A M. D'INFREVILLE
INTENDANT DE MARINE A TOULON
Saint-Germain, 5 mare 1666.
Je suis bien ayse que M. le duc de Beaufort vous tesmoigne plus de confiance qu'il n'avoit fait cy-devant, et que vous croyiez que depuis que je luy ay écrit il vous semble qu'il ayt eu moins de réserve pour vous. J'espère «ni' K V avenir nous en aurons encore plus de satisfaction , d'autant plus que je m'assure que vous n'oublierez rien de vostre part pour vous maintenir dans cet avantage, en luy rendant les respects qui sont dus à sa personne et à son caractère. Mais ce n'est pas simplement à vous bien mettre avec luy qu'il faut borner vostre estude, car il importe qu'en entrant dans la connoissance des particularités qui naissent entre les officiers, vous tasebiez de les calmer, et de les obliger à concourir unanimement au bien du scrfice . sans s'arrester à des contestations qui peuvent se trancher.
Dès que M. le duc de Beaufort se sera mis en mer, une des choses à laquelle il est de plus grande conséquence de donner vostre application est de presser les constructions autant qu'il sera en vostre pouvoir, et de prendre toutes les mesures et précautions nécessaires pour remplir les magasins, en sorte que si Son Altesse estoit obligée de rendre le bord en Provence, ou par un combat ou par quelque autre raison, vous puissiez travailler à ragréer tous les vaisseaux de la flotte et à la remettre en estât de servir.
Je suis très-ayse que vous ayez tous les jours de meilleures espérances de la manufacture de goudron, et que, par suite de la vente des arbres «rai sont en Provence, le maistre brusleur en ayt trouvé de propres pour lestablir dès à présent. Pour ce qui regarde la trop grande quantité de éarbon qui se fait dans le pays, qui, continuant, consommeroit une partie du bois qu'autrement l'on employeroil utilement à cet usage, et les défenses que le parlement d'Aix fait aux boscatiers1 de couper, vous en pourrez conférer avec M. le premier président de Provence qui, estant très-
1 Bi ht hérons.
bien intentionné, travaillera avec plaisir à tout ce qu l'avantage du service par le crédit qu'il a dans sa compagnie , sans qu'il soit besoin d'en venir à des ordres du roy. Cependant je vais travailler à renvoyer le sieur de La Londe, et je parleray aussy à M. le marquis de Gordes \ afin que vous puissiez bientost avoir des masls dans vos magasins et vous en servir dans les besoins que vous en pourriez avoir si l'armée navale, après un combat, revenoil à Toulon.
Je ne fais nul doute que M. Arnoul ne vous fasse fournir tous les mousquets qui se sont trouvés dans l'Hostel de ville de Marseille, desquels il s'est accommodé, parce qu'il sçait très-bien que le Roy désire que, par préférence, on pourvoye à l'armement de ses vaisseaux, et que l'on aura assez de temps pour faire celuy des galères qui , dans la saison où nous sommes, ne sçauroient guère s'éloigner des costes de Provence. Quant aux armes que le sieur Dalliez fait fabriquer, vous estes assez instruit qu'il n'y perd aucun temps, et vous jugerez par ce qu'il a fait jusqu'icy, qu'il a assez fait vu l'empressement, et le peu de disposition qu'il avoit rencontré. Néanmoins, je le presse toujours également; et, de la manière qu'il me mande que les armes à feu sont forgées , je crois qu'il ne sera plus à craindre qu'elles estropient2 tant de soldats comme ont fait cy-devant celles qui venoient de Forez.
J'aurois bien souhaité de vous pouvoir envoyer un excellent fondeur pour prendre la conduite de la fonderie de Toulon ; mais comme il ne s'en est pas rencontré en Hollande, et qu'on n'y en trouve point encore à présent que l'on puisse engager au service du roy, tout ce qui se peut faire est de tenir la main à ce que celuy que vous avez se perfectionne dans son métier et ne fasse point de fonte qui ne soit bonne. Il n'y a pas à hésiter à acheter les canons du sieur Dubois d'Arnault, et les deux de fonte verle qui appartiennent à un capitaine de vaisseau hollandois, Sa Majesté vous en donnant la permission. En mesrae temps, elle désire que, lorsque vous serez un peu libre, l'armée navale estant en mer, vous travailliez à donner chaleur à l'école des canonnière, en sorte que, s'il se peut, vous ayez tou-
1 François de Simiane de Ponlevè^ inar- ticulièrement les grenade», pots à feu et haches quis de Gordes, grand sénéchal et lieutenant d'armes, je ne scaurois m'empescher de >ou«
de Provence en 1 656. Mort le a3 novembre en parler, d'autant plus que le Roy a un grand
1680, âgé de cinquante -huit ans. — Il intérest que les armes soyent excellentes, vu
était chevalier d'honneur de la reine depuis que celles qui sont destinées à l'usage de la mer
1666. doivent eslre encore meilleures que le* autres
* Colbert écrivait, le ao janvier précédent, qui s'employent sur terre, estant impossible,
au sieur Dalliei : « Quoyque j'estime assez super- quand il manque quelque chose, d'y pouvoii
• (lu de vous recommander de tenir la main à ce remédier...» (Dép. conc. la mm: fol. Ko.) —
que les armes sov«»nt de bonne qualité, »•» par- Voir aussi pièce n° 38.
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jours une cinquantaine de personnes qui s'appliquent à cet exercice et se rendent capables de le faire avec fruit sur les vaisseaux.
Le charpentier qui est mort ayant esté remplacé par un autre, que le rapitaine Rodolphe1 a pris à son atelier, je me promets que la construction du vaisseau le Vivonne n'en sera pas retardée ; et , comme dans le grand nombre de vaisseaux qui se hastissent à présent, nos charpentiers peuvent acquérir et acquièrent sans doute de l'habileté, si ledit sieur Rodolphe venoit à vous manquer par le mesme accident, nous pourrions peut-estrc nous passer destrangers pour la direction de nos ateliers. Cependant, Rodolphe estant un excellent homme dans son métier, il faut s'appliquer à ie bien traiter et l'encourager à bien élever ceux de sa profession. . .
(Arth.de la Mar. Dépêche, concernant la marin», 1666, M. 3S7.)