‹ Lettres, instructions et mémoires de Colbert (volume 3)Chapitre 417 sur 486 · AU DUC DE VIVONNE · texte numérisé non relu

AU DUC DE VIVONNE

GÉNÉRAL DBS GALÈRES. »

Fontainebleau, 3 septembre 167g.

Vous voulez bien que je vous tesmoigne toujours l'inquiétude où je suis pour Testât de voslre santé, les nouvelles que j'en ay reçues de Livourne, pendant le temps que vous y avez esté, ne me faisant point connoistre qu'elle soit telle que je vous la souhaite. Vous me ferez donc un sensible plaisir d'ordonner à M. Dautiége2 de m'en faire sçavoir Testât autant de fois qu'il le pourra faire.

' Voir, a la aedion suivante, pièce n* 57. — « Sccrélaire du duc de Vironnc.

m MAKINE

Le Roy m'ordonne d'ajouter à tout ce qui vous a esté écrit en vous envoyant l'ordre de faire saluer les galères d'Espagne, qu'il s'attend que l'exécution de cet ordre doit produire en peu d'années le dépérissement entier des galères d'Espagne dans la Méditerranée, par la crainte que l'Espagne aura de laisser establir la supériorité de Sa Majesté sur elle par ce salut, ou d'exposer les escadres de ses galères à des combats perpétuels avec celles du Roy dans lesquels celles-là n'auroient pas assurément l'avantage. Ces deux raisons , jointes à leur impuissance, feront que les Espagnols négligeront le maintien et l'augmentation d'un corps qui courroit risque tous les jours de se voir périr par une force majeure, joint à cela que peut-estre ils auront beaucoup plus de peine à former des cbiourmes et à trouver des officiers et des équipages pour mettre sur leurs galères, lorsqu'il sera public et que tout le monde sçaura que les galères de France ont ordre de les faire saluer ou de les attaquer partout.

Et comme l'escadre de Gènes, commandée par le duc de Turcy,doit estre la première exposée aux galères de France, Sa Majesté veut que vous vous appliquiez non-seulement à rendre public l'ordre que vous avez, mais mesme à chercher avec un très-grand soin la rencontre de ces galères, parce que l'application extraordinaire que vous donnerez à cette recherche fera que peut-estre en moins d'une année de temps vous ruinerez toutes les galères d'Espagne ou au moins vous en causerez une très-grande diminution, en telle sorte qu'un corps de cette qualité ne pourra jamais estre restably. Considérez, s'il vous plaist, quelle gloire le Roy et vous recevrez d'estre entièrement le maislre de la Méditerranée, et de n avoir jamais aucune puissance dans cette mer qui puisse ni égaler, ni balancer celle du Roy1.

(Àrch. delà Mnr. Drpirhe* concernant k* f^alèrr*, «679, fol. 17»)

1 Dans une autre lettre du t5 septembre au consul à Gènes, le ministre, prévoyant que les galères d'Espagne et celles du duc de Turcy, qui étaient à la solde de ce pays, pourraient cherrher un refuge à Gènes pour éviter de saluer le pavillon français, insinuait « que les Kslats inférieurs , COUNM celuy de Gènes , feroient assurément bien de ne |>as donner retraite aux Espagnols dans leur» forteresses, ni

dans leurs ports , parce qu'ils auraient le déplaisir de voir toutes les forces maritimes du roy Itasarder tout pour se faire rendre ce salut, qui est la plus grande marque de la préséance des couronnes. " (Mélan;jen Clairamhmtlt , 10I. 4a7, fol. »47.) On voit là poindre a fhorixou l'orage qui éclata sur Gènes. (Voir pièce n° 557 el note.)

ET GALERES.

Fontainebleau, i5 septembre 1679.

J'ay appris par vostro lettre du i k du mois dernier vostre arrivée à la baye de Cadix avec les trois vaisseaux qui sont à présent sous vostre commandement, et j'approuve la conduite que vous avez tenue à l'égard des saluts , vous répétant encore ce que je vous ay desjà fait sçavoir, par ma lettre du a aoust dernier, que, mon unique intention estant de donner une entière protection au commerce de mes sujets, je veux que vous évitiez toutes les difficultés qui pourroient naistre au sujet des saluts, tant à l'égard des places du roy catholique qu'à l'égard de ses vaisseaux de guerre que vous pourriez rencontrer dans les mers voisines de Cadix.

J'ay pareillement appris par vos lettres l'arrivée dans le port de Cadix des galères de l'escadre de Gènes et le mauvais estât où les a mises la rencontre des deux vaisseaux turcs de Tunis qu'elles ont attaqués; et comme j'ay donné mes ordres à tous les commandans de mes vaisseaux et galères dans la Méditerranée de chercher partout les galères d'Espagne pour les faire saluer conformément au règlement du 9 may i 665, dont vous avez connoissance et dont vous trouverez encore copie cy-jointe, j'estime important au bien de mon service que vous vous serviez de cette occasion pour obliger le commandant desdites galères à saluer la marque de commandement que vous porterez, si cela peut s'ajuster avec l'exécution îles autres ordres que je vous ay cy-devant donnés.

Et, pour ne vous laisser aucun doute sur ce que vous avez à faire en ce rencontre, je veux bien vous expliquer que je persévère toujours dans la résolution de donner une entière protection à mes sujets pendant qu'ils chargeront à Cadix les retours des galions, et que rien ne doit vous empescher d'y rester tout le temps que le consul et les marchands l'estimeront nécessaire pour la seureté de leur commerce. Je veux mesme que, s'il estoit nécessaire et qu'il y eust quelque risque à courre pour lesdits vaisseaux marchands pendant le trajet de Cadix dans les ports de mon royaume, vous leur donniez escorte, et qu'en ce cas vous ne pensiez qu'à pourvoir à leur seureté sans tenter aucune autre entreprise. Mais comme les vaisseaux qui font le commerce de Cadix sont ordinairement assez forts pour se défendre par eux-mesmes, principalement dans un temps où la paix ne leur laisse rien à craindre que de la part des corsaires de Salé, je n'estime pas que les marchands vous demandent escorte à leur retour; et ainsy vous

seriez en estât d'exécuter ce qui est de mes intentions à l'égard. de l'escadre des galères d'Espagne qui est à Cadix, en cas qu'elle y fust encore lorsque les vaisseaux marchands partiront pour retourner en mon royaume et qu'elle dust repasser aux costes d'Italie avant l'hyver.

Je veux donc, en ce cas, que vous la suiviez et que vous fassiez l'impossible pour la rencontrer, si, comme je n'en doute point, vous estes en eitat de la forcer à saluer avec les trois vaisseaux que vous commandez; et comme parle règlement de 1 665 il est dit que le pavillon vice-amiral fera saluer les estendardsde capitaine des escadres particulières d'Espagne, je vous permets en cette occasion seulement d'arborer le pavillon viceamiral pour faire saluer ledit estendard, ou combattre et enlever lesdites galères en cas de refus, en quoy vous devez considérer le service que j'attends de vous comme un des plus importans que vous me puissiez rendre, et comme une marque de la confiance que j'ay en vostre valeur et en voslre expérience . . .

( Arcb. de U Mot. Ordrt» du roi concernant le» ffalèrt», 1679, fol. 177.)

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