‹ Lettres, instructions et mémoires de Colbert (volume 3)Chapitre 3 sur 486 · LA FLOTTE AVANT ET SOUS LOUIS XIV · texte numérisé non relu

LA FLOTTE AVANT ET SOUS LOUIS XIV

le Médoc; mais les intendants, de même que les officiers de marine, résistaient à cette innovation salutaire, trje ne veux point, écrit-il alors, faire venir de goudron de Hollande, estant persuadé que, si Ton veut s'appliquer en Provence à le faire aussy bon que celuy du Nord, on peut y réussir. S'il y a quelque dépense à faire pour cela, je le feray volontiers, n'y ayant rien de si important pour nostre marine que de nous mettre en estât de nous passer des manufactures estrangères, et particulièrement de celle-cy , dont il se fait si grande consommation dans nos ports, n La fabrication du goudron ne procura pas à la Provence tous les avantages qu'en attendait Golbert, et elle y est à peu près abandonnée; mais le Médoc et les landes de Gascogne y ont trouvé une source de profits d'une intarissable fécondité; c'est aujourd'hui une des richesses du pays.

Tant d'activité, d'esprit d'ordre et de soins incessants, n'avaient pas tardé à porter leurs fruits. A partir de 1669, les arsenaux se trouvaient abondamment fournis, et l'art des constructions navales y était arrivé à un point où il ne comportait plus que les perfectionnements de détail dont une longue expérience pouvait seule donner le secret. Un tour de force singulier, qui produisit une grande impression sur les contemporains, trouve ici sa place. Colbert était parvenu, à force d'instances et de recommandations, à faire monter et gréer un vaisseau ou une galère dont toutes les pièces étaient soigneusement préparées d'avance, d'abord en quinze jours, puis en huit, enfin en une demi-journée. Si, réalisant un projet qu'il forma vingt fois et n'accomplit jamais, Louis XIV s'était décidé à visiter un de ses grands arsenaux de l'Océan ou de la Méditerranée, Toulon, Hochefort ou Brest, il aurait pu voir lancer à la mer, au coucher du soleil, un grand bâtiment commencé en sa présence à l'aube du jour. — Cependant nos maislres de hache, comme on appelait souvent encore les constructeurs, n'égalèrent pas tout d'abord ceux de Hollande et d'Angleterre; mais, à force de les voir à l'œuvre, de les imiter, ils s'en rapprochèrent, et parfois ils les dépassèrent, notamment dans l'ornementation extérieure des vaisseaux. Ces travaux, qu'exécutait alors un sculpteur de génie, Pierre Puget, déplaisaient à Golbert, soucieux avant tout de la marche, des qualités nautiques des vaisseaux, et faisant peu de cas des œuvres décoratives du grand

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