‹ Lettres, instructions et mémoires de Colbert (volume 3)Chapitre 333 sur 486 · MÉMOIRE AU SIEUR BRODART · texte numérisé non relu

MÉMOIRE AU SIEUR BRODART

INTENDANT DES GALÈRES A MARSEILLE

Versailles, i3aoust 1676.

Sa Majesté trouve qu' il va bien vite dans les dépenses qu'il propose, et quand il dit que le radoub des galères, qui ne doit monter qu'à 108,000 livres, est monté celte année à 160,000, il doit sçavoir que les estais ont esté réglés avec grande connoissance, que les galères ont toujours esté entretenues sur le pied de six mois de campagne, qu'elles n'en font pas à présent davantage hors celles qui hyverneront à Messine, et que s'il ne fait pas les mesmes choses que ceux qui l'ont précédé pour la mesme dépense, c'est qu'il ne s'applique pas à la mesme économie; c'est à quoy il doit prendre garde à l'avenir.

A l'égard des habits des forçats, cette dépense ayant esté réglée depuis longtemps et n'ayant jamais reçu de changement, les estais s'expédient à présent sur cet article comme ils l'ont toujours esté depuis plus de cinquante ans. Sa Majesté ne veut point y faire d'augmentation , et c'est à luy à se conduire en cela de mesme que tousses prédécesseurs ont fait.

Sa Majesté ne sçauroit assez luy tesraoigner combien elle est surprime de la conduite qu'il a eue dans la construction des deux bastimens qui doivent servir au transport des vivres des galères. Il demanda l'année dernière permission de faire bastir deux flustes; Sa Majesté luy permit et luy fit remettre en mesme temps 3o,ooo livres, croyant que cette dépense reviendrait, ainsy que dans les autres ports où Sa Majesté fait bastir des flustes, à 90 ou a5,ooo livres au plus; il écrit qu'il travaille à la construction de ces flustes, et, un an après, les vaisseaux qu'il fait bastir se trouvent de 5o à 56 pièces de canon, etrevenir à i5o,ooo livres les deux. Cette conduite n'a point plu à Sa Majesté, et il ne faudrait pas souvent retomber on de pareilles fautes; s'il ;i voit fait connoislre que ces deux flustes eussent pu revenir seulement à &o,ooo livres pièce, Sa Majesté en auroit fait passer de Ponant, où une fluste de 600 tonneaux luy auroit cousté a5,ooo livres au plus.

Sa Majesté se remet à ce qui luy a esté écrit au sujet des règlemens à faire pour les galères; elle veut qu'il s'applique incessamment à l'exécution de ce qui luy a esté ordonné sur ce sujet; il ne suffit pas de dire que les galères soyent bien réglées, puisque Sa Majesté veut faire un règlement en forme pour maintenir et augmenter le bon estai où elles sont.

Il n'a pas répondu positivement à ce qui luy a esté écrit au sujet du

Turc qui est venu à Paris après s'estre sauvé des galères; et, coinmc.il paroist qu'il n'a pas compris qui estoit ce Turc, Sa Majesté ïuy répète encore qu'il parle françois, s'appelle Louis depuis qu'il est chrestien, a servy longtemps dans l'hospital des galères, et est sorty de Marseille pour aller à Beaucaire, sous la caution d'un marchand de Marseille. Sa Majesté" veut estre éclaircie de ce qui regarde ledit Turc, et qu'il rende promplemcnt compte de cette affaire l.

Sa Majesté approuve les deux traités qu'il a faits avec les capitaines Audiberl et Colongis pour les Turcs qu'ils fourniront dans Marseille2; mais ces traités ne produiront pas un grand effet, puisque ces capitaines n'en fourniront à Marseille qu'en cas qu'ils ne trouvent pas à les mieux vendre ailleurs. 11 doit prendre garde qu'ils ne portent point copie de ces traités sur leurs bastimens; et, pour empescher qu'ils ne vendent ailleurs les Turcs qu'ils pourront prendre, il auroit deu mettre un homme à ao ou u 5 sols par jour sur ces mesmes bastimens.

Sa Majesté ayant estimé que rien n'est plus important à son service qne de restablir à présent l'école des canonnicrs, elle veut qu'il envoyé un mémoire de toute la dépense qu'il y aura à faire chaque année pour l'cstablissementdu but et pour la poudre et les boulets; qu'il y appelle le plus grand nombre de canonnicrs qu'il luy sera possible tous les dimanches, et establissc un prix d'une pistole à celuy qui aura le mieux tiré, et un bon écrivain qui rende compte du nombre de canonnicrs qui y seront venus.

Sa Majesté estime qu'il suffit de faire ces establissemens à Marseille et h Toulon, et elle en écrit au sieur Arnoul en conformité, son intention estant qu'il s'entende avec luy sur ce sujet s.

1 Voirpièce n* 437. — On lit dans un mémoire du roi à BmdarUdu/i septembre suivant:

«Sa Majesté ayant bien voulu accorder, à la prière qui luy en a esté faite, la liberté du Turc nommé Louis , qui est sorty de l'hospital sous la caution du sieur Bonneau, il trouvera les ordres cy-joinls pour cet effet, et Sa Majesté veut qu'il le reçoive dans l'hospital de Marseille où il doit retourner pour y servir les malades, ainsy qu'il l'a fait par te passé. Mais il doit bien prendre partie de n'en plus laisser sortir de cette sorte à l'avenir...*' (Dép. eonc. Je* gai. fol. ia3.)

' Le mémoire cité plus haut contient des observations adressées à l'intendant des galères au sujet d'autres négociations du même genre :

«Si Majesté luy fera sçavoir ses intentions

sur la proposition qu'il fait de confier à on chevalier de Malte un basliincnt armé en cour* pour aller foire la guerre aux Turcs et faire des esclaves dans l'Archipel. Sa Majesté jVltwm1 que ceux qui ont esté chargés de l'achat île* Turcs à Malte en ayent acheté de 10a i.joo. ainsy qu'il l'écrit; mais elle s'étonne bien davantage qu'il les ayl fait payer, vu qu'il p1"' aysément connoislre que ces Turcs leur on' esté donnés pour rien , et qu'ils ne les ont «1voyés à Marseille que pour en tirer du profil; il doit observer de ne pas retomber à l'a»eoir en pareille faute , et cependant , paisf * ces petits Turcs se sont faits chrestiens. approuve qu'il les employé dans les manuf*"tures. .."»

1 Voici les recommandations qui t^wal

Sa Majesté a esté informée, par le procureur du roy de l'amirauté de Marseille, que le forçat qui a esté repris à Bordeaux accuse le sous-argousin et le mousse de la galère sur laquelle il estoit d'avoir favorisé son évasion; et, comme elle veut estre éclaircie soigneusement de tout ce qui concerne cette affaire, ledit sieur Brodart ne manquera pas de luy en rendre un compte exact par tous les ordinaires. . .

( Areh. de la Mar. Dépêche» concernant le* nalht$. 1676, fol. n3.)

âhO. — MÉMOIRE AU ROI D'ANGLETERRE,

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