‹ Lettres, instructions et mémoires de Colbert (volume 3)Chapitre 432 sur 486 · AU CHEVALIER DE NOAILLES · texte numérisé non relu

AU CHEVALIER DE NOAILLES

LIEUTENANT GÉNÉRAL DES GALÈRES

Versailles, 3o novembre 1 680.

J'ay rendu compte au Roy du contenu en la lettre que vous m'avez écrite le 19 de ce mois; vous pouvez aysément juger avec quel déplaisir Sa Majesté a appris l'accident arrivé à la galère du comte du Luc3, estant inouy qu'une galère ay t esté obligée de donner à terre dans un port. Je vous avoue qu'il est bien difficile de se persuader que l'on ayt pris toutes les précautions nécessaires pour empescher cet accident, d'autant plus qu'il est du devoir d'un commandant des galères, lorsqu'il arrive dans un port, de faire

' On lit dans une lettre de Louis XIV A du Quesne, du iii septembre précèdent:

«Vous sçavez qu'il ne faut pas faire de menaces inutiles aux corsaires de Tripoli et les aecoust umer de voir des escadres armées contre eux, sans qu'il leur en arrive aucun mal.. .

«Apres que vous aurez satisfait, ajoutait le Roi, aux ordres que je vous donne sur le sujet de Tripoli , rien n'est plus important que de \ous en aller à Alger pour l'exécution des ordres contenus en ma lettre du. . . dont vous trouvères encore une copie cy-jointe. Pour cet effet , il n'est pas nécessaire que vous vous arrestiez A Tunis, puisqu'il y a longtemps que les corsaires

tion aux traités faits avec eux, et que le Bey paroisl souhaiter de maintenir la paix que j'ay bien voulu leur accorder; il faut donc que vous alliez en droite route à Alger, que vous y demeu-

la restitution des esclaves qu'ils ont faits contre la bonne foy desdits traités, et que, en leur donnant de nouvelles assurances que mon intention est de les maintenir, vous leur fassiez sçavoir que, s'ils y contreviennent de leur part, je serois en estai de les en faire promptement repentir... » (Ordre» du rvi, fol. 3o8.)

* Lieutenant de port à Brest en 1666; il y fut nommé capitaine en 1678; de là il pssa avec son grade a Rochefort en 1 680 , et il y mourut le 10 novembre de la même année.

* Le comte du Luc, d'abord mousquetaire du roi, puis volontaire sur les galères en 1 679. Capitaine l'année suivante, il fut nommé commandeur de Saint-Louis en i6q3, et envoyé en Suisse comme ambassadeur en 1708, puis à Vienne en 1715. Conseiller d'Etat d'épée en 17S&, il mourut le 19 juillet 17A0.

ranger tous les bastimens qui y sont, de se donner toute l'estenduc nécessaire pour mouiller seurement et commodément, et d'éloigner lesdits bastimens de sorte qu'il ne puisse éprouver l'accident qui est arrivé en cette occasion.

Il faut donc que ce malheur vous rende plus circonspect à l'avenir et que vous preniez garde, sur toutes choses, que, Sa Majesté vous ayant bien voulu confier le commandement de ses galères sans attendre que l'expérience vous eust appris tout ce qu'il faut sçavoir pour s'en bien acquitter, vous devez y suppléer par vostre application et vostre exactitude à prendre tous les avis des chefs d'escadre et autres anciens capitaines qui sont sous vous. Vous sçavez bien que ce n'est qu'à cette condition que Sa Majesté a consenty que vous commandassiez ses escadres, et principalement dans une saison comme celle-cy, où il estoit nécessaire d'éviter, par une grande précaution, les accidens qui pouvoient arriver.

Aussytost que vous serez à Marseille avec lesdites galères, ne manquez pas de travailler avec soin à leur désarmement et d'assister à la visite que les maislres de hache en doivent faire. Je seray bien ayse d'avoir un mémoire du radoub qui doit y estre fait pour les remettre en mer, et un autre des bonnes ou mauvaises qualités de chacune d'elles, suivant le rapport des capitaines qui les ont montées.

(Arrh. de la Mar. Dépêche, concernant Ir* Salère*, 1680 Cri. »55.)

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