coups par chaque pièce de canon, et le nombre de pistolets et mousquetons qu'on a accoustumé de donneraux vaisseaux de cette grandeur; mais il faut que vous le prépariez avec diligence , et vous trouverez cy-joint l'ordre audit Champmartin, dont vous vous servirez.
Le Roy approuve que vous envoyiez la gribanne la Marie sur la coste de basse Normandie, pour y charger les bois des nommés Le Cesne et Barbet, et que vous preniez les k 80 livres à quoy vous estimez que cette dépense pourra monter sur les fonds remis au Havre pour les dépenses ordinaires du port.
( Areh. de la Mar. Dépêches concevant la marine, t^h, fol. 347.)
CHEF D'ESCADRE
VerewUe*, 11 octobre 167/..
J'ay esté surpris d'apprendre, par vostre lettre du 3o septembre dernier et par celles que j'ay reçues de M. le duc de Chaulnes et de M. de Seuil , le démeslé que vous avez eu avec le sieur Gabaret a; d'autant plus que vous
' Capitaine de frégate à Toulon, en 167»; il fat mis è la demi-tolde en i685. Mort ie 57 avril- !7«i.
* Gabaret et Château-Renault avaient tous deux le grade de chef d'escadre; mais le premier primait l'autre sous le rapport de l'ancienneté. Collxïrt écrivait le même jour, au sujet de cette affaire, à Gabaret :
«Le Roy m'ordonne d'écrire ses intentions aa chevalier de Château-Renault sur le petit démeslé qui est survenu entre vous. Sa Majesté n* veut jamais souffrir ni chicane ni difficulté , de quelque nature qu'elles soyent , sur le bit du commandement et de l'obéissance dans la marine. Elle veut que les officiers subalternes pèchent plutost en obéissant trop qu'en faisant difficulté d'obéir, quand mesme ils auraient ra»on. Sa Majesté a mesme approuvé que tous n'ayez point rendu la visite audit cbeva- Her de Château-Renault, et elle luy donne le
tort en (oui c t*llo veut toutefois que vous viviex en une parfaite inteUigence, qui est nécessaire au bien de son service."»
Et le 7 du mois suivant, il écrivait à Château-Renault :
«Vous devez eslrc bien persuadé que je seray tres-ayse quand je pourray connoistre que vous n'avex pas eu tort dans le démeslé que vous avez eu avec le sieur Gabaret. Mais en général vous devez estre certain que, le Roy ayant décidé que les chefe d'escadre obéiront à leurs anciens de mesme caractère, Sa Majesté ne recevra jamais aucune raison de l'inférieur contre le supérieur. Je vous exhorte donc , non-seulement d'obéir partout, mais aussy de vivre avec ceux qui auront le pouvoir de vous commander, et particulièrement avec ledit sieur Gabaret, en une parfaite intelligence, qui est absolument nécessaire au service de Sa Majesté. ■ (Drp. MM. ta «NT. M. 345 et 369.)
qui faites si bien voslre devoir en tous rencontres, et qui estes plus appliqué qu'un autre à ce qui regarde le service, vous avez manqué dans un do vos devoirs les plus essentiels, qui est l'obéissance à vos supérieurs.
Vous avez reçu les ordres du Roy, en date du 3 1 septembre, de vous en aller au cap de Finistère avec les vaisseaux que vous commandiez; mais cela n'a point deu vous soustraire de l'obéissance qui vous est ordonnée par voslre instruction pendant tout le temps que vous avez pu recevoir des ordres du sieur Gabaret, et toutes les raisons que vous pourriez dire pour excuser ce que vous avez fait au contraire sont chicanes, qui ressemblent plus à l'esprit qui régnoit autrefois dans la marine qu'à la conduite que vous avez tenue jusqu'à présent, qui vous a attiré les grâces de Sa Majesté.
Je n'ay pas mesme voulu luy en rendre compte , estant certain que c'estoit le plus mauvais office que j'eusse pu vous rendre. Et, pour les mesnagemens qui ont esté apportés dans vostre accommodement et la visite que ledit Gabaret devoit vous rendre, je vous diray que cela ne s'est jamais pratiqué entre le supérieur et l'inférieur, et que Sa Majesté auroit trouvé fort mauvais que le sieur Gabaret eusl esté vous visiter dans vostre bord. Cette subordination vous doit faire d'autant moins de peine que vous travaillez pour vous-mesme en l'establissant par vostre exemple, puisque à peine il y a cinq ou six officiers devant vous dans la marine à qui vous deviez obéir, qu'il y en a deux cents à qui vous avez droit de commander, et qu'ils pourroient se servir du mauvais exemple que vous leur donneriez lorsqu'ils se trouveront sous voslre commandement. Considérez bien ce que je vous écris sur ce point, et prenez toujours pour règle certaine de vostre conduite qu'il ne faut jamais que vous apportiez aucune difficulté ni chicane sur le fait de l'obéissance, d'autant que le Roy n'en recevra jamaiaucune, et qu'il vaut beaucoup mieux que vous péchiez en obéissant trop que d'apporter aucune difficulté pour ne pas obéir, quand mesme vous auriez raison.
Je me remets aux ordres que vous avez cy-devant reçus pour l'employ de vostre escadre, en observant toutefois que, tant que le sieur Gabaret estimera nécessaire pour le bien du service delà tenir jointe avec la sienne, vous devez obéir à tout ce qu'il vous ordonnera.
( Arch. do la Mar. Dépêche* concernant la marine, 167a , fol. 345 )