DIFFICULTÉS
A EXAMINER 8UR LE SUJET DES SALUTS MARITIMES'. (Copie portant : De la main de Colbert.)
Saint-Germain, s5 septembre .667.
la question à examiner consiste à sçavoir de quelle sorte les couronnes de France, d'Espagne, d'Angleterre, Danemark, Suède et les Estais hollandois en doivent user entre elles pour les saluts des vaisseaux de guerre , * rencontrant en mer, soit dans les mers qui environnent réciproquement ces royaumes, soit dans cell&s qui en sont plus éloignées, sçavoir :
t° De pavillon amiral à pavillon amiral, et tous autres égaux;
2* De pavillon amiral à vice-amiral, et tous autres inégaux en un ou plusieurs degrés;
3* De vaisseau simple de guerre à vaisseau de guerre, et de vaisseau de guerre à vaisseau marchand.
Les prétentions des couronnes sont :
La France prétend que toutes les autres doivent luv céder; néanmoins, comme sa puissance n'a pas esté grande jusqu'à présent, elle n'a pas sou-
' Nous publions à V Appendice une leUre du duc de Beauforl à Colbert, du 8 août t665, relaie i 4a querion de* «luU, etr.
tenu cette prétention à l'égard de l'Espagne. Presque jamais les pavillons ne se sont rencontrés en paix; en guerre, ils se sont battus. Depuis un an, l'armée navale de France, ayant rencontré celle d'Espagne sur les costes de Portugal, a fait baisser le pavillon. Il faut observer que l'Es pagne prétend avoir trois ou quatre pavillons, celuy d'Espagne, de Naples, de Sicile et de Sardaigne.
L'Angleterre, à cause de ses forces maritimes et de sa situation, a toujours prétendu la supériorité sur la mer, sur toutes les autres couronnes. Il y a peu ou point d'exemples que les pavillons de France et d'Angleterre se soyent rencontrés. En l'année 1661, le Roy estant en bonne intelligence avec le roy d'Angleterre, celuy-cy donna ordre au commandant de ses flottes d'éviter soigneusement la rencontre de la flotte de France.
Il faut observer que l'Angleterre a toujours trois pavillons l, et qu'elle prétend une grande supériorité dans toutes les mers qu'elle appelle britanniques, c'est-à-dire toutes celles qui l'environnent, dans lesquelles elle prétend que tout pavillon doive baisser devant le sien.
Le Danemark ne prétend rien contester, et toutefois il ne prétend pas céder; mais, comme les flottes ne se peuvent presque jamais rencontrer, il est difficile qu'il puisse arriver de contestations.
A l'égard des Estats des provinces unies des Pays-Bas, ils demeurent d'accord de céder partout , et , pour cet effet, de baisser leur pavillon devant ceux de France et d'Angleterre et de les saluer de trois ou quinze coups de canon; mais ils prétendent que les mesmes pavillons de France et d'Angleterre, après ce salut, doivent baisser aussy leur pavillon, saluer celuy des Estats de deux coups moins, et ensuite le relever; et lorsque lesdits pavillons de France et d'Angleterre sont relevés, ils doivent relever . le leur.
La France et l'Angleterre prétendent, au contraire, qu'elles doivent seulement saluer du canon de deux coups moins, et que jamais leur pavillon ne doit estre baissé.
Pour bien examiner et résoudre ces difficultés, il faut rechercher soigneusement tout ce qui s'est pratiqué du temps des Romains, s'il se peut, et depuis concernant lesdits saluts, et tout ce que les historiens et autres auteurs qui ont écrit sur ces matières ont dit.
Ensuite il faut examiner tout ce qui s'est passé dans l'Europe depuis deux ou trois ans. Voir tous les traités faits entre France, Angleterre et Estats de Hollande.
1 C.'eai-à-dire un pavillon pour chaque es- rouge, l'encadre blanche et l'escadre hleue, ainsi cadre commandé par un amiral : IVscadre appelées à canne de la cnnlonr du pavillon.
Examiner les termes du dernier traité1 fait entre lesdits Estais et Cromwel en 1 655 , et -'informer de l'usage et pratique, et, sur le tout, former Favissur ce qui est à faire dans l'ordre et dans la justice, pour ce qui concerne de recevoir ou rendre lesdits saluts.
Pour bien examiner cette question , j'envoye un traité desjà fait par M. Salo sur les saluts;
Un extrait de quelques traités faits entre France, Angleterre et les Estais, dans lesquels il est fait mention desdits saluts;
Un résultat des plénipotentiaires desdits Estats, sur leur flotte du a juin .666;
Deux certificats, l'un du sieur d'Étemare, capitaine des gardes de la marine, et l'autre du sieur Trubert, commissaire général;
Trois copies de certificats, Tun des sieurs lieutenant-amiral Michel de nuiier, tjuiiiaumc ae Aaen ei Jacques ae irienroen, capitaines ae navires de guerre hollandois, du 18 mars 1667;
L autre de Jean Evertsen, lieutenant-amiral de Zélande, et le troisième du mesrae Michel de Ruyter et autres capitaines de navires hollandois, ex un mémoire des raisons par lesquelles les restais ae noiianne prétendent que le contre-salut du pavillon de France doit estre fait par l'abaiscernent
( Bibl. lœp. Mm. 5oo Cotbert , Défécktt dt,6€6rt ,667, vol. 1 96 , fol. s66. )
1 Dans une instruction du 9 novembre suivant adressée i If. de Ruvigny, chargé d'une ouwob en Angleterre, Cotbert l'inritait à Urbr de pénétrer les sentiments du roi Charte II, en exprimant le désir que, pour traném b difficulté , on abolit toute espèce de «atof de part et d'autre. « Mais en cas qu'il se l/wre uop de difficultés , ajoutait le ministre. Si Mtjesté cstimeroit qu'à l'égard dea paviliwsqpaui, il en devroit estre usé de meame, et, pour le surplus , qu'un pavillon supérieur sera/ toujours salué par l'inférieur; *Que tous» tes vaisseaux de guerre entrant
dans les ports, havres ou rades des deux
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salut leur seroil rendu coup pour coup;
« Que les simples vaisseaux de guerre se rencontrant en mer ne ae salueraient pas . . . » (Ordres du roi, fol. 76.)
Sans doute il ne fut pas possible de s'entendre , car le rtylement tur Un jMtrilUm* , du 3 décembre 166g, porte, article 90 : «A l'égard des saluts des ports et vaisseaui estrangère, Sa Majesté se remet au règlement de ma] 1 665. *( Voir Appfmdtce.)
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5â. — MÉMOIRE
SDR LE VOYAGE QUE H. DU QUBSNE DOIT FAIRE PAR ORDRE DU ROY AU HAVRE-DEHiRACE .
DIEPPE ET HOXFLEUR.
. . . Février if>6*.
Le sieur du Quesne sçachanl bien qu'il n'y u rien que le Roy ayt tant à cœur que d'avoir et de disposer, autant que la nature et l'industrie des hommes le pourront permettre, des retraitevS seures pour les vaisseaux <k> ses armées navales dans la Manche, en sorte que, lorsqu'elles seront obligées d'y entrer, elles ne courent pas risque de se perdre par tous les mauvais temps , ou d'estre obligées de se retirer dans les ports d'Angleterre , Sa Majesté, pour cet effet, a fait travailler, depuis deux ans, à vider de vases le bassin qui avoitesté fait autrefois au Havre-de-Grâce , à la réparation des murailles qui ferment ledit bassin, et aux écluses et portes nécessaires pour donner communication dudit bassin avec le port, ensemble à former un canal pour conduire la rivière de Harfleur dans ledit port.
L'intention de Sa Majesté est donc que ledit sieur du Quesne s'en aille à présent au Havre, accompagné du sieur Berryer, secrétaire du conseil, qui a pris soin jusqu'à présent desdits travaux, auquel lieu ledit sieur Berryer luy fera voir tous les travaux qui ont esté résolus, ceux qui ont esté exécutés et ceux qui restent à exécuter.
Sa Majesté veut qu'il examine, avec tout le soin et l'exactitude possibles, les rades dudit lieu , pour sçavoir si elles sont capables de tenir les vaisseaux en scureté, soit pour attendre les vents propres pour leur partance, soit pour attendre l'entrée et sortie dudit port.
Qu'il examine ensuite, avec le mesme soin, les épis, soit ceux que l'on a résolu de construire de nouveau , soit ceux que l'on a résolu de rompre entièrement ou de diminuer de longueur, pour servir à rendre l'entrée du port plus facile et plus profonde; qu'il en reconnoisse les différens effets; qu'il entende pour cet effet ledit sieur Berryer et tous les plus habiles gens de mer du Havre, pour former ensuite un avis commun qui puisse eslre exécuté.
Ensuite Sa Majesté veut qu'il examine le port, le bassin et le travail qui se fait pour la conduite de la rivière de Harfleur dans ledit port, qu'il visite de mesme la retraite du Hoc *, la rade et le port de Honfleur, et puis celuy de Dieppe; Sa Majesté voulant continuer incessamment à faire les ira-
1 Pointe de France, canton d'Ingouville (Seine-Inférieure).
vaut nécessaires à ces trois villes, pour pouvoir estre certaine du nombre de vaisseaux de ses armées qui pourront s'y retirer en seureté, tant de la mer que des ennemis.
Ledit sieur du Quesne pourra de plus examiner s'il seroit à propos et nécessaire de construire un autre bassin , de quel avantage il seroit pour Sa Majesté, et de quelle dépense.
Outre toutes ces observations qui sont à faire , Sa Majesté voulant establir un atelier de marine audit lieu du Havre, et y tenir toujours une escadre de dix ou douze vaisseaux quelle veut choisir dans toute son armée, ou faire bastir expressément pour pouvoir échouer avec facilité et sans risque, et pour pouvoir entrer de mesme dans le Havre et mesme, s'il se peut, dans Honneur, Dieppe et dans toutes les retraites qui seront disposées dans la Manche , elle veut que ledit sieur du Quesne examine soigneusement le gabarit des vaisseaux, leur longueur, largeur et profondeur, et généralement toutes les mesures qu'il faudra observer;
Qu'en mesme temps il examine un ou deux vaisseaux que la compagnie des Indes orientales fait construire audit lieu; qu'il voye s'ils seront propres pour servir à ce dessein, ou en tout cas, s'ils seront bons pour les armées de Sa Majesté, pour estre tenus en Charente ou à Brest, et qu'il examine, en mesme temps, si le charpentier Esnault1, qui les bastit, est assez habile homme pour entreprendre la construction des vaisseaux de la qualité cydessus mentionnée.
Sa Majesté veut de plus que ledit sieur du Quesne examine les deux petites frégates qu'elle fait bastir à Dieppe, et les deux autres plus petites, qui sont armées pour son service, et qu'il voye de quelle utilité elles pourront estre , pour en donner son avis à son retour.
Comme Sa Majesté a résolu d'establir le sieur Dumas dans ces places, pour y agir dans toutes les affaires qui concernent la marine, ledit sieur du Quesne luy communiquera toutes ses pensées.
(Arch. de la Mar. Ordre* du roi pour la marine, 1668, fol. M.)
1 II dirigea d'abord les atelier» de construction de Brest , et plus tard roux du Havre. Ses 6U furent envoyé* en Angleterre et en Hollande .
avec le Gis de Hubac, pour se perfectionner dans l'art des constructions navales.