‹ Lettres, instructions et mémoires de Colbert (volume 3)Chapitre 31 sur 486 · A M. ARNOUL · texte numérisé non relu

A M. ARNOUL

INTENDANT DES GALÈRES A MARSEILLE

Paris, 1 5 janvier 1666.

J'examineray le mémoire que vous m'avez envoyé touchant les observations que j'avois faites sur le projet de Testât des galères de l'année présente que javois reçu de vostre part, pour régler entièrement cet estât et vous faire remettre incessamment une partie des fonds qui seront nécessaires pour fournir à toutes les dépenses qui le composeront.

Je vous envoyé le privilège que vous avez désiré pour establir des fourneaux à chaux dans les provinces du Languedoc et de Provence, et je vous prie de tenir la main que l'entrepreneur exécute son dessein en sorte que le public en retire l'avantage que l'on peut s'en promettre.

Lorsque j'ay parlé au Roy du désordre que commettoient les femmes des Suisses dans les vieilles infirmeries de Marseille, Sa Majesté m'a dit que, les compagnies estant en marche pour aller ailleurs, l'ordre que vous demandez estoit superflu; ainsy vous n'aurez qu'à les fermer et à tenir la main qu'à l'avenir il n'y soit plus fait aucun dégast.

1 Dumont, de Biaignac; il devint ensuite commissaire général de marine à la Rochelle, et fut souvent chargé de visiter les manufactures qui fournissaient les arsenaux.

' Colbert écrivait à ce sujet, le 6 février suivant, au sieur Bodin, procureur du roi au siège présidial de Périgueux :

* La nécessité en laquelle on se trouve dan» le royaume de divers métaux que l'on est nhligé

de tirer des pays eslrangers, et d'y envoyer, pour cet effet, des sommes d'argent considérables, a fait naistre au Roy la pensée de faire ouvrir des mines dans les provinces de son royaume. Le sieur Dumont a travaillé avec succès, comme vous l'ave* sçu, à en faire fouiller une de cuivre , de laquelle on commence à lir*r des matières, et dont l'avantage sera d'autan I plus grand que non.-* aurons par ce moyen

ET GALÈRES. ài

Je dois vous donner avis d'une pensée que M. le comte de Vivonne 1 m'a communiquée, de bastir dans cette année quatre galères subtiles armées de bonnevoglies, pour toujours exercer cette chiourme, laquelle on pourrait verser, les années suivantes, dans des galères en la forme de celles de Venise, que Ton construiroit cy-après, dont l'effet est extraordinaire dans l'action, ces sortes de bastimens devant soutenir et mesme attaquer un grand nombre de galères. Cette pensée, à mon avis, a quelque chose de bon , mais je ne crois pas que le corps de nos galères soit encore assez bien restably pour pouvoir l'exécuter à présent, parce qu'il s'agit d'avoir 30 galères bien gréées et bien armées, auparavant que de tourner nos soins à d'autres desseins qui ne doivent estre considérés que postérieurement.

Ainsy, il nous faut renfermer à construire deux galères subtiles armées de bonnevoglies, comme dit est, et à préparer la plus grande quantité de bois qu'il se pourra pour leur donner lieu de sécher, et bastir ensuite avec pins de fruit et d'avantage.

Je vous remercie du rôle des ingénieurs de vostre connoissance que vous m'avez envoyé. Sa Majesté verra les moyens de se prévaloir de leur industrie et de leur expérience, si l'occasion s'offre de les employer dans ses

Je ne sçaurois m'empescher de vous répliquer encore qu'il est de la dernière importance de faire un grand amas de matériaux pour tascher de mettre, dans le courant de cette année, la citadelle de Marseille dans sa perfection, et pour commencer à mettre la main au fort Saint-Jean, le Roy estant résolu de fournir tous les fonds nécessaires pour cette fortification et pour la rendre complète.

Je vous parleray aussy de l'embarras où se trouve M. d'Infreville, à Toulon, par le grand nombre de vaisseaux qu'il a sur les bras, auxquels il s'agit de douner un entier radoub, et de les armer pour les mettre en mer sous les ordres de M. le duc de Beaufort, lequel embarras fait désirer au Roy que vous vous rendiez auprès dudit sieur d'Infreville, aussy fréquemment qu'il se pourra souhaiter, pour l'assister de vostre activité et de vostre expérience , afin d'avancer le service et de contribuer à la prompte

l« nous de quov faire de l'artillerie pour les *rm**s de terre et de mer de Sa Majesté , sans

- i. i, ••<»•» «iit.-s «l'aller quérir du cuivra t'i) Suéde, avec de» frais immenses., (Dép. conc. b».M.iii.)

puis duc de Vivonne et de Morlemarl, capitaine de vaisseau en i663, reçut, en i665 , une commission pour commander les galères, dont il devint général le 1 1 mars 1 669. Mort le i5 septembre 1688. (Voir II, M5.)

exécution des ordres de Sa Majesté. Ayant mis les affaires des galères en bon estât par les soins que vous y avez apportés , je suis persuadé que vous pouvez quitter Marseille sans retarder leur armement, ni différer leur partance qu'il faut toujours fixer au mois d'avril prochain.

La nécessité de poudres, en laquelle nous sommes, a obligé le Roy d'en faire chercher de tous costés. Je vous ay mandé d'envoyer jusqu'à Gènes pour en acheter; je vous confirme de nouveau qu'il importe de n'y point perdre de temps, et mesme , pour lever les difficultés que peut-estre on y pourroit rencontrer, je joindray icy à cet effet une lettre du Roy pour la République, si elle peut estre expédiée pour cet ordinaire. . .

( Arth. de la Mar. Dépêche* concernant la marine, 1669 , fol. 83. )

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