AU MARQUIS DL QUESNE
LIEUTENANT GÉNÉRAL DES ARMÉES NAVALES
Versaillc*, a 3 juin 1689.
Le Roy vous explique, par sa leltre cy-jointe, ce que vous avez à faire dans tous les cas qui peuvent arriver devant Alger, et il n'y a que le seul cas auquel ils auroient une grande partie de leurs vaisseaux dehors qui vous doive obliger à y demeurer avec tous les vostres pour faire la course contre eux; et comme, dans ce cas, vous proposez de changer les croisières qui vous paroissent trop éloignées et de tenir toute l'escadre ensemble, en sorte que l'une puisse entendre le canon de l'autre, Sa Majesté m'ordonne de vous dire que, quoyqu'elle se remette à vostre expérience et à vostre capacité de faire ce que vous estimerez le plus convenable à la fin qui vous a esté expliquée par ses instructions, vous devez cependant observer qu'il seroit fort inutile et, en quelque manière, honteux de laisser quinze vais-
ET GALÈRES. s>-29
seaux ensemble pour attaquer des corsaires aussy (bibles que ceux d'Alger; et vous pouvez parvenir à la mesme fin par le moyen des cinq vaisseaux qui resteront avec vous, puisqu'il n'y a pas un de ces vaisseaux qui ne soit en estai d'attaquer deux ou trois corsaires, s'il les rencontrait en mer, et qu'en y tenant ces cinq vaisseaux et les postant en lieu d'où ils puissent entendre le canon les uns des autres, vous tiendrez avec la mesme seuretë une plus grande estendue de mer que si, suivant la proposition que vous faites, Sa Majesté mettoit les escadres ensemble dans la dislance nécessaire pour entendre le canon l'une de l'autre. D'ailleurs vous devez considérer qu'il est bien plus de la gloire de Sa Majesté de tenir en mesme temps par ses galères et ses vaisseaux toule l'cstenduc de la Méditerranée depuis le détroit jusqu'en Levant, que de se fixer seulement à garder les environs d'Alger, et, pour cet effet mesme, il ne seroit pas besoin d'an armement aussy considérable que celuy dont elle a fait la dépense. Ainsy toutes ces raisons persuadent Sa Majesté qu'il n'y a rien à changer aux ordres que vous avez reçus pour les postes que doivent occuper lesdilcs escadres.
Sa Majesté a vu, par la lettre du sieur deVauvré, que, outre la fluste le vous voulez encore le Trident pour servir d'bospilal, et que vous avez refusé l'expédient qui vous a esté proposé de vous servir d'un des brusloLs pour porter les choses nécessaires pour les mortiers. Elle vous explique qu'elle ne veut pas envoyer à présent de fluste pour servir d'hospitai, et qu'elle en enverra, si elle l'estime nécessaire , dans un autre temps de la campagne.
A l'égard des bruslols, comme vous n'en pouvez avoir besoin en aucun cas devant Alger, vous pouvez vous servir d'un des deux pour porter les affusls, et si vous en avez besoin après l'expédition d'Alger, vous pourrez le décharger desdits affusts et l'équiper de nouveau en bruslot.
Bien que les lettres que Sa Majesté a reçues de son ambassadeur à la Porte luy fassent connoislre que les affaires ne sont pas en aussy mauvais estât qu'il avoit esté écrit, ne laissez pas de travailler, s'il vous plaist,au mémoire que je vous ay demandé, le i 3 de ce mois sur tout ce qu'il y auroit
1 Voici .Lu.- quels termes le ministre avait demandé ce mémoire à du Quesne :
« Les affaires de l'ambassadeur de Sa Majesté à la Porte se brouillant plus que jamais, par les nouvelles que j'ay reçues, pourront en venir à une telle extrémité qu'il faudra nécessairement qu'elle envoyé des vaisseau* dans l'Archipel pour se venger de l'insulte qui aura esté faite
à sou ambassadeur; et comme, après l'entreprise que vous aurez faite sur Alger, il y a apparence que kê corsaires, intimidés, ne sortiront pas silost, que d'ailleurs Pestai auquel sont à présent les affaires du Levant ne permet pas aux marchands d'y continuer leur commerce, et qu'ainsy il n'y a pas beaucoup à craindre desdits corsaires, Sa Majesté ponr-
à faire en cas que les affaires se poussant à l'extrémité du costé de Constantinople, et son ambassadeur estant arresté, elle prist la résolution d'envoyer dans l'Archipel les quinze vaisseaux qu'elle a fait armer contre Alger.
Sa Majesté ayant esté informée, par les lettres du sieur de Saint-Mars \ qu'il y a 3 1 3 François esclaves à Tripoli, elle veut que vous donniez ordre à M. le chevalier de Tourville, lorsqu'il sera à la croisière de Malte, qu'il doit occuper, Je profiter du temps favorable qu'il aura pour paroi s Ire à la rade de Tripoli et redemander leur liberté au Dey de cette ville.
Je vous envoyé une lettre de Sa Majesté pour M. le chevalier de Noailles, qui marque ce qu'il aura à faire en cas que vous partiez avec tout ou partie de l'escadre pour vous en aller droit dans l'Archipel. Vous observerez, s'il vous plaist, de ne luy point rendre cette lettre que le cas qui y est contenu ne soit arrivé.
Vous trouverez aussy cy-jointe une lettre pour M. le marquis de Preuilly, que vous ne luy rendrez pareillement que lorsqu'il sera nécessaire qu'il exécute ce qui y est contenu.
(Arch. de h Mor. Dcyêcku toncernanl tu xnarim , tG8l.fol.169 I
bt ~ ■ t - • ; = — : — — -- rra • — =a — -—z. — — - r~. t • * -r.tr r ■ ,—rs j a = - ; - J--r: - ■-^f-;
588 —AU SIEUR BRODART,
INTENDANT DES GALÈRES A MARSEILLE
Versailles, 98 juin 168a.
Le Roy ayant accordé aux chefs d'escadre des galères les mesmes appointemens qu'à ceux des vaisseaux, je vous expliqueray par celte lettre ce que vous devez observer pour exécuter ses intentions.
roit prendre la résolution d'envoyer les quinze vaisseaux qui seront sous vostre commandement se présenter devant les bouches des Dardanelles, demander satisfaction de ce qui se s Ta passé à l'égard de l'ambassadeur, et, en cas de refus, commencer les actes d'hostilité . qu'on pourroit exercer dans l'es tendue de l'Archipel. Je vous prie d'examiner ceUe pensée et de faire un ample mémoire de tout ce que vous estimerez nécessaire de faire en cette occomme je suis persuadé qu'il y a beaucoup à faire dans cet archipel, et qu'il est fort aysé d'y faire des prises considérables et d'obliger la plupart des isles à contribuer, je crois que quinze bons vaisseaux de guerre donneront
et feraient bien repentir les Turcs du mauvais conseil qu'ils ont suivy en refusant à l'ambassadeur de Sa Majesté tes honneurs qui leur
ont esté demandés r» (Bép. conc. la mar.
fol. a5a.)
1 François Colbert de Saint-Mars, enseigne de vaisseau en 1 67a , lieutenant en 1673, capitaine de frégate en 1675, capitaine de vaisseau en 1 678. Il fut interdit pour trois mois au
titre de chef d'escadre honoraire en 1791, et mourut à la Grimenaudière, près la Rochelle, le aa janvier 1739. ■ — Dans la Gàtealogte (voir I, 679, IV), il est appelé Colbert de
Les chefs d'escadre des vaisseaux servant dans les ports ont par mois 5oo livres d'appointemens, dont ils sont payés suivant les eslats expédiés sur les revues envoyées par les intendans de la marine. Les chefs d'escadre des galères seront payés de mesme pendant le temps qu'il résideront à Marseille sur de pareils estats et revues.
Ceux des vaisseaux ont à la mer, outre ladite somme de 5oo livres* par mois, celle de 3oo livres en qualité de capitaines des vaisseaux qu'ils montent, ce qui fait en tout 800 livres par mois. Il faut que vous fassiez payer ladite somme de 3oo livres par mois aux chefs d'escadre pendant le temps qu'ils serviront en mer, sur le fonds de 6,3 5 0 livres employé dans Testât des dépenses des galères pour le supplément d'appointemens desdits chefs d'escadre.
(Arch. de la Msr. Utpéck*» conctrntnt la/fnUrts, 1681, fol. 160.)