AU DUC DE VIVONNE
GÉNÉRAL DES GALÈRES
Saint-Germain ,a6 mars 1680.
Le Roy a reçu de plusieurs endroits des avis certains que les Espagnols avoient dessein de faire passer les galères qu'ils ont à présent à Barcelone, Palamos et Cartbagène, pour les joindre avec celles de Naples, Sardaigne et Sicile en quelques-uns des ports de la coste d'Italie, naviguer ensuite le long desdites costes, et aller à la rencontre des galères de Sa Majesté. Quoyqu'ellc ayl de la peine à croire qu'ils osent se commettre à tenter ce qui leur en arriveroit, elle estime qu'il est important de ne pas négliger cet avis et que, pour cet effet, il faut tenir toutes les galères prestes à partir aussytost qu'on aura des nouvelles positives du mouvement que feront celles d'Espagne. Sa Majesté veut donc que vous teniez la main à ce que ses galères soyent prestes à mettre à la voile dans la fin du mois prochain au plus tard, et que pour cet effet vous donniez ordre aux capitaines de commencer la levée de leurs soldats.
Je donne ordre au sieur Brodart de tenir la main à ce que le munitionnaire général des galères ayt la quantité de vivres nécessaires preste pour ce temps, et de faire travailler au radoub desdites galères, vous avouant que ce seroit un très-grand déplaisir pour le Roy, si, après les précautions que Sa Majesté a prises de faire naviguer des escadres de ses galères pendant tout l'hyver pour empescher que celles d'Espagne ne pussent revenir à Gènes, on les voyoit reparoistre à la coste d'Italie sans avoir rendu le salut qu'elles doivent et qu'elles ont voulu éviter jusqu'à présent.
J'écris, par ordre de Sa Majesté, au consul de la nation françoise à Gênes et au marquis Giustiniani de déclarer à la République que, si elle donne entrée et retraite aux galères d'Espagne dans ledit port, Sa Majesté enverra aussytost ses trente galères et ses vaisseaux pour les y attaquer; et c'est ce qu'elle ne manquera pas de faire si les Génois estoient assez mal conseillés pour prendre un aussy mauvais party J.
1 Le 1" septembre suivant, le consul à Gènes reçut du ministre la lettre suivante :
* J'apprends, par vostre lettre du 1 k de ce mois, que la république de Gènes pourra bien prendre la résolution de ne plus recevoir dans le port ni darse les galères de l'escadre du duc ' de Turcy ; je crois que c'est le meilleur conseil qu'elle puisse suivre, parce que, assurément,
en quelque lieu que les galères d'Espagne soyent, les galères du m y et ses vaisseaux les obligeront au salut, auquel il ne peut pas v avoir de difficulté par ce qui se passa eu tG6a, lorsque l'amlwssadeur d'Espagne donna au
bassadeurs ne concourraient jamais avec ceux de Sa Majesté; et , comme l'ancienne primauté
Vous verrez, par l'ordonnance cy-jointe, que Sa Majesté fait défense aux chefs d'escadre, capitaines et autres commandans de ses galères de mettre pied à terre lorsqu'ils sont dans les rades ou porte estrangers; elle ne doute point que vous ne les excitiez à l'exécuter ponctuellement et que vous ne leur donniez sur cela l'exemple, estant très-important d'establir cet ordre dans les galères pour éviter les accidens qu'un usage contraire pourrait causer.
Vous verrez aussy, par la copie cy-jointe de la lettre que Sa Majesté écrit à M. le commandeur d'Oppède1, les ordres qu'elle luy donne sur le sujet des bastimens espagnols qu'il pourra rencontrer et sur son retour avec les galères qu'il commande*.
J'ajoute ce mot pour vous dire que j'ay reçu la lettre que vous avez pris la peine de m'écrire, le i 6 de ce mois, et qu'il est bien important que vous fassiez tout ce que vous pourrez pour découvrir ceux qui ont part aux fréquentes évasions de forçats qui arrivent à Marseille , afin de remédier à ce désordre ...
( Arch. de la Mar. Dépécheê concernant lt$ galèrts , 1 680 , fol. 87 . )