‹ Lettres, instructions et mémoires de Colbert (volume 3)Chapitre 451 sur 486 · LOUIS XIV AL MARQUIS DU QUESNE · texte numérisé non relu

LOUIS XIV AL MARQUIS DU QUESNE

LIEUTENANT GÉNÉRAL DES ARMÉES NAVALES

Vereaîllea, 1 3 juin i689.

J'ay appris, par la lettre que vous avez écrite de Ténédos, tout ce qui s'est passé dans vostre navigation depuis celle que j'avois reçue de vous du ao mars, et j'ay vu toutes les raisons que vous prétendez avoir encore d'apporter un aussy long retardement à l'exécution des ordres que je vous avois donnés pour vostre retour. Sur quoy je suis bien ayse de vous répéter ce que je vous ay desjà fait sçavoir à cet égard, que, comme les ordres que je donne sont toujours concertés avec connoissance, je désire qu'on les exécute sans réplique et sans qu'on se donne la liberté de les interpréter; et vous ne devez jamais, en ces occasions, vous prévaloir de la confiance que j'ay en vostre capacité et en vostre expérience, pour vous donner sur ce sujet plus de liberté qu'un autre officier, puisque vous devez donner le mesme exemple à tous ceux qui servent sous vos ordres, sur ces articles d'obéissance prompte et sans réplique, que vous leur donnez sur l'exactitude dans le service.

Après avoir expliqué mes intentions sur ce sujet, je vous diray que vostre retardement a apporté à mon service un très-grand préjudice qu'il faut nécessairement réparer par la diligence avec laquelle vous exécuterez les ordres que vous avez desjà reçus de repartir de Toulon aussytost que vous

1 Par le mémo courrier, le minisire pressait cet armement , je vois en tout beaucoup de névivement l'intendant do Toulon : gligence et de retardement à l'exécution des

tJe vous écris cette lettre en particulier, lui ordres qui vous ont esté donnés, et vous par-

disait-il , parce que je vois clairement par ce viendres à faire la chose du monde qui peut

que vous m'écrive! de Pestât auquel sont les estre la plus contraire au bien du service du

vaisseaux et sur ce qui m'en a esté écrit d'ail- roy , qui est de donner un prétexte à M. du

leurs, qu'il peut arriver du retardement au Que*ne de demeurer longtemps dans le port

départ de M. du Quesne, par le peu de dili- avant que de se mettre en mer. C'est à vous à

;;.-.*n<- que vous avet apporté pour la prépara- prévenir cet inconvénient; vous n'aurex peut-

t vaisseaux, qui ont toujours deu estre estre jamais d'occasion plus importante de

prests le i " du mois de ma y, et qui, suivant vos témoigner vostre lèle , et vous ne lettres, ne doivent pas l'eslre au t" de ce mois. mais me faire plus de plaisir que de prévenir Je vous diray franchement que, loin d'estre sa- les inconvéniens que je prévois de ce retardent de ce que vous avex fait à l'ocrasion de ment...* (Mp- rw. In mar. fol.

y serez arrivé. J'ay estimé h propos de vous envoyer encore ce courrier exprès pour vous marquer précisément que je ne recevray aucune raison de vostre retardement, que la demande que vous faites de revenir icy n'est pas recevable, et que j'ay mesrne peine à comprendre comment vous avez pu faire cette proposition, qui iroit à détruire entièrement tout ce que j'ay pensé de faire exécuter par mes vaisseaux contre Alger, puisque si cette entreprise est retardée plus longtemps que le mois de juillet, elle deviendra enlièrement impraticable.

Je connois aussy avec quelque peine, par ce que vous avez écrit au sieur de Vauvré de la nécessité qu'il y a de donner le temps aux équipages de demeurer à terre pour se restablir, que vous-mesme avez fort envie d'y rester quelque temps, et je vous avoue que si, après l'inconvénient dans lequel vous estes tombé par le retardement de vostre retour, vous demeuriez encore à terre sans nécessité, je ne pourrois m'empescher d'envoyer les ordres au marquis de Preuilly, qui est devant Alger avec le reste de tous les vaisseaux qui sont en mer, d'exécuter luy-mesme, sans vous attendre, les ordres portés par vostre instruction.

Mais je m'assure que, après vous avoir tant de fois et si fortement expliqué mes intentions, vous ne manquerez pas de les suivre ponctuellement, et de continuer de cette sorte à me donner des marques de vostre zèle et affection pour mon service.

( Arch. de la Mar. Ordre* du roi pour la marine, t68a , fol. ïqH. )

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