MÉMOIRE
TOUCHANT LES HASTS DE PROVENCE, ADRESSÉ Al X SIEURS D'INFRKVILLE
ET ARXOIÏL.
( Copie portant : De la main de Cotôcrt.)
Saint-Germain, 5 mars 1666.
Au commencement de Kannée 1069, le sieur de La Londe proposa au Rov d«» tirer des montagnes de Provence des masts de toutes grosseurs, et mesme qu'il estoit assuré d'en trouver d'assez forts pour master lo vaisseau I» Samt-Philippe , qui estoit alors sur l'atelier.
Les conditions qu'il proposa, furent :
Qu'il feroit tous les chemins nécessaires dans les montagnes pour tirer lesdits masts jusqu'à la rivière du Var, et qu'en les faisant flotter sur ladite rivière il les metlroit ensuite sur la mer et les rendrait dans le parc de Toulon ;
Qu'il en fourniroit au rov le nombre de i5o, de toutes les grosseurs qui luy seroient demandées, lesquels luy seraient payés sur le pied que les masts de pareille grosseur achetés en Norwége et rendus sur les ports de France pourraient revenir tant pour le premier achat que pour la voiture et pour tous les frais;
constructeur de un vires. Coib«rt t'attira en respondance, il lui donne souvent, ainsi qu'à France et loi confia la direction des chantiers Chaber» . le titre de capitaine. »i* ronttruction établi» à Toulon, avec «on lift.
Et qu'après en avoir fourny i5o il en pourroit prendre pour luy 3oo, pour en disposer en faveur des François ou des estrangers, ainsy que bon îuy sembleroit.
Ces propositions furent acceptées par le Roy, et le mémoire en fut envoyé au sieur de La Guette, avec ordre de régler la qualité des 1 5o masts et leur prL\.
En exécution de cet ordre, il fit le marché du i,T juin 1 66a , dont copie est jointe à ce mémoire, par lequel il donne d'un masl de 90 pieds de long et de 36 pouces de diamètre, pour servir à un vaisseau du port du Saint- Philippe, a, 000 livres, et ainsy à proportion des autres.
Il s'est trouvé, dans l'exécution, que le Roy a reçu deux préjudices trèsconsidérables par ce marché :
Le premier, en ce que le prix de a, 000 livres est, à proportion des autres, beaucoup plus fort queceluy qui, suivant la stipulation du marché, devoit estre réglé sur le pied de l'achat en Norwége, de la voiture et des frais; et le second, en ce que, lorsque l'on croyoit avoir un mast capable de master le Saint-Pliilipjw , il s'est trouvé, ou pour n'avoir pas bien donné les grosseur et longueur, ou pour n'avoir donné que la grosseur du gros bout et non celle du petit, ou pour autre cause, qu'il a fallu trois et quatre masts assemblés pour master chacun vaisseau, en sorte que la masture a cousté beaucoup davantage que si on l'avoit achetée des Hollandois.
Comme Sa Majesté a résolu de faire continuer à prendre des masts dans lesdites montagnes de Provence, et mesme qu'elle veut prendre les 3oo que le sieur de La Londe pouvoil vendre suivant son traité, elle luy a ordonné de s'en retourner en Provence en diligence, avec assurance que les sieurs d'Infreville et Arnoul, intendans de la marine et des galères, conviendraient avec luy du prix.
Pour cet effet, Sa Majesté a ordonné de leur envoyer le présent mémoire pour les instruire de ses volontés.
Lesdits sieurs d'Infreville et Arnoul observeront, par l'extrait du marché fait par le sieur Courtin, résident en Danemark pour Sa Majesté, que les masts de 3 a palmes de tour (qui reviennent à plus de 60 pouces de diamètre) ne reviendront en France qu'à 3 1 5 rixdalers1, et les autres à proportion; en sorte qu'il y aurait lieu de prétendre que ledit sieur de La Londe devrait les donner à ce mesme prix. 1
Néanmeins Sa Majesté s'en remet à eux de l'augmenter, s'ils l'estiment à propos, et surtout elle désire qu'ils observent qu'il soit fait mention des longueur et grosseur du gros bout et du petit bout de chacun masl.
' I* rixdatc valait environ 5 livre» 10 sous.
Aussylost que le marché sera conclu et signé, Sa Majesté désire qu'ils pressent ledit sieur de La Londe daller travailler sur les lieux, et luy donnent toutes les assistances dont il pourra avoir besoin.
( Bibl. lœp. Mss. 5oo Colberl , Dépêche» ,h 1666 cl 1667, vol. 1 *6 M. 89. )