AU SIEUR BRODART
INTENDANT DES GALÈRES A MARSEILLE
De. . . i5 ma y 1681.
Vous sçavez qu'il y a présentement sur le canal de Versailles la plupart tles différentes espèces de bastimens dont on se sert à la mer1, et, comme il n'y a point eu encore de galère, j'estimerois à propos d'en faire bastir une de ko à U 5 pieds de long qu'on pourrait porter en fagot par le premier vaisseau qui passerait de Marseille en quelque port de Ponant, et qui serait construite sur le canal de Versailles par le plus habile maistre charpentier des galères; il faut donc que vous m'envoyiez un avis exact de la manière dont elle sera construite et que vous prépariez, dès à présent, les bois nécessaires pour cela, en observant qu'elle doit eslre d'une propreté extraordinaire, estant destinée pour eslre toujours sous la vue du Roy.
Le contrôleur des galères m'ayant écrit qu'il pouvoit se commettre des abus dans l'usage estably à Marseille de peser à la romaine les vivres fournis par le munitionnaire, ne manquez pas de tenir la main à ce qu'ils soyent pesés à l'avenir à la balance.
M. le duc de Vivonne ayant représenté la nécessité qu'il y avoit de défendre qu'aucun forçat puisse fumer sur les galères, pour éviter les accidens qui en pourraient arriver, vous trouverez cy-jointe une ordonnance de Sa Majesté pour l'empescher à l'avenir.
J'ay esté informé que vous avez refusé des forçats condamnés et envoyés par le parlement d'Aix, sous prétexte qu'ils cstoienl invalides. Je vous avoue que je suis fort surpris de la conduite que vous avez tenue à cet égard , nonobstant ce que je vous ay écrit plusieurs fois de la part du roy sur pareille matière, d'autant plus que vous ne m'avez pas décrit un mot de la difficulté que vous avez faite à cette occasion. Prenez bien garde que jamais pareille chose ne vous arrive à l'avenir, n'estant pas à vous de refuser aucun forçat qui arrive à Marseille, quand ils sont envoyés par les parlemens 2.
(Arch. de tu Mar. Dépêches concernant les gnlères, ,68t , fol. io3.)
1 Voir pièce n* 337, page 678, note a.
* En adressant ces observations à Brodart, le ministre n'oubliait pas la nécessité de n'avoir à Marseille que des forçats valides, et il écrivait le 8 juin suivant a M. Hucbet, procureur général à Rennes :
«A l'égard des deux condamnés aux galères
qui se trouvent hors d'estat de servir, il est certain que les condamnations fréquentes des criminels invalides sont fort préjudiciables au service de Sa Majesté. U est bien important de les empescher, autant qu'il sera possible, et de se servir pour cela de l'expédient que vous proposez, de faire visiter les criminels qui doi-