‹ Lettres, instructions et mémoires de Colbert (volume 3)Chapitre 416 sur 486 · A M. ARINOUL FILS · texte numérisé non relu

A M. ARINOUL FILS

INTBNDANT DE MARINE A TOULON

Pour réponse à vostre lettre du premier de ce mois, j ay vu tout ce que vous m'écrivez au sujet du sieur de Saint-Félix 1 et surtout l'inquiétude que vous vous donnez des calomnies que vous prétendez qu'il sème contre vous2.

Sur quoy je vous répondray que je veux croire vostre conduite bonne et qu'il n'y a rien à vous reprocher sur la fidélité9; mais, s'il n'y avoit pour le prouver que l'inquiétude que vous montrez et les agitations d'esprit que vous vous donnez sur les moindres choses que l'on dit contre vous, il n'y a

1 « Le sieur de Saint-Félix , écrirait le ministre à Brodart le i3 septembre 1678, qui a inventé une machine pour le creusage des ports , m'a proposé de se charger de reluy du port de Marseille et de diminuer dix sols sur le prix de chaque barcade de houe qu'il fera enlever dudit port.

«Comme ceUe diminution va è un douzième de ce que vous payez à présent pour chaque barcade et qu'il est avantageux d'en profiler pour le creusage dudit port, examinez s'il peut donner des cautions suffisantes pour répondre de ce qu'il vous promettra; et, en ce cas, vous pouvez luy donner le soin dudit creusage; mais, auparavant que de rien conclure, je seray hien ayse d'avoir vostre avis sur celte proposition. . . « ( Dtp. eone. In gai fol. t sa. )

1 Six mois plus tard, ce n'était plus un simple entrepreneur, c'était Louvois qui dénonçait au Roi lui-même les désordres de

«Lesintérests de Vostre Majesté m'ont paru si fort lésés dans ce qui se passoil à Toulon , dans le mois de décembre dernier, que j'ay cru estre de mon devoir de le notifier à Vostre Majesté.

«C'est un nommé Capelle, fleuriste, sous le nom duquel est passé le marché de la jetée qui s'y fait pour accroislre le port. Il a mis pour caution trois marchands nommés Arnaud , lesquels, avec luy, ne font que prester leurs noms au lieutenant du prévosl de la marin», qui est l'entrepreneur véritable.

« Il s'est obligé de partager le profit qui reviendra de ce traité en soixante-douze p»rb, dont il doit faire toucher au père Beaumonl. minime, trente, six à Capelle et aux Arnaud, et le restant doit appartenir tout seulement au lieutenant dudit prévost.

«L'avocat Martelly paroist pleige du nommé Bru et , qui a entrepris le transport des vases et après a remis son marché à Daniel et Martin avec lesquels ledit père Beaumont, minime, a neuf parts , dont vingt sous le nom d'un nomme Préville.

«Plusieurs charpentiers, dont un nomme Angelier, ont entrepris les pontons et gabares. Le mesme minime est associé avec eux pour six parts dans vingt.

«Il avoit le mesme intéresl avec le marquis de Beauregard , qui avoit enlrvpris le détour de l'Égoulier, et il ne se fait aucun achat, trait*1 ni marché par les inlendans de la marin* , sur lesquels ledit minime ne tire quelque profil.

«Personne n'en ose avertir monseigneur Colbert , ni monseigneur Seignelay, de crainle de se faire des affaires avec le susdit père.* (Arch. de la guerre, Lelhtt de Lowoù, vol. 638, p. Su.)

La lettre de Louvois est datée du i h février 1680; Arnoul avait été révoqué, pour des motifs étrangers à ces abus, le 1 1 décembre

» Voir, à la section suivante, la lettre du «7 octobre 1676.

rien qui fust plus propre à persuader tout ce que vos prétendus ennemis veulent faire croire. Un homme de bien, et qui n'a rien à se reprocher suit en toutes choses la mesme conduite, et ne doit rien souhaiter davantage que les occasions de la faire connoistre et de la soumettre à l'examen de ceux à qui il doit rendre compte, puisque sa conscience luy donne l'assurance qu'il ne luy en reviendra que des louanges, et de la confusion pour

Pour ce qui regarde ledit Saint-Félix et les arresls qu'il a obtenus sur son procès avec Vivien, il n'est question que de sçavoir si vous avez donné des ordonnances pour régler les différends qui estoient entre luy et Vivien à raison de leur association, ou si, ayant fait marché avec Saint-Félix, vous avez donné des ordonnances payables à son associé, et si vous avez prétendu, premièrement, régler les intérests des particuliers dans un fait comme celuy-là-, et, en second lieu, estre juge d'un fait dans lequel il esloit de connoissance publique que vous estiez partie, et porté peut-estre d'un peu trop d'animosité.

A l'égard des endroits par où vous dites que ledit Saint-Félix vous attaque, vous sçavez vous-mesme combien de fois je vous ay dit que vous ne deviez rien tant éviter que la communication avec la dame du Ru \ et si cette femme est cause de voslre perte, ce sera vous qui vous la serez attirée, après en avoir esté averty bien souvent.

Quant au contrôleur, je luy ordonne de contrôler l'ordonnance dont il s'agit; je prendray moy-mesme connoissance, dès que je seray en Provence, de tout ce qui s'est passé à Toulon, remettant à ce temps à y donner l'ordre nécessaire.

(Arch. de la Mar. Dépêches concernant la marine, 1679, fol. 4So.)

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