‹ Lettres, instructions et mémoires de Colbert (volume 3)Chapitre 409 sur 486 · AU SIEUR BRODART · texte numérisé non relu

AU SIEUR BRODART

INTENDANT DES GALÈRES A MARSEILLE

Saint-Germain, îr.may 1679.

Sa Majesté a appris, par le duc de Vivonne, le bon estât auquel il a trouvé les galères tant pour leur construction et radoub que pour leur armement; elle veut que ledit Brodart pense toujours à tout ce qui peut contribuer à les rendre les meilleures et les mieux armées qui soyeot à la mer; et comme le point essentiel de leur armement regarde la chiourme, il doit travailler à chercher le plus grand nombre de Turcs qu'il pourra rencontrer, et s'appliquer à faire réussir les différons expédions qui luy ont este fournis pour en avoir, tant de la part des consuls que de la part de Malte et des corsaires de Levant '.

Surtout, la principale application qu'il doit avoir est de persuader les capitaines de l'utilité dont seront les nègres que Sa Majesté a fait venir du Cap-Vert2, et de travailler aussy de son costé à faire en sorte qu'ils réussissent sur les galères, c'est-à-dire qu'on les mesnage les premières années qu'ils sont en France, afin qu'ils ayent le temps de se fortifier et de s'accoustumer au travail, moyennant quoy la facilité que Sa Majesté

1 Sur l'avis donné par Brodart qu'un négociant de Marseille lui avait remis sept Turcs, le ministre lui écrivait le t a janvier précédent : «Sa Majesté veut que vous lui fassiei payer 1 00 livres pour chacun desdits Turcs, et que vous lui expliquiex en mesme temps que vous ne luy en faites pas payer davantage parce que s'ils sont d'Alger, ainsy qu'il vous l'a dit, ils ne seront pas de bonne prise et Sa Majesté pourra

accorder, dans la suke, leur liberté 1

(Dép. conc. le$ gai. fol. 7.)

1 Ce nouveau mode de fortiGer les chiour-

de nouveau. Le 1" avril 1680, Brodart recevait la note suivante :

«Sa Majesté a esté bieu aysc d'apprendre

qu'il soit arrivé à Marseille cinquante-oeuf nègres. Il doit les conserver soigneusement et faire scavoir s'ils sont forts, s'ils sont bien faits et capables de bien servir sur les galères, cl surtout il n'en doit recevoir aucun qui ne soit tel qu'ils doivent es Ire ; pour cela il doit se souvenir de l'ordre qui luy a esté donné de remettre tous ceux qui ne sont pas en estai de bien servir aux directeurs de la compagnie du Sénégal. . . v (Dép. eone. Ut gai fol. 93.)

Ayant appris que les forçats et les Turcdonnaient de mauvais exemples aux nègres. Louis XIV ordonna à l'intendant de les séparer en employant ces derniers à des travaux particuliers afin de ne pas les laisser corrompre. ((hrdren du roi, 1689, fol. 91.)

aura d'avoir de ces nègres donnera un moyen certain d'avoir la chiourme nécessaire pour mettre en mer les galères au nombre de trente et les y maintenir, et mesme de parvenir à l'augmentation de ce corps par quelques p,aléasses, en cas que Sa Majesté prenne la résolution d'en faire baslir quelques-unes à l'avenir.

Il ne doit pas manquer de rendre compte à Sa Majesté, au retour de ebacun voyage, du succès qu'auront eu ces nègres, parce que c'est à présent une des plus importantes choses qui regardent les galères.

Il a bien fait de donner son appartement au duc de Vivonne, mais il ne doit pas faire mettre des ouvriers aux dépens de Sa Majesté pour travailler à la maison qu'il veut avoir dans l'agrandissement de la ville 1 . . .

(Arch. de la Mar. Dépêche» concernant les galère*, 1G79. fol. io«.)

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