AU SIEUR RRODART
INTENDANT DES GALÈRES A MARSEILLE
Saint-Germain, 1 5 avril 1680.
Le Roy ayant résolu de faire continuer le travail qui a esté commencé
do. la France a esté reslablie par cet acte, l'Espagne ne peut pas faire de difficulté de saluer tout ce qui porte le caractère de la dignité du Roy mon maislre. n (Mél. Clair, vol. 6a8 , fol. 667.) — Voir pièces n°* 5'i3 et 55g.
1 Capitaine de galère en iG6a, commissionné en 1 671, chef d'escadre en 1680. Mort .111 mois d'octobre de l'année suivante.
* Le commaudeur d'Oppède, qui avait demandé des ordres précis au sujet de la mission qui lui était confiée, reçut en outre, par l'intermédiaire du duc de Vivonne, celte réponse, datée du 1" avril :
- A Tégard de l'éclaircissement que le commandeur d'Oppède a demandé sur le nombre des galères d'Espagne qu'il devroit attaquer, Sa Majesté n'a point accoiistumé de donner d'ordres précis sur des sujets pareils. Elle sçail seulement que ses galères sont beaucoup mieux
armées que celles d'Espagne et que , dans toutes les occasions de guerre de terre et de mer, le* François ont toujours battu les Espagnols lorsqu'ils ont esté rencontrés, quoyqu'ils ayenl esté supérieurs en nombre, et elle a assez bonne opinion de ceux qui ont l'honneur de commander ses galères pour les croire désabusés de l'ancienne erreur qui faisoit qu'antre fois, dans un combat de galères, ceux qui en avoient une de plus estoient assurés de l'avantage, ce qui a toujours paru à Sa Majesté une raison beaucoup plus propre pour des Italiens peu accoustumés a la guerre, et qui souvent M distinguent par leur peu de courage, que pour des François et d'aussy braves ge ns que ceux qui commandent ses galères, qui ont accoustumé. par d'heureuses hardiesses, de rendre bien fausses ces sortes de maximes d'Italie...* ( Dép. conc. U* gai. fol. q5.)
pour faire les cartes de la Méditerranée, Sa Majesté veut bien pour cela vous confier les pensées qu'elle a eues, quoyqu'elles doivent estre extrêmement secrètes , estant bien persuadée que vous n'en abuserez pas.
Son intention est donc que vous fassiez armer à Marseille une bonne barque par quelque marchand auquel vous vous confierez, sans pourtant luy dire le sujet pour lequel vous la ferez armer ; que vous la fassiez charger de quelques marchandises de peu de prix et dont on puisse avoir le débit dans les isles de Majorque, Minorque et Yvice, et que vous choisissiez un patron affidé pour vendre les marchandises qui seront sur ladite barque et pour reprendre sur les lieux des marchandises du pays, afin d'avoir par là prétexte d'y estre plus longtemps. Sa Majesté veut bien que vous sçachiez qu'elle a résolu d'envoyer incessamment à Marseille le sieur de Pêne pour s'embarquer sur cette barque et travailler à la reconnoissance de ces trois isles et à lever le plan des places qui y sont. Pour cela, ne manquez pas de faire embarquer sur cette barque pour cinq mois de vivres, et prenez bien garde que personne ne puisse pénétrer la raison pour laquelle vous la ferez armer.
Ledit sieur de Pêne aura ordre de se tenir caché à Marseille et de prendre toutes les précautions nécessaires pour empescher que l'on ne sçache qu'il sera sur cette barque, et que les Espagnols n'en ayent connoissance, ainsy qu'ils eurent l'année dernière de son embarquement sur le vaisseau qui /ut envoyé auxdites isles2.
(Areh. de la Mar. Dépêcha ccnrrmanl le* gnUrt», 1680, fol. 107.)