‹ Lettres, instructions et mémoires de Colbert (volume 3)Chapitre 418 sur 486 · A M. DE DEMUIN · texte numérisé non relu

A M. DE DEMUIN

INTENDANT A RGCUKFORT.

Saint-Germain, 3o octobre 1679.

Pour réponse à la lettre que vous m'avez écrite le a 3 de ce mois, les raisons que vous alléguez pour vous disculper de la faute que vous avez commise dans la réception des bois sont toutes plus meAschantcs les unes que les autres. Prétendez-vous eslre déchargé en disant que les menus bois qui ont esté fournis ont esté reçus pendant que vous estiez à Bordeaux? N'avez-vous pas deu laisser ordre aux officiers du port de ce qu'ils ont à faire en vostre absence, et n'avez-vous pas deu régler les mesures et les qualités des bois qu'ils dévoient recevoir, et de plus le contrôleur et le gardemagasin ont-ils donné leurs reçus contrôlés sans vostre ordre?

11 faut employer plus de temps à vous convaincre de vos fautes et à réfuter vos meschantes raisons qu'il n'en faudroit pour instruire cinquante hommes comme vous. Et, sur ce que vous dites que tous les moyens bois reçus cette année ne montent pas à 3 0,000 livres, pourquoy avez-vous écrit que vous avez reçu pour 1 «0,000 livres de bois, et qu'il n'y enavoit point d'assez gros pour bastir les vaisseaux que le Roy a ordonnés?

Apprenez, une fois pour toutes, qu'il faut que vous vous appliquiez avec un très-grand soin à l'observation des ordonnances et règlemens de ma-

rine, sans vous en départir jamais pour quelque cause et sous quelque prétexte que ce soit à moins d'un ordre exprès et par écrit, et a l'exécution ponctuelle et littérale des ordres qui vous sont donnés; et lorsque Ton vous avertira d'une faute que vous aurez faite, il n'y a point d'autre party à prendre que de la reconnoistre , l'avouer et vous en corriger à l'avenir.

A l'égard des bois dont vous avez besoin l'année prochaine , vous pouvez en conclure le marché avec ceux qui feront la condition du roy la meilleure. Pour cela , vous devez seulement exciter plusieurs bons marchands à former des compagnies différentes et à faire des rabais; et il vous sera facile d'en venir à bout si vous n'avez aucune acception ni préférence pour personne \ si les bois et autres marchandises sont généralement visitées, reçues ou refusées, et si les payemens sont ponctuels.

Je donne ordre -au trésorier de la marine de remettre à Rochcfort 10,000 livres à compte du prix des masts et bois de construction que doit fournir le sieur de Combes l'année prochaine, et vous pouvez luy faire remettre les dix milliers de poudre qu'il demande pour faire sauter les rochers qui empeschent le transport desdits masts. Mais, auparavant qu'il reçoive lesdiles 10,000 livres, tenez la main à ce qu'il donne une bonne caution qui réponde de cette somme et desdites poudres, en cas qu'il n'exécute pas avec ponctualité son marché.

Pour ce qui est de la fluste qu'il demande, vous devez tenir pour maxime que tout vaisseau bien basty, bon voilier et qui peut servir dans les armées navales de Sa Majesté, ne doit jamais estre ni vendu ni frété, et que tout vaisseau des quatrième et cinquième rangs, ou bruslot ou fluste, qui n'est ni bien basty ni bon voilier, peut estre vendu ou frété ; mais en temps de paix, il vaut mieux vendre que de fréter; et comme vous ne m'avez pas marqué le nom de la fluste que ledit de Combes demande l c'est à vous à examiner de quelle qualité elle est, et, lorsque vous m'en aurez donné avis, je vous feray sçavoir l'intention de Sa Majesté sur ce sujet. . .

( Arcb. Uc la Mar. Dépêche, concernant la Mrfat, 1679 , M. 543.)

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