‹ Lettres, instructions et mémoires de Colbert (volume 3)Chapitre 435 sur 486 · LOUIS XIV A DU QUESNE · texte numérisé non relu

LOUIS XIV A DU QUESNE

LIEUTENANT GÉNÉRAL DES ARMÉES NAVALES

Rrisach, 16 octobre 1681.

J'ay reçu , par vos lettres du 5 septembre dernier, les avis de lestât auquel est l'escadre que vous commandez, et de tout ce qui s'est passe à Constantinople et dans l'Archipel ensuite de la canonnade des vaisseaux de Tripoli que vous avez trouvés dans le port de Chio1; et, après vous avoir tesmoigné la satisfaction que j'ay eue de la manière dont vous vous estes conduit en ce rencontre et des nouvelles marques que vous avez données de vostre profonde capacité et de vostre zèle et affection pour mon service, je vous expliquera)', en peu de mots, mes intentions sur tout ce que vous m'avez écrit.

Pour cet effet, je vous diray qu'il ne convient en aucune façon à mon service, ni au commerce que mes sujets font dans le Levant, d'en venir à une guerre ouverte avec le Grand Seigneur, et qu'il n'y a rien que vous deviez éviter avec plus grand soin , la disposition des affaires présentes de l'Europe ne me permettant pas de penser à présent à soutenir une guerre contre les Turcs, quelque certain qu'en puisse eslre le succès. Ainsy, nonseulement vous devez persuader les officiers de la Porte, par toutes sortes d'assurances, que je ne veux point de guerre avec leur maislre; mais aussy vous ne devez rien faire, à l'égard des barques et vaisseaux turcs qui naviguent dans l'Archipel , qui puisse altérer l'alliance que j'ay avec le Grand Seigneur, quand mesme vous sçauriez que ces barques, porteraient des marchandises aux vaisseaux de Tripoli qui sont dans Chio. Et comme vous m'écrivez que vous avez avis que le capitan -pacha devoit venir devant Chio avec l'armée ottomane2 et faire sortir les vaisseaux corsaires qui y sont enfermés, sous prétexte que le Grand Seigneur les a achetés pour s'en servir, je veux bien vous dire que, quoyque l'inconvénient soit grand de

>enl eslre jugés par un médecin ou un chirurgien dont vous feriez choix pour empescher les abus qui se pourroient commettre dans cette visite , afin que , si ces criminels ne se trouvoienl pas en estai de servir sur les galères, ils Tussent condamnés è d'autres peines...» ( Dép. conc. If* gai. fol. 1 96.) — Voir pièce n* f>as. 1 Des corsaires (ripolitains ayant enlevé un

Qncsne les poursuivit, avec sept vaisseaux .jusque dans le port de Chio. Sommé de les c basai. — 1

ser, le pacha fil lirer sur l'escadre française, qui de son côté canonna la ville avec tant de violence que le pacha envoya chercher du se-

* Trente-sept galères furent en effet mises en mer sous la conduite du capitan -pacha et entrèrent dans le porl, où du Quesne les bloqua. Mais le capitan-pacha, se trouvant sans vivres, demanda la liberté de s'en retourner et imposa aux pirates de rendre leur prise. (Voir II, 738, pièce n'33o.)

faire sortir ces corsaires et les mettre par là en estât de continuer leurs courses sur mes sujets, il vaut beaucoup mieux que cela arrive que si vous vous engagiez à un combat contre les galères turques pour les empescher d'emmener lesdits vaisseaux. Ainsy c'est à vous à faire tout ce que vous pourrez pour faire changer de résolution le capitan-pacha, en luy représentant que les ordres précis que vous avez de ne rien faire qui puisse altérer l'alliance contractée depuis si longtemps entre moy et le Grand Seigneur ne pourraient pas vous empescher d'enlever ces vaisseaux s'ils vouloient se servir de la protection des galères ottomanes pour sortir du port où vous les avez enfermés; mais, si nonobstant toutes ces raisons il persistoit à vouloir les faire sortir, j'aime beaucoup mieux que cela arrive que de voir engager à un combat mes vaisseaux et lesdites galères.

Cependant, comme j'estime très-nécessaire de vous mettre en estât de soutenir avantageusement la gloire de mes armes et de faire obtenir, s'il est possible, en demeurant dans l'Archipel le temps que vous estimerez nécessaire, les honneurs que le Grand Seigneur a jusqu'à présent refusés à mon ambassadeur, j'ay donné ordre à Toulon de faire partir incessamment la frégate la Bien- Aimée , sous le commandement du sieur de Beaulieu, avec deux flustes chargées d'un mois ou six semaines de vivres pour toute l'escadre et des autres munitions de guerre et de rechange dont vous avez un plus pressant besoin; et ce premier convoy ira à Zante ou à Milo pour y recevoir les ordres que vous y aurez envoyés, ainsy que vous le marquez par vostre lettre.

Ce premier convoy sera suivy d'un second qui partira dans le commencement de décembre et sera escorté par un vaisseau de 5o pièces de canon, commandé par le sieur de Septèmes1, lequel vous portera aux mesmes lieux tout ce qui sera nécessaire pour faire tenir la mer jusqu'au mois d'avril de l'année prochaine aux vaisseaux que vous commandez.

Je vous avois écrit , par ma lettre du 1 3 du mois passé , que je désirois que vous détachassiez le marquis d'Amfreville pour venir caréner à Toulon et servir ensuite au transport des Turcs qui doivent estre échangés contre mes sujets esclaves à Alger; mais, comme le service dont vous estes à présent chargé est beaucoup plus important, vous ne devez point faire ce détachement, mais vous appliquer uniquement à terminer la guerre que vous faites à ceux de Tripoli par une paix aussy avantageuse quelle doit estre, en concertant d'ailleurs, le plus souvent qu'il vous sera possible , avec mon

1 De Septèmes, capitaine de vaisseau a 1 1 i * ( — Mort a Paris le 16 juin do In mémo Toulon en 167a, chef d'escadre à Brest en année.

ambassadeur à la Porte la manière dont vous devez vous conduire pour faire un accommodement avantageux avec les Turcs, tant sur ce qui regarde les honneurs du sopha, que pour procurer à la nation françoise tous les avantages qu elle peut espérer dans son commerce. . .

( Arc b. do U Mar. Ordres du roi pour la marine, 1681, fui. S94. )

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